Le palais de l'Elysée © Service photographique de la présidence de la République/D.NoizetLCI.fr : Vous demande-t-on régulièrement des sujets autour de l'élection ?
Sefy Hendler, correspondant à Paris de Yedioth Ahronoth : Oui. Par rapport à celle de 2002, que j'avais également suivie, la différence est fracassante. A l'époque, comme beaucoup d'autres, nous n'avions vraiment découvert le sujet que le 21 avril. Cette fois, depuis novembre dernier et les primaires socialistes, nous multiplions les articles. Nous avons ainsi consacré des suppléments magazines sur Royal et Sarkozy et plusieurs éditoriaux à la campagne. A part la présidentielle américaine, qui est hors-concours en raison de son importance et des liens qui nous unissent avec les Etats-Unis, cela n'a pas d'équivalent avec les autres pays.
En fait, d'après ce que me disent les anciens de Yedioth Ahronoth, la dernière fois que nous nous sommes autant intéressés à votre élection, cela remonte à 1981. A l'époque, Giscard était perçu comme anti-israélien, tandis que Mitterrand pouvait justement rééquilibrer la politique arabe de la France en notre faveur.
LCI.fr : Pourquoi un tel engouement cette année en Israël ?
S.H. : Tout d'abord, comme en France, cela intéresse beaucoup, par ricochet, on se demande pourquoi et on s'y intéresse aussi. Surtout, la configuration même de l'élection provoque cet engouement : les deux favoris sont un homme et une femme, ils sont jeunes et ont des personnalités bien affirmées. Enfin, la campagne est émaillée de coups bas -affaire des RG, machisme vis-à-vis de Royal... Bref, tout ceci donne un débat passionnel et passionnant. Plus que le programme, nous nous intéressons d'ailleurs beaucoup à la personnalité des candidats, puisque votre présidentielle est avant tout une rencontre entre un homme -ou une femme cette année- et le pays, pas avec un parti.
"Sarkozy ou Royal, pas de préférence"
LCI.fr : Comment percevez-vous ce début de campagne ?
S.H. : Sarkozy s'est clairement positionné à droite et a bien marqué les lignes. Que l'on aime ou pas le personnage, son discours d'investiture était brillant, l'orateur magnifique. A Villepinte, Royal a quant à elle eu le mérite de détailler un programme. L'une de ses propositions phares -le SMIC à 1 500 euros- a eu de l'écho en Israël car les Travaillistes avaient envisagé une mesure similaire l'an dernier lors de notre campagne. A l'époque, toute la presse israélienne avait tout de suite posé la question du financement, comme elle le fait régulièrement sur ces sujets. Nous avons fait de même avec le financement du programme de Royal. J'ai donc été étonné d'apprendre que c'est en fait vraiment la première fois que vous vous interrogez également sur le coût des mesures proposées.
LCI.fr : Les prises de position des candidats envers Israël et le conflit avec les Palestiniens sont-elles auscultées avec intérêt ?
S.H. : Cet aspect nous semble moins primordial car aucun des deux candidats principaux n'est visiblement anti-israélien ou pro-arabe. Sarkozy est surtout vu comme pro-américain et Royal anti-iranienne, ce qui pour nous est d'ailleurs important car nos tensions avec l'Iran sont plus graves que celles avec les Palestiniens. Son voyage dans les Territoires et sa rencontre avec le Hezbollah n'ont d'ailleurs pas beaucoup été critiqués. Elle a tout de suite modifié ses positions sur le sujet, et s'est aussi montrée ferme vis-à-vis du Hamas, sans oublier que le gouvernement israélien ne voulait pas se fâcher par avance avec l'éventuelle futur locataire de l'Elysée. Globalement, Israël a simplement peut-être une petite préférence pour Sarkozy, mais uniquement car il est plus connu.
Créé en 1939, "Les Dernières Informations", premier tirage de la presse quotidienne israélienne, se situe à droite. Il allie à la fois un journalisme populaire à un journalisme d'investigation et de débats passionnés.
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