Ségolene Royal © TF1-LCI"Si elle ne tient pas une partie de ses promesses, le socialisme est mort". Dans le hall du Palais des Sports de Tours où Ségolène Royal tient meeting, une retraitée de 60 ans le dit tout net : pour beaucoup de militants PS, la présidente de la région Poitou-Charentes représente la dernière chance pour la gauche de renouer le lien avec la France populaire. Maryse soutenait Fabius aux primaires mais elle juge aujourd'hui la candidate "capable de gagner car elle fait une bonne campagne, plus à gauche qu'au début".
La dernière ligne droite, Ségolène Royal a choisi de la passer au milieu de la France populaire, pour établir "un lien direct avec les Français", une expression martelée à chacune de ses rencontres. Plus qu'un slogan pour elle, une conviction qu'il s'agit là de la clé de la victoire. Avec les mêmes mots que "le candidat de droite" qu'elle refuse de nommer, elle veut convaincre des millions d'électeurs qu' "avec elle, la politique ne sera plus jamais comme avant". Ceux qui parlent le Royal couramment ont compris qu'elle a, comme elle le dit,"repris sa liberté".
"Voir Ségolène"
Jurys citoyens, évaluation des dépenses publiques, respect des règles, le discours de la candidate à la présidentielle reprend celui de la candidate à l'investiture. "Vous savez ce que me disent les gens ? On veut des règles" explique en écho le maire socialiste de St-Jean de la Ruelle, une commune de 17 000 habitants proche d'Orléans où la candidate est venue visiter un lycée professionnel. Ce quarantenaire qui pourrait faire partie de la "génération Royal", celle qui n'a pas connu 68, veut faire de la politique avec pragmatisme. Dans ce lycée spécialisé dans l'automobile, "on bosse dur" confient les élèves dont certains en âge de voter vont déposer dans l'urne le bulletin Royal, "parce que c'est la gauche". Par réflexe plus que par conviction. Pour eux, sa venue, c'est surtout celle d'une star qu'ils veulent prendre en photo avec leur portable, en se fracassant contre le mur de caméras.
A Blois, les socialistes locaux ont prévu "une rencontre populaire" à la Halle aux grains, un joli bâtiment construit sous l'ère Jack Lang. Ils arborent à leur boutonnière un ruban tricolore, l'identité nationale est revenue à la mode à gauche. Le millier de personnes présentes se bouscule pour "voir Ségolène". Elle parle une vingtaine de minutes, sans notes et micro à la main. L'écoute est religieuse, mais la ferveur difficilement palpable. A l'applaudimètre, le mandat unique fait un tabac, tout comme la dénonciation des tarifs bancaires. La salle ne réagit qu'aux mesures concrètes, ce qui n'empêche pas Ségolène Royal de dessiner avec son phrasé appliqué les contours de sa "République nouvelle, celle du respect mutuel dans un pays qui se reconstruit, celle d'un pays où les droits doivent s'accompagner de devoirs".
"Inattaquable sur la sécurité"
Tout comme plus tard devant les salariés du groupe Pzifer menacés de licenciement, elle martèle : "il faut faire du sur-mesure", aussi bien dans la baisse des charges que dans les aides publiques, dans l'éducation ou dans la recherche. L'Europe est également présente dans son discours, faisant mentir ceux qui reprochent aux candidats de la passer à la trappe. "Mais les médias ne reprennent jamais ces passages, ils ne s'intéressent qu'aux petites phrases"; remarque un étudiant venu écouter la candidate socialiste. Ces "petites phrases", il y en aura pas au cours de cette journée. Ségolène Royal se livre peu à la presse et préfère faire "une campagne positive plutôt que de juger celle de ses adversaires".
Pour commenter les violences de la gare du Nord la veille , elle lit une courte déclaration et refuse d'en dire plus. Pourtant, elle s'étendra plus longuement sur le sujet lors de son meeting à Tours. "Les gens sont dressés les uns contre les autres, ont peur les uns des autres", affirmera-t-elle. Entre temps, Nicolas Sarkozy avait laissé entendre que la gauche était "du côté des fraudeurs". Mais dans l'entourage de la candidate, on ne craint pas les accusations de laxisme : " Ségolène Royal est inattaquable sur les problèmes de sécurité car elle a posé des jalons très tôt. C'est certainement l'intuition la plus forte qu'elle ait eue pendant la primaire'".
Jeudi, la première femme à pouvoir conquérir l'Elysée devait continuer sa route dans la Vienne, et vendredi dans la Creuse et le Puy-de-Dôme. A bord de son Espace transformé en QG de campagne, "à la rencontre des Français". Commentant cette première journée, un correspondant de la presse étrangère glisse cette remarque : "elle fait une bonne campagne mais tout cela manque d'émotion non ? Quelque chose ne prend pas, étrange campagne".
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