Des jeunes de la Ségosphère venus distribuer des tracts devant le centre Georges Pompidou © TF1/LCI"Et c'est Ségolène qui va payer mon loyer peut-être ?". Le cracheur de feu installé sur le parvis de Beaubourg, en plein coeur de Paris, est furieux : de jeunes militants de la Ségosphère, venus distribuer des tracts, s'apprêtent à prendre place sur "son" territoire. Sous les regards ahuris des touristes, Layla, la responsable de l'équipe, tente de calmer le jeu en expliquant au saltimbanque que leur présence va "lui amener du monde". A contrecœur, l'artiste de rue accepte finalement de faire un peu de place aux militants. Le "donnant-donnant" à l'œuvre. Du pur Ségolène Royal.
Une banderole à compléter
La distribution de tracts peut alors commencer. Vêtus de tee-shirts blancs et roses, les jeunes de la Ségosphère installent une banderole vierge sur les murs du parvis. Julie, l'une des militantes, inaugure la fresque de sa prose. "Ca s'appelle ‘je vote Ségolène Royal parce que'. Les militants, les passants, tout le monde peut prendre la plume et s'exprimer", explique-t-elle. Et de poursuivre : "c'est une manière d'attirer les gens vers son programme, parce qu'il est mal relayé par les médias". A quelques mètres de là, Vincent et Sophie, jeunes militants, ont installé une petite table recouverte de tracts. On y trouve pêle-mêle les cent propositions de la candidate socialiste, des autocollants "Désirs d'avenir" et des rubans ornés du désormais célèbre slogan "demain ne se fera pas sans toi".
Un problème se pose rapidement : à Beaubourg, un jeudi après-midi de printemps, difficile de reconnaître les électeurs potentiels au milieu des touristes. Heureusement, quelques curieux s'aventurent au devant des militants. Il y a d'abord René, 65 ans dont "37 chez Citroën". "Qui c'est qu'a eu l'idée de mettre ça en violet ?", demande-t-il en pointant du doigt un tract mauve et bleu. Réponse imparable de Vincent. "C'est violet parce que c'est une femme. On n'allait quand même pas le faire en noir et blanc". La discussion se poursuit sur le thème du chômage. "Jospin, c'est deux millions d'emplois créés", rappelle Vincent. "Oui, mais y avait quand même des boîtes qui fermaient", rétorque l'ancien ouvrier, fidèle électeur communiste mais qui, cette fois, "votera anarchiste". Quelques minutes plus tard, c'est Marie-Laure, 23 ans, qui se présente à la table de la Ségosphère. La jeune femme n'a pas encore choisi son candidat. "J'aimerais bien voter cette année, mais je ne me suis pas encore renseignée sur les programmes", avoue-t-elle en se saisissant d'un tract.
"On a convaincu pas mal de gens"
De leur côté, Jérôme et Oussam sont plus affirmatifs. Tous deux voteront Bayrou car "il réunit les bonnes idées de droite et de gauche". Alors, Vincent se lance. "Bayrou ne dit rien ! On ne sait pas ce qu'il pense sur l'éducation, sur le SMIC". Puis il se ravise. "Bon, j'ai compris, vous votez Bayrou au premier tour. Mais qu'est-ce que vous faîtes en cas de second tour Ségo-Sarko ?". Jérôme hésite. "Je choisirai surement Ségolène", admet-il. Oussam, lui, est moins catégorique. "Je ne voterai pas pour Sarkozy mais on ne peut pas tout lui reprocher. Les émeutes à gare du Nord (1), honnêtement, c'est pas de sa faute", explique-t-il. Vincent revient à la charge. "Bien sûr que c'est de sa faute. Baroin, qu'est-ce qu'il fait ? Il envoie les CRS. C'est ça la réponse de Sarkozy !", s'emporte-il. "Qu'est-ce tu voulais qu'il fasse, qu'il envoie des médiateurs sociaux ?", réplique Oussam, un sourire ironique aux lèvres.
Bilan de l'après-midi : "mitigé", selon Sophie. "Je préfère distribuer des tracts à la sortie du métro. Je trouve ça plus efficace. Ici, c'est trop touristique". Nicolas, l'un des responsables de l'équipe, est, lui, plus positif. "On a convaincu et sensibilisé pas mal de gens aujourd'hui", affirme-t-il, visiblement satisfait.
(1) La distribution a eu lieu le jeudi 29 mars, deux jours après les incidents.
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