Drapeaux d'Etats membres de l'UE © TF1/LCIUn "séisme politique". Un "21 avril bis". Voilà ce qu'affirmaient, à l'unisson, éditorialistes et hommes politiques le 29 mai 2005. Ce jour-là, près de 55% des électeurs s'étaient prononcés contre le projet de Constitution européenne. Bref, la victoire des candidats protestataires sur le "système" et les partis de gouvernement. Pourtant, aujourd'hui, le constat est amer pour les candidats du "non". A la peine dans la campagne présidentielle, ils récoltent entre 15% et 25% des intentions de vote, selon les sondages. L'extrême-gauche, éclatée, ne réunirait guère plus de 6% des voix. Le souverainiste Philippe de Villiers stagnerait à 2%. Et Jean-Marie Le Pen, annoncé comme le troisième homme de la campagne n'est, semble-t-il, que le quatrième, derrière François Bayrou.
"La présidentielle |
| Michel Barnier, ex-ministre |
Premier élément de réponse : si Nicolas Sarkozy et Ségolène Royal récoltent une telle proportion des intentions de vote, c'est parce que les enjeux de la présidentielle et du référendum sur la Constitution ne sont pas les mêmes. Ainsi que l'affirme l'ancien ministre des Affaires étrangères Michel Barnier à LCI.fr, "l'élection présidentielle couvre l'ensemble du débat français, ce qui n'était pas le cas du référendum sur la Constitution européenne (...). Les lignes ne peuvent pas être superposées". Autre hypothèse avancée par Pierre Moscovici, vice-président du Parlement européen : les Français privilégieraient le vote utile. "Le souvenir du 21 avril 2002 est dans tous les esprits. Cette année, beaucoup d'électeurs voteront utile de crainte d'une dispersion des voix", explique ainsi l'ancien ministre socialiste.
L'Europe absente des débats
Pour Jérôme Fourquet, directeur adjoint du département opinion publique de l'Ifop, il est difficile de prévoir ce que sera le choix des "nonistes" dans cette présidentielle, car le "non" rassemblait sous une même bannière, électeurs de droite et électeurs de gauche. Toutefois, "le clivage oui-non ne devrait pas jouer un rôle majeur dans l'élection présidentielle", souligne le directeur de l'institut de sondages. Une situation qui s'explique, selon lui, par l'absence de débat sur l'Europe. "La question européenne est absente de la campagne présidentielle. Les deux candidats principaux évitent soigneusement de trop s'avancer sur ce sujet". Pour l'ancien député européen Philippe Herzog, le constat est le même : "L'Europe est un non-sujet dans la campagne présidentielle".
"Les colères |
| Jérôme Fourquet, Ifop |
Mais si Nicolas Sarkozy et Ségolène Royal sont aussi rassembleurs, c'est peut-être aussi parce que ces deux candidats incarnent la rupture qu'avaient appelée de leurs vœux les électeurs, le 29 mai 2005.
Par son concept de "démocratie participative", la présidente de Poitou-Charentes chamboule la façon de faire de la politique. Le candidat UMP n'est pas en reste. Armé de son slogan "la rupture tranquille", il se veut, lui aussi, hors du système. Comme le note Jérôme Fourquet, "le vote ‘non' était aussi un vote de protestation. Les deux principaux candidats veulent incarner un renouvellement. L'envie de ‘tout renverser' sera donc peut-être canalisée lors de cette élection".
Pourtant les jeux ne sont pas faits, tempère le directeur de l'Ifop. "Pour le moment, les candidats de l'extrême-gauche et de l'extrême-droite ne sont pas très audibles. Mais ils devraient gagner en visibilité avec le début de la campagne officielle qui donne un temps de parole équivalent à tous les candidats. Mécaniquement, leur score devrait être valorisé en fin de campagne". "Par ailleurs", poursuit-il, "l'électorat de l'extrême-gauche et de l'extrême-droite est un électorat populaire, qui ne s'intéresse que tardivement à l'élection". Et de conclure : "les colères qui se sont exprimées le 29 mai 2005 n'ont pas toutes disparu".
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