Mais où sont passés les "nonistes" ?

Par Marianne COTIS, le 26 février 2007 à 18h41 , mis à jour le 14 mars 2007 à 18h53

Pour qui vont voter les 55% de Français qui s'étaient opposés à la Constitution ? Les candidats du "non" peinent dans les sondages, tandis que Nicolas Sarkozy et Ségolène Royal rassemblent la moitié des électeurs du "non" dans leur camp respectif.

TF1/LCI : Drapeaux d'Etats membres de l'UEDrapeaux d'Etats membres de l'UE © TF1/LCI

Un "séisme politique". Un "21 avril bis". Voilà ce qu'affirmaient, à l'unisson, éditorialistes et hommes politiques le 29 mai 2005. Ce jour-là, près de 55% des électeurs s'étaient prononcés contre le projet de Constitution européenne. Bref, la victoire des candidats protestataires sur le "système" et les partis de gouvernement. Pourtant, aujourd'hui, le constat est amer pour les candidats du "non". A la peine dans la campagne présidentielle, ils récoltent entre 15% et 25% des intentions de vote, selon les sondages. L'extrême-gauche, éclatée, ne réunirait guère plus de 6% des voix. Le souverainiste Philippe de Villiers stagnerait à 2%. Et Jean-Marie Le Pen, annoncé comme le troisième homme de la campagne n'est, semble-t-il, que le quatrième, derrière François Bayrou.

"La présidentielle
couvre l'ensemble
du débat français,
pas le référendum" 

Michel Barnier, ex-ministre
A l'opposé, Ségolène Royal et Nicolas Sarkozy qui avaient fait campagne pour le "oui", accumulent les bons résultats. Selon une enquête de l'Ifop réalisée entre la mi-janvier et la mi-février, environ la moitié des électeurs de gauche opposés au traité voteraient pour la candidate socialiste. Le résultat est symétrique à droite, où la moitié des partisans du "non" se prononceraient pour le candidat de l'UMP. Les "nonistes" se seraient-ils rangés derrière les candidats des partis de gouvernement ?

Premier élément de réponse : si Nicolas Sarkozy et Ségolène Royal récoltent une telle proportion des intentions de vote, c'est parce que les enjeux de la présidentielle et du référendum sur la Constitution ne sont pas les mêmes. Ainsi que l'affirme l'ancien ministre des Affaires étrangères Michel Barnier à LCI.fr, "l'élection présidentielle couvre l'ensemble du débat français, ce qui n'était pas le cas du référendum sur la Constitution européenne (...). Les lignes ne peuvent pas être superposées". Autre hypothèse avancée par Pierre Moscovici, vice-président du Parlement européen : les Français privilégieraient le vote utile. "Le souvenir du 21 avril 2002 est dans tous les esprits. Cette année, beaucoup d'électeurs voteront utile de crainte d'une dispersion des voix", explique ainsi l'ancien ministre socialiste.

L'Europe absente des débats

Pour Jérôme Fourquet, directeur adjoint du département opinion publique de l'Ifop, il est difficile de prévoir ce que sera le choix des "nonistes" dans cette présidentielle, car le "non" rassemblait sous une même bannière, électeurs de droite et électeurs de gauche. Toutefois, "le clivage oui-non ne devrait pas jouer un rôle majeur dans l'élection présidentielle", souligne le directeur de l'institut de sondages. Une situation qui s'explique, selon lui, par l'absence de débat sur l'Europe. "La question européenne est absente de la campagne présidentielle. Les deux candidats principaux évitent soigneusement de trop s'avancer sur ce sujet". Pour l'ancien député européen Philippe Herzog, le constat est le même : "L'Europe est un non-sujet dans la campagne présidentielle".

"Les colères
du 29 mai 2005
n'ont pas toutes
disparu"

Jérôme Fourquet, Ifop

Mais si Nicolas Sarkozy et Ségolène Royal sont aussi rassembleurs, c'est peut-être aussi parce que ces deux candidats incarnent la rupture qu'avaient appelée de leurs vœux les électeurs, le 29 mai 2005.

Par son concept de "démocratie participative", la présidente de Poitou-Charentes chamboule la façon de faire de la politique. Le candidat UMP n'est pas en reste. Armé de son slogan "la rupture tranquille", il se veut, lui aussi, hors du système. Comme le note Jérôme Fourquet, "le vote ‘non' était aussi un vote de protestation. Les deux principaux candidats veulent incarner un renouvellement. L'envie de ‘tout renverser' sera donc peut-être canalisée lors de cette élection".

Pourtant les jeux ne sont pas faits, tempère le directeur de l'Ifop. "Pour le moment, les candidats de l'extrême-gauche et de l'extrême-droite ne sont pas très audibles. Mais ils devraient gagner en visibilité avec le début de la campagne officielle qui donne un temps de parole équivalent à tous les candidats. Mécaniquement, leur score devrait être valorisé en fin de campagne". "Par ailleurs", poursuit-il, "l'électorat de l'extrême-gauche et de l'extrême-droite est un électorat populaire, qui ne s'intéresse que tardivement à l'élection". Et de conclure : "les colères qui se sont exprimées le 29 mai 2005 n'ont pas toutes disparu".

