© AFP/G. CerlesLCI.fr : Giampiero Martinotti, vous êtes correspondant de La Repbblica à Paris. Vous demande-t-on régulièrement des articles autour de notre élection ?
Giampiero Martinotti : Oui. L'intérêt est bien plus élevé qu'en 2002 par exemple. Il ne date d'ailleurs pas de 2007, mais a en fait commencé dès la fin de l'année dernière. Evidemment, comme dans les autres pays, le phénomène Royal a beaucoup attiré. Plus globalement, les Italiens s'intéressent également au scrutin car la France tourne une page, étant donné que les trois candidats capables de gagner -Royal, Sarkozy, Bayrou- ont la cinquantaine. Enfin, il faut admettre que le côté féminin de Ségolène Royal -une belle femme qui pourrait diriger un pays où les pouvoirs du président sont très importants- séduit.
LCI.fr : Comment analysez-vous ce début de campagne ?
G.M. : Sarkozy, grand professionnel de la politique, s'est entouré d'une équipe de professionnels. Surtout, il capitalise sur le fait d'être entré très tôt en campagne, dès 2003-2004. Côté socialiste, il y a sans conteste eu un retard à l'allumage. Royal peut-elle le rattraper ? Il est encore trop tôt pour le dire car le discours de Villepinte était essentiellement destiné aux militants. En fait, elle est retombée sur terre en entrant en campagne. Auparavant, elle apparaissait comme "débranchée" de la politique. Maintenant, elle est la candidate du PS, dont l'image ternie rejaillie sur elle. Elle a ainsi perdu son côté iconoclaste.
LCI.fr : Estimez-vous que les médias français sont trop axés sur le duel Sarkozy-Royal ?
G.M. : Oui. En France, il y a énormément de sondages, comme en Italie. Mais ils sont quasiment tous publiés et suivis à la trace, malgré le ratage de 2002. Résultat : on a vraiment l'impression que les médias ont choisi que Sarkozy et Royal étaient LES deux candidats, sans neutralité. Mais finalement, cela rend bien service à Bayrou aujourd'hui.
"Il y a des accents populistes chez Sarkozy et Royal"
LCI.fr : La classe politique italienne estime-t-elle que la question européenne est assez débattue ?
G.M. : Une élection ne se gagne jamais avec la politique étrangère. Donc cela ne surprend personne en Italie que l'Europe ne soit pas au cœur des débats, d'autant qu'aborder ce sujet équivaut à marcher sur des œufs. A part Bayrou, qui s'est toujours prononcé pour une UE forte, aucun des candidats n'a intérêt à s'exposer. Dans l'Europe à 27, le rôle de la France a été redimensionné. C'est illusoire de penser qu'elle a le même poids qu'auparavant. Royal ou Sarkozy le savent très bien, mais ils n'osent pas le dire. Lancer des attaques contre le poids de la Banque centrale européenne, comme ils ont pu le faire, n'est que de la poudre aux yeux étant donné que le problème dépend aussi des 26 autres pays.
LCI.fr : Dans ses attaques, la gauche assimile Sarkozy à Berlusconi. Sont-ils comparables ?
G.M. : Il faut se méfier de ce genre de parallèle totalement hors de propos. Sarkozy a beau avoir des amis chez les patrons des médias, on ne peut pas le comparer à Berlusconi. Ce dernier est l'un des hommes les plus riches de la planète, il possède un groupe de télévision privée et avait en 2006, lors de nos élections, également la main sur la télévision publique en tant que Premier ministre. Pour faire une comparaison viable -et encore-, il faudrait qu'Arnaud Lagardère soit par exemple le candidat de la droite.
Evidemment, il y a des accents démagogiques et populistes dans le programme de Sarkozy. Mais c'est aussi le cas pour Ségolène Royal. D'ailleurs, elle ne se plaignait pas des médias lorsqu'elle était en tête. Ce n'est ainsi pas un hasard si c'est Bayrou qui a lancé le débat sur ce sujet en premier.
*Né en 1976, ce titre de centre-gauche se veut le quotidien de l'élite intellectuelle et financière.
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