Contre Bayrou, quelle riposte pour Sarkozy et Royal ?

Par , le 09 mars 2007 à 00h00 , mis à jour le 09 mars 2007 à 19h50

Les candidats de l'UMP et du PS ont pris conscience du phénomène Bayrou et entendent bloquer son ascension dans les prochaines semaines, chacun à leur manière.

François Bayrou est l'invité de "J'ai une question à vous poser" le 26 février sur TF1.François Bayrou est l'invité de "J'ai une question à vous poser" le 26 février sur TF1. © TF1-LCI

"Lundi dernier, au meeting de Toulouse, il y avait plus de 6000 personnes alors que notre capacité militante est dix fois moindre dans la région. Du jamais vu. Au QG de campagne, la vague des adhésions se confirme". Inutile pour la garde rapprochée de François Bayrou de suivre sa courbe dans les sondages : la dynamique de leur chef est visible chaque jour sur le terrain. Parti de notables sans troupes, l'UDF est ainsi obligée de s'organiser rapidement pour gérer l'accession de son leader au statut de grand candidat : effectifs renforcés, dépenses supplémentaires et encadrement de dizaines de journalistes lors de chaque déplacement. L'intéressé veut jouer lui la carte du sang-froid. "C'est un changement très fort, très impressionnant, qui est très heureux à vivre pourvu qu'on garde les pieds sur terre et les yeux dans leurs yeux"  affirme-t-il. 

"La supercherie de Bayrou" dans l'éducation

Si dans le camp centriste, chaque jour qui passe apporte sa bonne nouvelle, chez les lieutenants de l'UMP et du PS, l'heure est à l'inquiétude et aux interrogations. A quel moment les courbes de Royal et de Bayrou vont se croiser ? Comment "dégonfler" le phénomène ? Les enjeux et les réponses diffèrent à gauche et à droite. Au QG de Ségolène Royal, on se rabat sur le nombre élevé d'indécis et l'on veut croire que parmi les 50% de Français qui doutent encore, la réserve de voix est grande. On évoque aussi "la tyrannie des sondages à répétition" pour mieux relativiser leur portée. Mais les langues se délient, et plus seulement en coulisses. Cité par Le Monde daté de vendredi, Gérard le Gall, le "Monsieur sondages "du PS estime qu'"il y a désormais un risque statistique réel pour Ségolène" le 22 avril. Traduction, les électeurs de gauche pourraient ne pas avoir de candidat portant leurs couleurs au 2nd tour, situation qu'ils connurent en 2002 et, pour les plus anciens, en 1969.

Comme à son habitude, Jean-Luc Mélenchon, lui, tape fort et écrit sur son blog qu' "il y a le feu au lac" avec notamment "la supercherie de monsieur Bayrou qui fonctionne le plus grossièrement" dans l'éducation. Un autre responsable socialiste explique lui que "la campagne ne prend pas dans l'opinion car il n'y a pas de vrai débat. On est entre le sondage et l'anecdote. D'où le succès de Bayrou qui est plus une manifestation de colère que d'adhésion, avec une situation très volatile".

Pour contrer le candidat de l'UDF, Ségolène Royal devrait rapidement s'appuyer sur ses deux ex-rivaux. "C'est la panique, elle nous appelle à la rescousse," confie ainsi un de leur proche. Dominique Strauss-Kahn s'apprête à devenir dans les prochains jours l'arme anti-Bayrou de la candidate socialiste avec un retour médiatique chargé : un 20h vendredi, des interview télé et radio en début de semaine prochaine et un déplacement avec la candidate à Reims le 16 mars. "Nous avons toujours pensé qu'elle ne ferait pas plus de 23 ou 24% au 1er tour, compte tenu de l'état de la gauche, mais nous n'avions pas prévu une telle percée de Bayrou",  reconnaît un strauss-kahnien. Face à cela, le risque majeur pour Ségolène Royal est que l'argument du vote utile anti-Sarkozy martelé depuis des mois ne finisse par se retourner contre elle, si François Bayrou apparaît de plus en plus comme le seul à pouvoir battre le candidat de l'UMP.

Gagner la bataille des projets

Chez les partisans du ministre de l'Intérieur, on affirme suivre de près la campagne du leader centriste depuis des semaines tout en reconnaissant aussi avoir peut-être "sous-estimé" le phénomène. "Mais c'est une chose de faire une bonne campagne, c'en est une autre de batailler projet contre projet. Qu'il dise ce qu'il compte faire une fois élu et avec qui," explique l'un d'entre-eux. Le projet, le projet et encore le projet, Nicolas Sarkozy veut de nouveau donner le tempo des débats en misant sur le fond. Jeudi soir sur France 2, il a pour la première fois commenté l'ascension de François Bayrou. "Je le respecte mais sa stratégie est celle de l'immobilisme, alors que je pense qu'il faut une stratégie du changement en France".

