"Le plus grand danger pour Sarkozy, c'est lui-même"

Par Propos recueillis par Fabrice AUBERT, le 28 février 2007 à 06h45 , mis à jour le 20 avril 2007 à 16h53

Interview - Louis-Bernard Robitaille, correspondant de "La Presse" à Paris, explique à LCI.fr le point de vue québécois sur la campagne.

TF1-LCI : Nicolas Sarkozy sur RMC le26 février 2007Nicolas Sarkozy sur RMC le 26 février 2007 © TF1-LCI

LCI.fr : Vous demande-t-on régulièrement des articles sur l'élection ?
Louis-Bernard Robitaille, correspondant de La Presse à Paris : Oui, au moins trois par semaine. C'est bien plus qu'en 2002, où on ne s'était vraiment penché sur le scrutin qu'après le premier tour. A Montréal, on considère cette année que c'est une élection intéressante.

LCI.fr : Pourquoi ?
L-B. R. : Cela tient à la personnalité des deux principaux candidats. Comme partout, Ségolène Royal attire nos médias. De son côté, outre son franc-parler, Nicolas Sarkozy est aussi quelqu'un de nouveau par rapport aux derniers scrutins où les vieux routiers comme Jospin, Balladur et Chirac étaient candidats. Surtout, la manière dont Royal a mené l'assaut au PS contre "les éléphants" et la prise de contrôle de l'UMP par Sarkozy contre le clan Chirac étaient de vraies aventures personnelles. Résultat : cette campagne est beaucoup plus personnalisée que les autres et, forcément, elle passionne beaucoup. D'autant que Bayrou arrive maintenant dans le jeu.

"Chirac est-il prêt
à faire battre
Sarkozy au profit
de Royal, voire de
Bayrou ?"

Louis-Bernard Robitaille

LCI.fr : Comment analysez-vous ce début de campagne ? 
L-B. R. : Après le soutien des éléphants, Ségolène Royal a repris un ton non-conformiste. Cela lui convient bien mieux. Au début du mois, j'avais notamment trouvé que le discours de Villepinte n'était qu'un catalogue de mesures, qui n'avaient qu'un point commun : augmenter les dépenses. C'était aussi absurde que les promesses de Sarkozy. Pour sa part, Nicolas Sarkozy tente une acrobatie intellectuelle audacieuse. D'un côté, il prend des positions marquées vers l'extrême-droite, sur la sécurité ou l'immigration. De l'autre, il cite Jaurès ou Blum dans ses meetings.

Même si la course m'apparaît très très ouverte, j'ai l'impression que Sarkozy a l'affaire bien en main mais que son plus grand danger, c'est lui-même. D'ailleurs, depuis que les sondages sont moins bons, il a tendance à s'énerver. Reste également à savoir quelle sera l'attitude du clan Chirac. Ce dernier est-il prêt à le faire battre au profit de Royal, voire de Bayrou, comme il l'avait fait en 1981 avec Giscard d'Estaing contre Mitterrand ? Cette possibilité est une épine dans le pied de Sarkozy. Pour l'anecdote, au Canada, quand j'évoque la référence de 1981, personne ne me croit tellement cela semble effarant.

"La montée de Bayrou relève du vieux rêve français d'un grand unanimisme électoral"

Louis-Bernard Robitaille

LCI.fr : Que pensez-vous de la montée de Bayrou ?
L-B. R. : Elle relève du vieux rêve français d'un grand unanimisme électoral comme sous la IVe République avec beaucoup de partis au gouvernement, sauf les extrêmes. Dans la réalité, c'est un fantasme. Si Bayrou arrive au second tour contre Sarkozy, il sera élu par la gauche. Si c'est contre Royal, il sera élu par la droite. Dans les deux cas, il sera obligé d'en tenir compte pour avoir une majorité. Pour étayer sa volonté de rassemblement, il cite Mendès-France et De Gaulle. Or ces comparaisons ne fonctionnent pas car Mendès-France était un vrai homme de gauche et De Gaulle beaucoup plus marqué à droite. Néanmoins, sa présence rend désormais l'élection imprévisible.

