François Bayrou est l'invité de "J'ai une question à vous poser" le 26 février sur TF1. © TF1-LCI"Lundi dernier, au meeting de Toulouse, il y avait plus de 6000 personnes alors que notre capacité militante est dix fois moindre dans la région. Du jamais vu. Au QG de campagne, la vague des adhésions se confirme". Inutile pour la garde rapprochée de François Bayrou de suivre sa courbe dans les sondages : la dynamique de leur chef est visible chaque jour sur le terrain. Parti de notables sans troupes, l'UDF est ainsi obligée de s'organiser rapidement pour gérer l'accession de son leader au statut de grand candidat : effectifs renforcés, dépenses supplémentaires et encadrement de dizaines de journalistes lors de chaque déplacement. L'intéressé veut jouer lui la carte du sang-froid. "C'est un changement très fort, très impressionnant, qui est très heureux à vivre pourvu qu'on garde les pieds sur terre et les yeux dans leurs yeux" affirme-t-il.
"La supercherie de Bayrou" dans l'éducation
Si dans le camp centriste, chaque jour qui passe apporte sa bonne nouvelle, chez les lieutenants de l'UMP et du PS, l'heure est à l'inquiétude et aux interrogations. A quel moment les courbes de Royal et de Bayrou vont se croiser ? Comment "dégonfler" le phénomène ? Les enjeux et les réponses diffèrent à gauche et à droite. Au QG de Ségolène Royal, on se rabat sur le nombre élevé d'indécis et l'on veut croire que parmi les 50% de Français qui doutent encore, la réserve de voix est grande. On évoque aussi "la tyrannie des sondages à répétition" pour mieux relativiser leur portée. Mais les langues se délient, et plus seulement en coulisses. Cité par Le Monde daté de vendredi, Gérard le Gall, le "Monsieur sondages "du PS estime qu'"il y a désormais un risque statistique réel pour Ségolène" le 22 avril. Traduction, les électeurs de gauche pourraient ne pas avoir de candidat portant leurs couleurs au 2nd tour, situation qu'ils connurent en 2002 et, pour les plus anciens, en 1969.
Comme à son habitude, Jean-Luc Mélenchon, lui, tape fort et écrit sur son blog qu' "il y a le feu au lac" avec notamment "la supercherie de monsieur Bayrou qui fonctionne le plus grossièrement" dans l'éducation. Un autre responsable socialiste explique lui que "la campagne ne prend pas dans l'opinion car il n'y a pas de vrai débat. On est entre le sondage et l'anecdote. D'où le succès de Bayrou qui est plus une manifestation de colère que d'adhésion, avec une situation très volatile".
Pour contrer le candidat de l'UDF, Ségolène Royal devrait rapidement s'appuyer sur ses deux ex-rivaux. "C'est la panique, elle nous appelle à la rescousse," confie ainsi un de leur proche. Dominique Strauss-Kahn s'apprête à devenir dans les prochains jours l'arme anti-Bayrou de la candidate socialiste avec un retour médiatique chargé : un 20h vendredi, des interview télé et radio en début de semaine prochaine et un déplacement avec la candidate à Reims le 16 mars. "Nous avons toujours pensé qu'elle ne ferait pas plus de 23 ou 24% au 1er tour, compte tenu de l'état de la gauche, mais nous n'avions pas prévu une telle percée de Bayrou", reconnaît un strauss-kahnien. Face à cela, le risque majeur pour Ségolène Royal est que l'argument du vote utile anti-Sarkozy martelé depuis des mois ne finisse par se retourner contre elle, si François Bayrou apparaît de plus en plus comme le seul à pouvoir battre le candidat de l'UMP.
Gagner la bataille des projets
Chez les partisans du ministre de l'Intérieur, on affirme suivre de près la campagne du leader centriste depuis des semaines tout en reconnaissant aussi avoir peut-être "sous-estimé" le phénomène. "Mais c'est une chose de faire une bonne campagne, c'en est une autre de batailler projet contre projet. Qu'il dise ce qu'il compte faire une fois élu et avec qui," explique l'un d'entre-eux. Le projet, le projet et encore le projet, Nicolas Sarkozy veut de nouveau donner le tempo des débats en misant sur le fond. Jeudi soir sur France 2, il a pour la première fois commenté l'ascension de François Bayrou. "Je le respecte mais sa stratégie est celle de l'immobilisme, alors que je pense qu'il faut une stratégie du changement en France".
Convaincu que la bataille se jouera sur les idées, le candidat de l'UMP devrait multiplier à l'avenir les déplacements sur le terrain pour expliquer son projet. Son entourage estime aussi que son départ du gouvernement fin mars constituera une relance de la campagne, focalisée aujourd'hui sur un troisième homme en passe peut-être- de devenir second. Six semaines avant le premier tour, le duel attendu Royal-Sarkozy cède la place à une mêlée riche de surprises. Reste à savoir si François Bayrou profite actuellement des ratés de Ségolène Royal et de l'essoufflement de Nicolas Sarkozy ou s'il bâtit une offre politique nouvelle en France.
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