Nicolas Sarkozy © TF1/LCILCI.fr : Traitez-vous régulièrement notre élection ?
Mokhtar Mourad Bendib, chef du bureau de Algérie Presse Service à Paris : Oui, nous écrivons des dépêches tous les jours et nous renforçons notre couverture en fonction de l'actualité. En Algérie, cette élection passionne beaucoup plus que les précédentes. Elle est incertaine et les principaux candidats sont nouveaux et incarnent une rupture avec la tradition politique française. Et bien sûr, comme partout, le phénomène Royal et la manière dont elle a mis KO les "éléphants" du PS lors de la primaire socialiste a suscité un vif intérêt. Grâce à la télévision par satellite, il est très facile de suivre les débats, notamment ce qui concerne la politique étrangère et la relation entre les deux pays.
LCI.fr : Comment analysez-vous cette campagne ?
M.M.B : Je trouve Ségolène Royal assez courageuse, ses propositions sont intéressantes. Mais ce qui me frappe, ce sont ses hésitations : un jour, elle avance, trois jours après, elle recule. Le meilleur exemple est bien sûr son attitude vis-à-vis du PS.
Concernant la montée de François Bayrou, qui intéresse actuellement l'opinion publique algérienne, je reste très prudent. Comme en 2002 et en 2005 avec le référendum, il faut prendre les sondages avec précaution : la moitié des Français n'ont pas encore fait leur choix et 31% ne sont pas "sondables" car ils n'ont plus de téléphone fixe. Sur le fond, Bayrou semble profiter du fait que les Français veulent sortir de la bipolarisation. Néanmoins, incarne-t-il réellement cette position ? Je ne le crois pas, car il demeure quoi qu'il en dise un produit des appareils politiques traditionnels. Quant à la question de la dette, je trouve les Français bien "pleurnichards" sur ce sujet : elle n'est pas vraiment plus importante que dans les autres pays européens et la situation économique française est quand même bien meilleure que celle des pays africains
Enfin, Nicolas Sarkozy confirme avec cette campagne qu'il est un grand professionnel, même s'il a blessé de nombreux gens au Maghreb avec sa proposition d'un "ministère de l'Immigration et de l'identité nationale". Nous avons relayé les critiques envers cette idée, notamment celles de Simone Veil.
LCI.fr : Justement, comment ce débat sur l'immigration est-il perçu par les Algériens ?
M.M.B : Je me pose la question suivante : quel est rapport entre immigration et identité nationale ? Sarkozy est lui-même un immigré de deuxième génération et certains Algériens en connaissent plus que lui sur le sujet, comme l'a montré le film "Indigènes". Cette proposition est totalement électoraliste. Face à la montée de Bayrou, il reprend les arguments de Le Pen pour faire des clins d'œil aux électeurs du FN.
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