Le palais de l'Elysée © Service photographique de la présidence de la République/D.NoizetLes lecteurs français de LCI.fr vivant à l'étranger ont été nombreux à répondre à notre appel à témoins lancé le 27 mars pour savoir comment les expatriés suivaient et vivaient la campagne de l'extérieur. Nous les en remercions. Voici une sélection de leurs témoignages.
"Le problème, ce sont les Français eux-mêmes" Daniel, Pays-Bas |
Je suis bien content d'être à l'étranger car le problème de la France n'est pas ses politiciens, mais les Français eux-mêmes. Nous sommes de mauvaise foi, nous critiquons tout le temps et tout le monde, nous sommes conservateurs, contestataires compulsifs et surtout nous sommes une nation divisée. Personne n'est fier d'être français alors qu'en Hollande tout le monde porte le pays dans son cœur, sans se faire traiter de raciste d'extrême-droite. (...) Nous sommes de moins en moins civilisés : par exemple à Amsterdam, personne ne vous contrôle dans le bus et tramway et pourtant chacun achète son ticket, c'est tout simplement être citoyen !!! |
"Si vous n'avez que le Bac, on ne vous regarde pas" Aurélien, Belgique |
Je suis allé voir M. Sarkozy à Bruxelles. Son discours sur le retour des expats m'a fait beaucoup rire : "apprenez à nos chers compatriotes comment travailler", affirme-t-il. On veut bien rentrer en France mais les conditions ne sont pas réunies. D'abord en France, si vous n'avez que le Bac, on ne vous regarde même pas... (je sais de quoi je parle car c'est mon cas alors que j'ai dix ans d'expérience en finance à l'international). Ensuite, il y a les avantages fiscaux de la Belgique : rien à voir avec la France... Nous sommes en retard pour attirer les talents. |
"Si Sarkozy gagne, je réinvestirai dans l'économie avec plaisir" Patrick, Canada |
J'ai quitté la France en 1998, la principale raison étant l'insécurité et surtout le laisser-faire qui existait depuis des années et l'impunité des délits. Alors dans ce contexte, j'ai décidé de protéger mes enfants. Si, comme je le pense, Monsieur Sarkozy devient notre président, je réinvestirai avec plaisir dans l'économie française. |
"Sarkozy inquiète les Français d'origine arabe" Philippe, Bahreïn |
Je constate que l'électorat des Français expatriés est assez facile à cerner. Les fonctionnaires, enseignants et assimilés votent Royal dans leur grande majorité (à l'exception toutefois des militaires et gendarmes). Les personnels d'entreprises privées et professions libérales sont pour Sarkozy à une écrasante majorité. Quant aux cadres, ils ont un penchant pour Bayrou assez prononcé, y compris ceux qui votent UMP aux législatives (c'est à peu près du 50-50 avec Sarkozy). Vivant dans un pays arabe où un certain nombre de Français sont d'origine arabe (ou bi- nationaux), je remarque que Sarkozy souffre d'un déficit de popularité dans cette population. S'il est élu, elle pense que l'accès à la nationalité française des gens d'origine arabe sera plus difficile. Enfin, à noter que seuls les deux partis de gouvernement (UMP et PS) disposent ici d'une infrastructure prenant en charge les Français expatriés et disposent de représentations locales. Il est donc assez probable que Sarkozy et Royal fassent des scores plus élevés à l'étranger (où les autres candidats sont inaudibles) que sur le sol métropolitain. |
"La France a perdu sa place à Bruxelles" Pierre, Belgique |
Ici, la campagne est suivie assidûment étant donné les liens forts qui existent entre nos deux pays. La présidentielle française pourrait même avoir un impact sur les législatives belges, qui vont se dérouler presque en même temps. Depuis l'étranger, je regarde la campagne différemment. L'exaltation sur l'identité nationale me fait très peur car elle est perçue comme un discours de fermeture vis-à-vis des autres nations. Dans chaque pays, on retrouve une fierté d'appartenance à sa patrie mais cela n'en devient jamais un sujet traité par l'Etat car on sait très bien où cela nous mène. Sarkozy est vu de l'étranger comme le nouveau Napoléon avec tous ses travers. Ségolène Royal est perçue comme une "chouette" alternative, comme une maman qui va vous protéger. Mon choix se tournera vers Bayrou comme une majorité des expats que je connais, car il a un programme européen qui va permettre à la France de reprendre sa place à Bruxelles. Place qu'elle a perdue à un point dont, vous en France, n'avez aucune idée. |
"Tristesse et tension quand je rentre" Olivier, Royaume-Uni |
A chaque fois que je rentre en France (une fois par trimestre en moyenne depuis 10 ans), je ne peux que contempler le visage triste et la tension qui y règnent. Il existe une certaine pesanteur et cet immobilisme se perçoit dans le comportement de mes amis qui y travaillent et habitent. |
"Certaines polémiques n'auraient pas lieu ailleurs" Anne, Australie |
Je suis beaucoup la campagne sur internet, sur les sites d'information et sur les blogs. Habitant à l'étranger, je suis quelquefois très étonnée de certaines polémiques qui n'auraient pas lieu ici (comme l'identité nationale pour la dernière en date...). C'est en tout cas une campagne passionnante, pleine de rebondissements. La fameuse formule "de la rencontre du peuple français avec un homme (ou une femme en l'occurrence)" se fait certainement plus difficilement. C'est le programme que je regarde (il y a des comparateurs de programme sur internet mais il faut challenger les sites les uns avec les autres), les actes passés, la cohérence du parcours. |
"Les Français ne perçoivent pas l'urgence" Michael, Etats-Unis |
Je vis dans la Silicon Valley depuis 15 ans. Je suis inscrit au consulat de San Francisco et j'irai voter dans quelques semaines. Comme beaucoup de mes compatriotes dans la région, j'ai le sentiment que cette élection est l'une des dernières chances pour la France de se réformer radicalement au risque de s'enfoncer définitivement dans le déclin. Mais comme beaucoup d'entre eux également, la façon dont je perçois la campagne est que les Français de métropole ne sont pas du même avis, du moins qu'ils ne partagent pas ce sentiment d'urgence. |
"Plus on vit à l'étranger, plus on reste Français" Pierre, Etats-Unis |
Professeur depuis 22 ans dans le Minnesota, je reste néanmoins très français. Je crois même que, plus on vit à l'étranger, plus on reste français, même si je suis un passionné de ma vie américaine. Le plus inquiétant est que le discours des politiciens français n'a pas changé depuis 25 ans ! Quand on a vécu à l'étranger près de la moitié de sa vie et que l'on a acquis une telle connaissance du mode de vie international et de la compétition qui est reine, on souhaite réellement que la France fasse partie des grandes puissances du XXIe et XXIIe siècle. Il faut, pour ce faire, que les Français se remettent au travail et qu'ils délèguent leur pouvoir à des dirigeants capables de conduire la France effectivement plutôt que de régler les affaires courantes. |
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