Convaincu que la bataille se jouera sur les idées, le candidat de l'UMP devrait multiplier à l'avenir les déplacements sur le terrain pour expliquer son projet. Son entourage estime aussi que son départ du gouvernement fin mars constituera une relance de la campagne, focalisée aujourd'hui sur un troisième homme en passe peut-être- de devenir second. Six semaines avant le premier tour, le duel attendu Royal-Sarkozy cède la place à une mêlée riche de surprises. Reste à savoir si François Bayrou profite actuellement des ratés de Ségolène Royal et de l'essoufflement de Nicolas Sarkozy ou s'il bâtit une offre politique nouvelle en France.

Par Renaud Pila le 09 mars 2007 à 00:00
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67 Commentaires

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  • à choisir...., le 09/03/2007 à 17h39

    à ceux qui reprochent à M. Bayrou d'avoir participé à des gouvernements qu'il critique maintenant, je voudrais rappeler 1) qu'il n'y a que les imbéciles qui ne changent pas ! 2) que Sarkhozy a quand même trahi ceux qu'ils soutenait avant ! Alors je préfère qqu'un qui dit s'être trompé honnêtement comme Bayrou, et non un traitre qui n'a jamais renoncé à trahir.

  • Pierre, le 09/03/2007 à 17h33

    Illusion, tout n'est qu'illusion. Vous pouvez bien voter pour qui bon vous semble,lui comme les autres n'y changeront rien .Nous sommes dans un cycle de régression; la précarité sera bientôt un délit.Le nouveau moyen age cela vous dit rien!!!

  • Fred, le 09/03/2007 à 17h33

    Allo, y a quelqu'un ? C'est le bordel dans ce pays depuis 30 ans, tout le monde se plaint et vous voulez toujours voter pour les même ! Réagissez citoyens ! Changez !

  • Michèle, le 09/03/2007 à 17h14

    Comment font le ps et l'ump pour penser que 24% des electeurs sont lobotomisés. Je vous rassure Madame et messieurs , nous savons lire écouter et comprendre. Le projet (pas programme) existe , est très clair et nous convient enfin .

  • Franck, le 09/03/2007 à 17h09

    Au lieu de s'occuper de mr Bayrou,ps et ump occupez vous de votre programme.

  • QuiGonJin, le 09/03/2007 à 17h02

    BAYROU propose l'anti-système avec l'union des opportunistes des partis principaux? Il propose l'avenir avec la 4ème république et une cohabitation institutionnalisée? Mais de qui se fout-on? Son programme est creux, il ne sait pas avec qui il gouvernerait, il créerait un parti d'Union de la Majorité Présidentiel alors qu'il a refusé d'intégrer l'UMP en son temps. C'est ridicule, et pire : ça marche !

  • Tournesol, le 09/03/2007 à 16h55

    Je suis désolé Monsieur Bayrou,mais pour faire avancer une bicyclette , ou tout simplement pour marcher, il faut deux jambes . Il est vrai que la mode semble être à la trotinette ... Age mental: 5 ans !

  • Nicval, le 09/03/2007 à 16h48

    BAYROU se réveille un peu tard car sans majorité il ne pourra gouverner. La solution qu'il représente est donc un leurre. Qui plus est sa posture de centriste contestataire bien de chez nous sur son tracteur masque ses années de gouvernement avec l'UMP. Il veut nous refaire le coup du référendum : la vrai france contre celle des élites, et résultat deux ans après on est toujours bloqués. Avec lui je crains que cela ne soit la même chose. Ceci posé il a un sacré sens politique, bravo l'artiste mais qu'il ne vienne pas jouer les paysans parceque là il nous prend pour des c..... !

  • Triphon, le 09/03/2007 à 16h30

    Entièrement d'accord avec ce qu'a dit un internaute précédemment: le candidat qui sortira le pays de l'ornière est celui qui réduira significativement les dépenses publiques afin de réduire la dette et de cesser d'étouffer toute la créativité, toutes les initiatives et toutes les entreprises de notre pays. Le seul qui ait un programme clair et crédible pour cela, c'est Nicolas Sarkozy; les autres se contentent de belles paroles mais n'ont aucune proposition concrète pour cela.

  • Vastre, le 09/03/2007 à 16h27

    Bien que n'étant pas un supporteur de Bayrou, je prends plaisir à voir montrer le stress de ses deux rivaux. A l'évidence, ils ne s'attendaient, ni l'un ni l'autre, à un tel phénomène. Peu importe la façon dont celà va se terminer, c'est rigolo de les observer ! Ils vont devoir sortir l'artillerie lourde ou faire appel aux conseils des anciens expérimentés en défaites électorales.

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