Les 12 candidats à la présidentielle 2007 © TF1/LCIDepuis le début de la campagne, deux batailles sont en cours : la confrontation officielle entre les douze candidats aux 500 parrainages et la lutte féroce entre quatre personnalités, les "grands" candidats, seuls duellistes plausibles au second tour, à en croire les sondeurs : Nicolas Sarkozy, Ségolène Royal, François Bayrou et Jean-Marie Le Pen. Une des grandes différences entre les campagnes de 2002 et de 2007 est en effet la concentration des intentions de vote depuis des semaines sur ces quatre postulants à l'Elysée.
Si l'on s'attache au premier tour, ils captent dans la totalité des enquêtes d'opinion près de 90% des voix, contre seulement 50% en 2002. Certes, le nombre de candidats est passé de 16 à 12, mais l'explication n'est pas là : les "petits" candidats n'ont pas su cette fois-ci attirer une réelle audience, la division de l'extrême-gauche participant de l'émiettement des intentions de vote.
Vases communicants
A moins d'une semaine du scrutin , on peut parler de suspense relatif quant à l'ordre d'arrivée des quatre "grands" candidats. Il ne s'explique pas, contrairement à ce qu'on entend ici ou là, par un niveau exceptionnel d'indécision. Ainsi, le taux est en moyenne de 30%, tous instituts de sondage confondus, soit un niveau de détermination semblable à celui de 2002 et 1995. La vraie différence avec le précédent scrutin est la concentration de l'hésitation sur les quatre "grands" et non pas sur la totalité des postulants, d'où l'incertitude...
Deuxième phénomène nouveau, "la très forte compatibilité entre le vote de gauche et le vote centriste" selon l'expression de Jérome Sainte-Marie (BVA). Plus de 35% des électeurs de François Bayrou se reporteraient ainsi sur Ségolène Royal au second tour, et les appels de Michel Rocard et Bernard Kouchner en faveur d'une alliance auront peut-être accentué cette effet de vases communicants en fin de campagne.
| Nicolas Sarkozy : cap à droite |
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| Ségolène Royal : une campagne erratique |
Face à des sondages en baisse, elle a voulu "reprendre sa liberté" et "refaire du Royal", avec plus de succès, mais au risque de donner l'impression d'improviser, quitte à heurter une partie de l'électorat classique de la gauche avec le retour au drapeau tricolore. En lançant une contre-offensive sur le terrain social ces derniers jours, elle entendait marquer le clivage droite/gauche, à l'instar de son rival de l'UMP sur le terrain de l'immigration. Mais là où Nicolas Sarkozy a réussi la révolution culturelle de la droite française, les socialistes n'ont pas fait depuis 2002 le travail de rénovation idéologique indispensable à la gauche, laissant un boulevard social-démocrate à François Bayrou. Avec qui gouvernerait le PS demain ? Sur les cendres de la gauche plurielle, que reconstruire ? La réponse à ces questions n'aura pas été apportée durant la campagne. |
| François Bayrou : l'événement de la campagne |
Pesant entre 17 et 20% des intentions de vote dans les derniers sondages, François Bayrou créerait la surprise s'il éliminait la gauche du duel final. Il faut également rappeler que c'est dans son électorat potentiel qu'il y a le plus d'indécis (55%), au contraire la fermeté de choix est forte chez les trois autres (65%). Toutefois, les appels de Rocard et Kouchner en faveur d'une alliance UDF-PS sont du pain béni pour le leader centriste, le ramenant au centre des débats dans la toute dernière ligne droite. |
| Jean-Marie Le Pen : son rêve secret |
Autre élément qui tend à infirmer l'hypothèse du FN au 2nd tour, l'arithmétique. "Le ticket d'entrée pour le second tour est proche de 20% cette fois-ci, et non plus 17% comme en 2002" analyse, à juste titre, Jean-Marie Le Pen depuis des mois. Deux éléments expliquent cette nouveauté : le nombre d'inscrits dépasse cette année 44,5 millions contre 41 millions il y a cinq ans et la participation est attendue à 80% contre 71,6% en 2002. Résultat, le candidat du FN s'était qualifié le 21 avril avec 4,8 millions de voix là où cette fois-ci, les deux finalistes devraient réunir entre 6 et 7 millions de suffrages pour accéder au deuxième round. |
A une semaine du vote, la bataille des "quatre" fait encore rage, même si dans chacun des états-majors, on a une petite idée de la suite. Ainsi, à gauche, de nombreux socialistes ne partagent pas l'optimisme forcé de leur candidate et anticipent déjà une défaite honorable face à Nicolas Sarkozy. Mais le suspense du premier tour est réel tant les précédentes présidentielles ont réservé leurs surprises dans les tout derniers jours.
