"Rose de France, l'homme dur et le cheval noir"

Par Propos recueillis par Fabrice AUBERT, le 14 mars 2007 à 16h29 , mis à jour le 20 avril 2007 à 16h56

Interview - Yan Ming, correspondant de l'agence Xinhua-Chine nouvelle à Paris, explique à LCI.fr le point de vue chinois sur la campagne.

TF1/LCI Election présidentielle 2007François Bayrou, Ségolène Royal et Nicolas Sarkozy © TF1/LCI

LCI.fr : Vous demande-t-on régulièrement des sujets autour de notre élection ?
Yan Ming, correspondant "politique française" de Xinhua-Chine nouvelle à Paris : Oui, les Chinois s'intéressent à la campagne. Je fais donc régulièrement environ deux à trois articles par semaine, en me consacrant aux grands événements. En début de semaine, j'ai donc traité l'annonce de Jacques Chirac, avec notamment un sujet magazine, et la montée de François Bayrou.

LCI.fr : Pourquoi cet intérêt en Chine ?
Y.M. : Tout d'abord parce que la France est un grand pays et que son élection présidentielle intéresse forcément. Ensuite, comme partout, le phénomène Royal, la première femme à avoir une chance de gagner, passionne. Nous l'avons surnommée, un peu facilement il est vrai, la "Rose de France", car c'est à une femme charmante et que la rose est le symbole du parti socialiste.

LCI.fr : Comment analysez-vous cette campagne ?
Y.M. : J'ai notamment été frappé par le rôle des sondages, focalisés sur le duel Royal-Sarkozy, en début de campagne. On a l'impression que ce sont eux qui font l'élection. C'est très surprenant.

Concernant Sarkozy, il tient une position ferme et dit franchement ce qu'il compte faire, que cela plaise ou non à l'ensemble de l'électorat. Son congrès d'investiture à la Porte de Versailles était notamment très impressionnant, très bien organisé, aussi bien sur le plan politique, émotionnel que sur celui de la communication. C'est vraiment une machine précise et concrète. On l'a d'ailleurs surnommé "l'homme dur". En face, le discours de Ségolène Royal à Villepinte était beaucoup moins huilé, plus traditionnel. L'organisation était plus "socialiste", moins cadrée.

Plus d'écho en France pour la "bravitude" 

LCI.fr : Que pensez-vous de la percée de Bayrou ?
Y.M. : C'est une vraie surprise, une sorte de "cheval noir qui surgit". On pouvait penser que la campagne serait marquée par un affrontement droite-gauche traditionnel. En fait, le peuple français semble en colère contre la politique en général. Le vote Bayrou est donc un vote de protestation que l'on peut comprendre. Néanmoins, à la différence de Sarkozy ou de Royal, il n'a pas encore de programme concret. C'est en fait un homme de centre-droit qui joue sur sa position centrale pour s'éloigner à la fois de la droite et de la gauche.

LCI.fr : Que pense-t-on en Chine du débat sur l'immigration ?
Y.M. : Les Chinois ne se sentent pas vraiment pas concernés. Ils estiment que lorsqu'ils arrivent dans un pays, il est normal de tenter de s'y insérer en faisant des efforts, par exemple en apprenant le français.

LCI.fr : La Chine s'est aussi invitée dans la campagne avec la visite de Royal et la désormais célèbre "bravitude".
Y.M. : Cette visite a eu en fait beaucoup plus d'écho en France qu'en Chine. Nous avons eu du mal à traduire en chinois et à expliquer la nuance de sens de "bravitude". Néanmoins, la citation a suscité de la sympathie dans le public chinois. Désormais, il sait qui elle est, c'est-à-dire la "dirigeante française qui est passée à la télé". Et par ricochet, il s'intéresse plus à l'élection.

Par Propos recueillis par Fabrice AUBERT le 14 mars 2007 à 16:29
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7 Commentaires

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  • MATHEU, le 15/03/2007 à 18h28

    Excellent cet article d'un journal chinois. D'un oeil objectif et efficace le commentateur nous révèle en deux mots que le seul qui ait la stature d'un président est N. SARKOZY, BAYROU faisant figure d'exutoire des mécontents et hésitants mais sans rien de sérieux à proposer, quant à S. ROYAL elle y est dépeinte comme un objet décoratif avec beaucoup de poésie à la chinoise "la rose de france".

  • Magiera, le 15/03/2007 à 12h20

    Je trouve l'analyse de ce journaliste chinois plutot juste;quant à la "rose de France", méfiance....Toute rose a des épines.

  • Odette, le 15/03/2007 à 11h38

    Excellente analyse chinoise qui encourage à voter pour Sarko, tant pour la vision de l'emmigration et sa nécessité d'apprendre la langue du pays d'accueil que par cette approbation du travail comme valeur. Les Chinois sont des bosseurs qui ne chipotent pas sur 35 heures et ont le courage de travailler pour tenter de vivre décemment.

  • Yohann, le 15/03/2007 à 10h59

    Je ne sais pas si les Chinois en France sont des modèles d'intégration, étant donné qu'ils vivent principalement reclus dans leur "China Town". Qu'ils ne fassent pas parler d'eux est autre chose. Ensuite, dire que le vote centriste est un vote protestataire, alors là c'est à mourir de rire. Mais le pire c'est qu'il a peut-être raison.

  • Jean-pierre, le 15/03/2007 à 10h44

    Interessant l'avis des chinois sur l'immigration:ils considèrent qu'il est bon pour s'inserer d'apprendre le français ...

  • Roger, le 15/03/2007 à 09h57

    On ne s'étonnera donc pas que les Chinois se soient très bien intégrés en France. Voilà des gens qui n'ont pas peur de travailler. L'analyse de ce journaliste est très juste.

  • Isabelle, le 15/03/2007 à 07h43

    Je trouve cette analyse tres vraie et tres réfléchie

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