"En Belgique, la coalition gauche-droite fonctionne"

Par Propos recueillis par Fabrice AUBERT, le 07 mars 2007 à 18h51 , mis à jour le 20 avril 2007 à 16h54

Interview - Joëlle Meskens, correspondante du Soir à Paris, explique à LCI.fr le point de vue belge sur la campagne. Jusqu'au 1er tour, nous donnons la parole à des journalistes de médias étrangers pour savoir comment est perçu le débat en dehors de l'Hexagone.

TF1/LCI La Grand'Place de Bruxelles © UE

LCI.fr : Vous demande-t-on régulièrement des articles autour de notre élection ?
Joëlle Meskens, correspondante du Soir à Paris : Oui, nous couvrons la campagne de manière quasi-quotidienne avec parfois jusqu'à trois articles par jour. Ce n'est néanmoins pas plus que celle de 2002. Il y a en fait une vraie continuité. C'est logique puisque la Belgique est très proche de la France, pas seulement au niveau géographique, mais aussi au niveau culturel et linguistique. Les Belges sont donc vraiment très attentifs aux événements qui se déroulent en France.

Sur le fond, nous évitons de traiter tout ce qui concerne les affaires -la polémique de l'ISF du couple Royal-Hollande n'a fait qu'une brève- pour nous consacrer à des sujets plus intéressants : le centrisme, la nouveauté Ségolène Royal, le renouvellement des générations, l'état de la France...

LCI.fr : Pour l'instant, comment jugez-vous la campagne ?
J.M. : Je suis frappée de voir les commentaires qui parlent d'une campagne au "ras des pâquerettes". Evidemment, il y a les inévitables "boules puantes" inhérentes à toute élection dont on ne fera pas l'économie. En revanche, par rapport à 2002, il y a un vrai débat de fond avec deux projets de société bien distincts : l'un marqué à droite, l'autre à gauche.

Surtout, alors qu'il semblait que la campagne serait ronronnante, l'irruption de Bayrou change la donne. Au début, on pouvait penser qu'il se dégonflerait comme Chevènement en 2002. Désormais, avec 20% dans les sondages, sa montée est réellement marquante et significative. Plus qu'à une percée du centrisme, je pense qu'elle correspond surtout à une lassitude de l'opposition droite-gauche et des alternances systématiques depuis 1981. Je ne trouve d'ailleurs pas que cela soit totalement surprenant : malgré ses défauts, les Français ne désapprouvaient pas la cohabitation, qui les rassurait. La volonté de Bayrou de gouverner avec la droite et la gauche correspond ainsi à leur opinion, sûrement naïve, de placer le meilleur au meilleur poste, quelle que soit son étiquette.

"Ce n'est pas du folklore"

LCI.fr : La Belgique est gouvernée par une coalition. Peut-elle servir d'exemple à Bayrou pour appuyer sa position ? 
J.M. : Le PS et l'UMP évacuent l'éventualité de cette coalition centriste avec des prétextes simplistes tels que "cela ne marchera pas", "ce n'est pas notre culture politique" ou encore "les expériences étrangères ne sont pas satisfaisantes". Or en Belgique, nous avons un gouvernement que l'on pourrait qualifier de "gauche-droite plurielle", qui allie également des Flamands néerlandophones et des Wallons francophones. Et cela fonctionne et prouve de fait que ce n'est pas du folklore.

LCI.fr : La Belgique s'est invitée sans le vouloir dans la campagne avec la polémique sur la demande de nationalité belge de Johnny Hallyday pour des raisons fiscales.
J.M. : Au-delà de l'anecdote, cela révèle le problème de la fiscalité et de la fuite réelle des classes sociales supérieures à l'étranger pour payer moins d'impôts. A titre personnel, je trouve que votre ISF est une vraie originalité en Europe et que vous devriez le conserver. Même s'il l'a fait involontairement, Johnny Hallyday aura au moins eu le mérite d'ouvrir le débat sur le sujet, qui me semble être plus civique qu'économique.

Par Propos recueillis par Fabrice AUBERT le 07 mars 2007 à 18:51
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8 Commentaires

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  • Vincent, le 08/03/2007 à 18h13

    La difference avec la Belgique c'est que les elections sont a la proportionelle et que donc aucun parti n'a de majorite pour gouverner. Il faut donc obligatoirement une coalition, Cela sous entend enormement de discutions et de compromis pour former un gouvernement. Avantage cela permet a la belgique d'etre en avance sur l'euthanasie, le mariage homo, la non fabricartion des bombes a sous munitions ect....

  • Thomas, le 08/03/2007 à 13h55

    La Belgique en elle est un non sens. Deux peuples cohabitent dans l indifference la plus totale. Prendre pour exemple ce pays a deux vitesses serait la plus grande des gageures.

  • Michel Rysenaer, le 08/03/2007 à 11h59

    A propos de la coalition baptisée "Violette" (Rouge socailiste - bleu libéral), cela fonctionne certes mais avec des contradictions qui ont conduit à des tensions nombreuses. Elles ont été mises en veilleuse parce qu' aucun parti de la coalition n'a voulu prendre le risque d'une crise face aux enjeux communautaires, crise qui aurait pu profiter à l'extrème droite flamande. Mais, au delà des contradictions économiques dont on ne garde que le plus petit commun dénominateur pour faire du "real" gouvernement, cette coalition a aussi comme ferment les problèmes éthiques pour lesquels elle constitue un barrage au retour du conservatisme des partis d'opposition à couleur "catholique", même si l'ancien "Parti social chrétien" s'est rebaptisé "humaniste".A propos, quelle est l'attitude du catholique Bayrou face à ces problèmes (euthanasie par exemple) ?

  • Alain, le 08/03/2007 à 10h43

    Joelle Meskens a raison de dire que la France devrait conserver l'ISF. Comme cela, les Français riches continueront a venir s'installer en Belgique et y créer des emplois. Trève d'ironie, tout le monde en France, à droite comme à gauche sait que cet ISF est stupide et contre productif (10 milliards d'euros s'ent vont vers l'étranger chaque année). Le problème, c'est que personne n'ose rien y changer!

  • Henri, le 08/03/2007 à 10h42

    Je viens de vivre 5 ans en Belgique et je peux vous dire que les flamands néerlandophones et les wallons francophones c'est un bordel sans nom. Alors me faire croire que ça marche en belgique je rigole... rien n'avance en belgique.

  • Philippe, le 08/03/2007 à 10h24

    Dire que cela "fonctionne" appelle au moins deux remarques: 1) Les belges ne sont pas les français 2) Le rôle de l'état en Belgique est beaucoup plus restreint qu'en France. La grande majorité des compétences sont transférées aux régions wallone, flamande, et bruxelloise

  • Michel, le 08/03/2007 à 10h01

    La Belgique est plus ordonnée que la France. Comment voulez - vous que çà marche ici ? Il y en a toujours un qui cherche à foutre le bordel!

  • Robert, le 08/03/2007 à 09h11

    Le Soir est journal de gauche populiste qui va où le vent le mène. "Nous avons un gouvernement que l'on pourrait qualifier de "gauche-droite plurielle", qui allie également des flamands néerlandophones et des wallons francophones. Et cela fonctionne..." Vous voulez rire ou quoi ?? Ce n'est pa sérieux. 25% de chômage en Wallonie, minée par la gauche et les syndicats. Tu parles si ça fonctionne...! Venez inteviewer les citoyens sur place et non des journaleux soucieux de leur personne et d'une fenêtre entr'ouverte sur votre website. Cela fonctionne...J'en pleure encore !

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