Retour MYTF1
Une fois rappelée la prudence avec laquelle il faut utiliser l'outil sondage, les enquêtes de ces cinq dernières semaines dessinent un paysage de premier tour plutôt stable pour les "grands" candidats. Des quatre, Nicolas Sarkozy est celui dont le niveau est le plus élevé et le plus stable. En réunissant entre 27 et 31% des intentions de vote, il devrait se qualifier pour le second tour. Décidé à enfiler pleinement depuis le début de sa campagne les habits d'un candidat de droite assumée, il aura construit dans la durée son discours autour de l'idendité nationale et de la valeur travail. Cette stratégie lui aura permis de "faire la campagne", ses rivaux concentrant leurs attaques sur lui. Prenant même le risque discutable d'ouvrir un débat aussi complexe que celui du déterminisme génétique, il aura réussi à apparaître comme le candidat de la transgression maximale. "Je veux pouvoir parler de tout" aura-t-il martelé. Conséquence : il capterait entre 25 et 30% des voix de Jean-Marie Le Pen, devenant ainsi le candidat de droite le plus haut dans les sondages depuis... Georges Pompidou en 1969.
A gauche, Ségolène Royal obtiendrait, selon les différents instituts, un score légèrement supérieur à celui de Lionel Jospin en 1995 (23,3%). A ce niveau, elle pourrait assurer sa présence au second tour. Mais son potentiel était largement supérieur il y a quelques mois. Faut-il le rappeler, le PS avait réuni il y a deux ans plus de 35% des voix au 1er tour des régionales. La campagne convulsive de Ségolène Royal explique en grande partie cette déperdition. Deux phases s'y sont succédées : de janvier à mars, la confection du pacte présidentiel puis la gestion de ses rapports avec les éléphants l'ont empêché de se tourner vers les Français.
Faute de s'être renouvelé, la gauche a permis à François Bayrou d'être sans conteste l'événement de cette campagne 2007. Avec des intentions de vote passant de 6% à 24% au plus haut, le candidat de l'UDF a réussi un double pari : s'imposer comme un "grand" candidat et tenir cette percée dans la durée. Son émergence dans la bataille des "quatre" date de ses coups de griffes répétés contre le système, notamment médiatique. Installer dans l'opinion l'idée d'un "gouvernement national" aura été plus laborieux, les ralliements de gauche comme de droite à son projet s'avérant tardifs et pas "déflagrateurs", sans nier la qualité d'hommes comme François Goulard, Michel Rocard, Bernard Kouchner ou Jean-Luc Roméro...
Dernier des quatre "grands" dans toutes les enquêtes d'opinion (12 à 14% des intentions de vote), Jean-Marie Le Pen aura beaucoup plus de mal à rééditer son coup du 21 avril 2002, quoi qu'il en dise. Le ton "respectable" de sa campagne puis sa dernière volte-face avec des invectives violentes contre Nicolas Sarkozy "l'immigré hongrois" auront traduit sa difficulté à contrer la stratégie de siphonage de son électorat par son rival de l'UMP. Le rêve secret du patron du FN pour son ultime combat : affronter la gauche le 7 mai, avec l'espoir de doubler son score par rapport à 2002. D'où ses pronostics répétés sur une élimination de Royal au 1er tour, une façon détournée de l'aider en provoquant un vote utile en sa faveur dimanche prochain.
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