Sarkozy et Royal : le patriotisme, prélude à l'Europe

Par Propos recueillis par Matthieu DURAND, le 27 mars 2007 à 14h30 , mis à jour le 27 mars 2007 à 15h13

Interview- Selon Lucien Jaume, directeur de recherche au CNRS, les deux candidats évoquent la patrie pour préparer les Français au débat sur l'Europe. Une question capitale pour ces "deux Européens convaincus".

TF1/LCI Election présidentielle 2007 Un drapeau à la fenêtre d'une mairieUn drapeau à la fenêtre d'une mairie © shx.hu

LCI.fr : Nationalisme, patriotisme, immigration, identité nationale... en évoquant ces thèmes, Nicolas Sarkozy et Ségolène Royal font-ils le jeu du Front national, comme il leur est reproché ici et là ?

Lucien Jaume (1) : Concernant Nicolas Sarkozy, il faut partir du discours qu'il a prononcé le 15 mars à Nantes. Il a déclaré que la France est un pays d'immigration et que celle-ci ne saurait porter atteinte à l'identité française. Il a rappelé les fondamentaux de la République et de la Révolution française : la séparation entre le privé et le public, entre le religieux et le politique, la liberté d'opinion, l'éducation... Il a précisé qu'il est un "Français au sang mêlé", heureux de s'être intégré à la société française. Il a jugé positive la loi qui reconnaît la traite et l'esclavage comme des crimes contre l'humanité. Dans ce même discours, il s'est démarqué de la préférence nationale et de l'idée de la France aux Français, qui sont deux thèmes du Front national, mais aussi du racisme et de l'antisémitisme.

Ségolène Royal a pour sa part réexpliqué ce qu'est la Marseillaise et défendu la présence de drapeaux tricolores aux balcons. Depuis Jaurès, en passant par Mitterrand, ce patriotisme s'inscrit dans une tradition socialiste héritée de la Révolution française. Certes, il y a, chez les deux candidats, un côté provocateur : le drapeau chez Royal, le ministère de l'immigration et de l'identité nationale chez Sarkozy. Mais chacun rappelle dans un premier temps ce qu'est la France, à savoir que l'identité nationale, c'est un ensemble de valeurs et de principes républicains, pour pouvoir ensuite aborder la question de l'Europe.

LCI.fr : Que voulez-vous dire ?

L. J. : A mon avis, Sarkozy et Royal, qui sont deux Européens convaincus, préparent l'opinion française au moment d'explication sur l'Europe. Le "non" à la Constitution européenne pèse sur la conscience collective des Français. Aujourd'hui, la question est de savoir si nous voulons de l'Europe et quelle Europe nous voulons. Pour répondre à cela, il n'y a pas d'autre moyen que d'expliquer qu'on peut être Français, Européen et ouvert à la mondialisation.

LCI.fr : Pourquoi est-ce délicat d'aborder cette question du patriotisme en France ?

L. J. : Historiquement, c'est lié au régime de Vichy puis à la difficulté de penser à une Europe qui soit à la fois une et diversifiée. Il y a eu une culpabilité sur notre Histoire. Or, la repentance est un phénomène politique très dangereux. Nous avons besoin d'un bilan sérieux du colonialisme, du fait religieux, de la diversité... autant de thèmes qu'il faut enseigner à l'école.

Nous avons connu 15 à 17 constitutions dans notre Histoire quand les Britanniques et les Américains n'en ont connu qu'une. Chez eux, c'est le pouvoir judiciaire qui est le garant de la constitution et qui suit également l'évolution de la société. Prenez le film Philadelphia, ce sont un juge et un avocat qui sont la clé de la question homosexuelle aux Etats-Unis. Nous allons devoir nous rapprocher de ce modèle : on ne pourra gérer la diversité française que par de très bons juristes.

(1) Lucien Jaume est directeur de recherche au CNRS et enseignant à Sciences Po Paris

Par Propos recueillis par Matthieu DURAND le 27 mars 2007 à 14:30
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8 Commentaires

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  • LHOMME Madeleine, le 28/03/2007 à 16h55

    Enfin quelqu'un qui replace la question de l'identité nationale dans son contexte global ! Bravo pour l'article ! Je me sens française, européenne, citoyenne du monde et, pourtant, je ne suis pas de gauche et encore moins altermondialiste. Suis-je normale ?

  • Quesada, le 27/03/2007 à 20h16

    Il est paye combien pour dire de telles inepties ce Mr Jaume?Sarko et surtout Sego ont un probleme de nombre de voix pour cette election , et ils VEULENT etre elus , alors un peu de patriotisme et de nationalisme dans le discours et puis c est tout.L europe c est pas du tout leur souci immediat .

  • Jean Luc, le 27/03/2007 à 17h52

    Sur le rôle des juristes garants de la constitution et de l'identité national aux USA, relire l'excellent Alexis de Tocqueville ! Ce pays est libéral dans le bon sens du terme, pas celui donné par Besancenot et consorts.

  • Michel, le 27/03/2007 à 17h00

    Navré, mais les Français ont depuis 30 ans ignorés notre drapeau, ses couleurs, sans compter les paroles de la Marseillaise.Et c'est pourquoi, le FN, s'est emparé de ce thème pour ses campagnes politiques.La gauche est en grande partie responsable de cet héritage. Il faut payer. Quant à l'Europe, elle a bon dos.

  • Pat, le 27/03/2007 à 16h49

    Il existe une correlation extremement forte entre l'ignorance moyenne de la population d'un pays et le nationalisme... si ce dernier augmente en france, il ya de quoi se poser des questions inquietantes! l'aveuglement des gens en france est totalement inquietant. coment les pro sarko puvent ils dire que sarko est le plus grand patriote, quand bien mee c dernier va serre la main a bush pour excuser la france d'avoir ete trop arrogante en 2003 face a la guerre en irak??

  • Cath, le 27/03/2007 à 16h10

    Je suis Française depuis des lustres. Je me sens patriote, j'aime mon pays et je veux que mes enfants l'aiment aussi. Mais jamais je n'accrocherai le drapeau tricolore sur mon balcon, j'aurais l'impression de militer pour le FN. Nul besoin d'afficher ses idées sur son balcon. Bientôt il faudra accrocher le portrait du Président dans son salon ...

  • LUC, le 27/03/2007 à 16h01

    Qu'on arrête de se préoccuper du sexe des anges!A force de vouloir aller au fond des choses on finira bien par y rester.Quel soit le fuctur président il devra être européen et faire avec.Il y a cette maladie française qui consiste à vouloir toujours chercher à voir ce qui pourrait nous dépasser que nous sachions et sans que cela, nous ménent bien loin.Vous vous imaginez un président en train ou capable de transcender l'ensemble de tous ces principes existencialistes mondiaux voire europeens et par la même occasion diriger un pays de maniére éclairé? Il est évident qu'il n'existe pas ou alors s'il est né il vaudrait mieux qu'il se cnsacre à l'écriture. Cela vaudrait mieux pour tout le monde .

  • MOI, le 27/03/2007 à 15h35

    Segolene royal à raison à mon avis de faire comprendre que l'extreme droite petit à petit s'est approprié tous les symboles qui constituent une nation en l'occurence la françe jusqu'à sa revolution! Maintenant à mon avis le debat doit etre clos il faut passé à autre chose, malgré tous les efforts mediatiques cela ne constitut pas la principale preoccupation des français...

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