Par Marianne COTIS le 26 février 2007 à 18:41
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36 Commentaires

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  • Larigaldie, le 01/03/2007 à 11h56

    Personne ne parle du problème des gens du voyage dans les pays européens!!! supprimer le droit du sol est encore tabou et règlerait pourtant beaucoup de pb en France et en Europe réduire la dette (ce qui est necessaire) est comme secondaire

  • Bouffange, le 01/03/2007 à 09h34

    Souverainiste et villieriste,j'ai voté non à l'europe que l'on nous proposait..Je ne me reconnait pas en Sarkozy qui ne respectera pas le non des français s'il est elu president et au sein de mon parti resterait vigilant..contrairement aux clichés traditionnels ,nous ne sommes pas anti europeens...quand au camp du non de gauche il s'est evaporé avec le retournement de chevenement...mais prudence,outre les sondages tous benefiques aux deux"grands"il peut y avoir une surprise qui n'aura rien a voir avec 2002.

  • JC, le 28/02/2007 à 18h31

    A tous les "nonistes", je vous rappelle que sans l'Europe la situation de la France serait encore pire et elle aurait touche le fond depuis bien longtemps, si ce n'est pas deja fait !(delocalisations encore plus en masse et inflation au zenith ! et ne me parlez pas de la Suisse, car au niveau richesse elle ne joue pas au même niveau et avec les mêmes armes) Enfin, tant que des demagos nous vendrons l'europe comme la cause de tous nos maux et non comme une chance pour s'en sortir ! Sur ce reflechissez y !

  • Michel, le 28/02/2007 à 18h03

    Les Francais ont dit NON a la contitution europeenne et depuis plus rien.J'ai bien peur que les politiques qui lors de ce vote ont pris une claque vont essayer de faire passer cela en douce et cette fois ils ne demanderont pas l'avis des FRANCAIS

  • Eric, le 28/02/2007 à 17h55

    Ce qui prouve que les français ont bien répondu sur le contenu du document, et donc ils l'ont lu. Cela prouve bien que ce n'était pas un vote anti-européen mais bien un vote contre cette constitution. Les ouiouiste n'ont pas compris les désirs des français, et les nonistes ont cru à une adhésion pour un sentiment antilibéral de gauche ou antieuropéen de droite. Ils ont tous faux, ouiouistes ou nonistes. Le réveil est dur !

  • Henri Varaud, le 28/02/2007 à 15h40

    Constatation édifiante, les nonistes boudent les ténors du Non! Serai-ce tout simplement parceque ils se sont fait enfumer avec le fameux Plan B qui n'a jamais existé? Enfin un retour de baton salutaire pour la démocratie, les menteurs sont punis par les électeurs.

  • Alain, le 28/02/2007 à 13h19

    Après avoir passé ma jeunesse à parcourir l'Europe, à en apprendre 4 langues,à fréquenter à Strasbourg le siège du parlement européen, à avoir voté pour Maastricht et en faveur de tous les candidats "pro européen", je me prétends autant et plus européen que beaucoup de ouiistes... Mais j'ai voté Non, parce que l'europe des marchands que l'on me proposait n'a rien avoir avec celle dont on nous annoncait la construction. Mais on a oublié Monet, Schumann, et les pères fondateurs !

  • COCQ, le 28/02/2007 à 11h06

    Dire que Sarko et Ségo reunisse 50% des noniste est une erreur; par dire que la majorité des noniste est d'origine populaire est vrais. Etat résident d'un quartier dit de racaille par Sarko; et qu'il faut nous rééduquer dans des camps tenu par des militaires selon Ségo, c'est revenir au temps de DRANCY? dans sa configuration initiale de 38-39. Gare au retour de baton. Un citoyen francais handicapé et invisible.

  • Cyril, le 28/02/2007 à 10h04

    Le non est un pavé dans la marre à notre univers dont la valeur fondamentale est l'argent et qui nous échappe complétement. Si certains ne comprennent pas cette notion, tant pis. Ce n'est pas parceque ce "non" n'a pas résolu les problèmes qu'il ne fallait pas dire "non". Rome ne s'est pas faite en un jour.

  • Robert, le 28/02/2007 à 10h03

    Mr CHIRAC a eu le courage de proposer un référendum, alors qu'il lui était facile de faire passer le projet par un vote à l'assemblée. Le NON l'a emporté, mais je pense que ce n'était pas un NON à la constitution mais un NON à la politique intérieure . Les leaders du NON (ex:Mrs Fabius et Emmanuelli) on ne les entend plus beaucoup durant cette camppagne; sont-ils devenus muets ou bien cette question pourrait provoquer quelques remous à gauche.

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