Nicolas Sarkozy et Ségolène Royal, le 22 septembre 2006 © TF1-LCILCI.fr : Quel est le rôle de Débat 2007 dans la campagne présidentielle ? Portez-vous un jugement sur le programme des candidats ou êtes-vous une simple cellule d'évaluation des programmes ?
Jean-Damien Pô : Nous menons deux types d'activités distincts, mais non sans lien. D'une part, nous procédons à l'évaluation du coût des projets via notre cellule de chiffrage. Pour cela, nous nous appuyons sur les propositions telles qu'elles ont été formulées par les candidats, et retenons les hypothèses les plus réalistes possibles. D'autre part, nous proposons une série de diagnostics et de propositions de réformes. Il s'agit là du volet "normatif" de notre travail. Mais je tiens à préciser que nous ne soutenons aucun candidat en particulier.
LCI.fr : Nicolas Sarkozy évalue son programme à 35 milliards d'euros, vous l'estimez à 50 milliards. Même chose pour Ségolène Royal qui chiffre son pacte à 35 milliards d'euros tandis que vous l'évaluez à plus de 50 milliards. Comment expliquez-vous cet écart ? Les candidats sous-estiment-ils le coût de leurs propositions ?
J-D.P. : Une partie de cet écart s'explique par des différences de communication entre Débat 2007 et les candidats. Ces derniers communiquent sur les chiffres nets, nous communiquons sur les chiffres bruts (1). Ceci étant dit, il existe bien une divergence d'appréciation entre les candidats et nous. Mais il nous est difficile de la formuler précisément, puisque ni Nicolas Sarkozy, ni Ségolène Royal ne font de décomposition poste à poste de leur budget. Par ailleurs, nous ne savons rien des hypothèses retenues par les candidats pour évaluer leurs propositions.
"C'est la première fois que s'exprime une expertise budgétaire indépendante lors d'une campagne"
LCI.fr : Ségolène Royal et Nicolas Sarkozy peuvent-ils mettre en place ces mesures sans aggraver le déficit budgétaire ?
J-D. P. : Pour éviter l'augmentation du déficit, il faut soit mettre en place des mesures d'économie budgétaires, soit augmenter les recettes. Mais cette dernière option suppose de réaliser des hausses d'impôts. Et il s'agit là de mesures impopulaires, difficiles à annoncer lors d'une campagne électorale.
LCI.fr : Peut-on, sans craintes, faire le pari de la croissance pour financer ces projets ?
J-D.P. : Faire ce pari serait dangereux. Tout simplement parce que la croissance dépend pour une part substantielle de la conjoncture internationale et que les candidats ne maîtrisent pas ce paramètre.
LCI.fr : Est-ce la première fois qu'une évaluation des programmes présidentiels est réalisée ?
J-D.P. : C'est, à mon sens, la première fois lors d'une campagne présidentielle, que s'exprime une expertise budgétaire, indépendante de l'administration et des partis politiques. Ainsi l'expertise de Débat 2007, même si elle est faillible, présente au moins un avantage : elle est indépendante.
(1) Les dépenses nettes sont constituées des dépenses auxquelles on soustraie les recettes. Les dépenses brutes sont constituées des seules dépenses.
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