LCI.fr : Le Québec s'est invité dans la campagne avec les propos de Royal sur la souveraineté de la province. L'incident a-t-il laissé des traces ?
L-B. R. : Pas du tout. Il s'agissait d'une déclaration improvisée et l'erreur ne portait que sur les termes. Elle ne voulait pas affirmer que le Québec devait être souverain, mais qu'il avait simplement le droit à l'autodétermination, ce qui n'avait rien de nouveau. Elle a d'ailleurs corrigé son lapsus le lendemain et le chef du parti souverainiste québécois n'a fait aucune déclaration. Chez nous, cette péripétie est aujourd'hui totalement oubliée et le gouvernement fédéral ne lui en tiendra pas rigueur si elle accède à l'Elysée.

*Fondée en 1884, La Presse se présente comme "le plus grand quotidien français d'Amérique" et fournit des enquêtes et reportages de qualité

Par Propos recueillis par Fabrice AUBERT le 28 février 2007 à 06:45
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8 Commentaires

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  • Robert, le 28/02/2007 à 10h26

    Les Français que nous sommes, n'aiment pas qu'on leur dise en face la vérité. Ne vous voilez pas la face, quand il y en a un qui ose parler. M Sarkozy vous avez bien raison.

  • Vastre, le 28/02/2007 à 10h17

    Il serait intéressant de pouvoir lire l'article avant de réagir. Mais si c'est nécessaire, on peut dire n'importe quoi. On attend vos instructions.

  • Mazzucca, le 28/02/2007 à 09h59

    J'ai bien envie de voter pour monsieur SARKOZY car je trouve que c'est un homme très intelligent, de plus c'est un grand financier. Mais j'ai un problème avec sa voyance, je le vois etre rattaché avec des gens de l'europe de l'est, il a meme avec eux un lien très fort. Alors, je ne sais pas ce que ça veut dire. Sincères salutations

  • JEF, le 28/02/2007 à 09h55

    Le plus grand danger pour Sarkozy, c'est aussi le niveau de la campagne, la mesquinerie qui la caractérise, la bassesse qui malheureusement fait mouche (cf Canard Enc.....haîne)et aussi l'ambiguité chi...raquienne.

  • Jean, le 28/02/2007 à 09h35

    Monsieur CHIRAC vous avez succédé à mr Mitterand qui a été ,quoi q'on en dise un bon président.Respecté dans le monde comme vous meme.Quelle honte pour la FRANCE et pour vous si ce minus de Sarkozy était élu

  • Theo, le 28/02/2007 à 09h25

    Merci Mr Robitaille d,avoir rappellé ce qui s'est passé en 1981 car la presse Française est étrangement silencieuse. Ne me publiez pas comme d'habitude mais je me défoule.

  • Frédéric, le 28/02/2007 à 09h05

    "Si Bayrou arrive au second tour contre Sarkozy, il sera élu par la gauche. Si c'est contre Royal, il sera élu par la droite. Dans les deux cas, il sera obligé d'en tenir compte pour avoir une majorité." Quelle analyse ! Il faudrait peut-être que ce monsieur se réveille et comprenne que Bayrou propose d'hors et déjà un gouvernement de coalition. S'il est élu, il souhaite tenir compte de la moitié des français qui n'auront pas voté pour lui. Ce que Chirac aurait d'ailleurs du faire en 2002 d'ailleurs, puisqu'il a autant été élu par la gauche que par la droite.

  • Liliane, le 28/02/2007 à 07h44

    Que Nicolas Sarkozy puisse faire poindre l'énervement, on le ferait à moins. Les attaques minables dont il fait l'objet, sont particulièrement répugnantes, et montre la bassesse de son adversaire. A priori Mme Royale croit que tout le monde se comporte comme elle. Par ailleurs, s'il a eu un rabais auprès d'un promoteur, quoi de choquant ? tous les gens qui achètent un bien immobilier négocient, et je sais ce dont je parle, j'étais dans le métier. En fait le but est de le déstabiliser lorsqu'il est à l'étranger. Honte à vous mme royale, et honte aux journalistes du canard enchaine.

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