© AFP/R. AranguaLCI.fr : Vous demande-t-on régulièrement des sujets autour de notre élection ?
Paola Martinez Infante, correspondante de Radio Bio-Bio et de TVN à Paris : Oui. J'évite les sujets sur les petites phrases de tel ou tel candidat. Je préfère me concentrer sur les sujets de société comme le chômage, la crise du modèle social, les craintes d'un 21 avril bis ou l'immigration. Ce thème intéresse notamment les Chiliens qui rêvent de partir. En fait, même si la distance limite évidemment la curiosité, les Chiliens se penchent sur la campagne. Le voyage de Ségolène Royal en janvier 2006 pour soutenir Michelle Bachelet, alors elle-même en campagne, a créé de l'empathie et a marqué les esprits*. Le rôle de la France dans le monde et sa puissance internationale suscitent aussi l'intérêt.
LCI.fr : Comment jugez-vous la campagne jusqu'à présent ?
P.M.I. : Tout d'abord, je trouve qu'il y a une surabondance d'informations, notamment par rapport à 2002. A l'époque, le débat portait surtout sur les idées, sur les programmes. Cette année, j'ai l'impression que les coulisses et les petites phrases sont autant, voire plus, mises en avant. Vous semblez plus préoccupés par la course aux sondages que par le malaise des Français ou par les explications des problèmes.
Or cette "politique-spectacle" à l'Américaine alimente ce même malaise. Cela me fait penser à un match de foot. Les candidats sont les joueurs qui tentent de marquer un but quels que soit les moyens tandis que les journalistes remplacent les commentateurs. Même si c'est drôle, c'est en contradiction avec votre longue tradition démocratique. Résultat : tout comme au Chili l'année dernière, les gens sont déçus et expriment logiquement leur "ras-le-bol" du système. Ils veulent du changement, que la politique se fasse différemment.
"Rien n'a vraiment changé depuis 2002"
LCI.fr : Sur le fond, comment trouvez-vous les différentes propositions ?
P.M.I. : Depuis 2002, rien n'a vraiment changé. Les programmes et les sujets sont toujours les mêmes car les malaises sont toujours là. Il me semble que certains sujets sont instrumentalisés pour aller à la chasse aux voix. L'immigration et la sécurité finissent une nouvelle fois par s'imposer. Cela se fait aux détriments d'autres thèmes. Je suis ainsi étonnée par l'absence de la culture dans le débat. Aucun des candidats -à part Royal vaguement- ne l'a abordée. C'est dommage car l'exception culturelle française est importante.
LCI.fr : Le Chili s'est invité dans la campagne avec la comparaison Ségolène Royal-Michelle Bachelet.
P.M.I. : Je pensais que le Chili était plus machiste que la France. Je me suis trompée ! Au Chili, malgré quelques reproches initiaux -notamment sur ses tenues et son manque de charisme-, on a vite oublié que Michelle Bachelet était une femme. En France, Ségolène Royal est indéniablement une femme compétente mais on sent un machisme souterrain à son égard. A un moment ou à un autre, il y a toujours un commentaire sur son statut de femme pour la dévaloriser.
On a évoqué une visite de Bachelet pour soutenir Royal avant le 1er tour. A priori, cela sera difficile à organiser en raison de l'agenda de Bachelet. Mais si tel était le cas, il est possible que montrer qu'une femme peut diriger un pays où la situation est difficile touche le cœur des gens, notamment les indécis.
La socialiste Michelle Bachelet a été élue présidente du Chili en janvier 2006
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