La bataille dans la bataille

Par , le 16 avril 2007 à 16h46 , mis à jour le 17 avril 2007 à 17h20

Sarkozy, Royal, Bayrou, Le Pen : pour la première fois, seuls quatre candidats structurent la compétition élyséenne depuis des mois. Revue des forces en présence.

TF1/LCI Election présidentielle 2007 Les 12 candidats à la présidentielle 2007Les 12 candidats à la présidentielle 2007 © TF1/LCI

Depuis le début de la campagne, deux batailles sont en cours : la confrontation officielle entre les douze candidats aux  500 parrainages et la lutte féroce entre quatre personnalités, les "grands" candidats, seuls duellistes plausibles au second tour, à en croire les sondeurs : Nicolas Sarkozy, Ségolène Royal, François Bayrou et Jean-Marie Le Pen. Une des grandes différences entre les campagnes de 2002 et de 2007 est en effet la concentration des intentions de vote depuis des semaines sur ces quatre postulants à l'Elysée.

Si l'on s'attache au premier tour, ils captent dans la totalité des enquêtes d'opinion près de 90% des voix, contre seulement 50% en 2002. Certes, le nombre de candidats est passé de 16 à 12, mais l'explication n'est pas là : les "petits" candidats n'ont pas su cette fois-ci attirer une réelle audience, la division de l'extrême-gauche participant de l'émiettement des intentions de vote.

Vases communicants

A moins d'une semaine du scrutin , on peut parler de suspense relatif quant à l'ordre d'arrivée des quatre "grands" candidats. Il ne s'explique pas, contrairement à ce qu'on entend ici ou là, par un niveau exceptionnel d'indécision. Ainsi, le taux est en moyenne de 30%, tous instituts de sondage confondus, soit un niveau de détermination semblable à celui de 2002 et 1995. La vraie différence avec le précédent scrutin est la concentration de l'hésitation sur les quatre "grands" et non pas sur la totalité des postulants, d'où l'incertitude...

Deuxième phénomène nouveau, "la très forte compatibilité entre le vote de gauche et le vote centriste" selon l'expression de Jérome Sainte-Marie (BVA). Plus de 35% des électeurs de François Bayrou se reporteraient ainsi sur Ségolène Royal au second tour, et les appels de Michel Rocard et Bernard Kouchner en faveur d'une alliance auront peut-être accentué cette effet de vases communicants en fin de campagne.

Nicolas Sarkozy : cap à droite

Election présidentielle/TF1-LCI : Nicolas sarkozy, invité de Face à la Une, sur TF1, le 16 avril 2007Une fois rappelée la prudence avec laquelle il faut utiliser l'outil sondage, les enquêtes de ces cinq dernières semaines dessinent un paysage de premier tour plutôt stable pour les "grands" candidats. Des quatre, Nicolas Sarkozy est celui dont le niveau est le plus élevé et le plus stable. En réunissant entre 27 et 31% des intentions de vote, il devrait se qualifier pour le second tour. Décidé à enfiler pleinement depuis le début de sa campagne les habits d'un candidat de droite assumée, il aura construit dans la durée son discours autour de l'idendité nationale et de la valeur travail. Cette stratégie lui aura permis de "faire la campagne", ses rivaux concentrant leurs attaques sur lui. Prenant même le risque discutable d'ouvrir un débat aussi complexe que celui du déterminisme génétique, il aura réussi à apparaître comme le candidat de la transgression maximale. "Je veux pouvoir parler de tout" aura-t-il martelé. Conséquence : il capterait entre 25 et 30% des voix de Jean-Marie Le Pen, devenant ainsi le candidat de droite le plus haut dans les sondages depuis... Georges Pompidou en 1969.


Ségolène Royal : une campagne erratique

Ségolène RoyalA gauche, Ségolène Royal obtiendrait, selon les différents instituts, un score légèrement supérieur à celui de Lionel Jospin en 1995 (23,3%). A ce niveau, elle pourrait assurer sa présence au second tour. Mais son potentiel était largement supérieur il y a quelques mois. Faut-il le rappeler, le PS avait réuni il y a deux ans plus de 35% des voix au 1er tour des régionales. La campagne convulsive de Ségolène Royal explique en grande partie cette déperdition. Deux phases s'y sont succédées : de janvier à mars, la confection du pacte présidentiel puis la gestion de ses rapports avec les éléphants l'ont empêché de se tourner vers les Français.

Face à des sondages en baisse, elle a voulu "reprendre sa liberté" et "refaire du Royal", avec plus de succès, mais au risque  de donner l'impression d'improviser, quitte à heurter une partie de l'électorat classique de la gauche avec le retour au drapeau tricolore. En lançant une contre-offensive sur le terrain social ces derniers jours, elle entendait marquer le clivage droite/gauche, à l'instar de son rival de l'UMP sur le terrain de l'immigration. Mais là où Nicolas Sarkozy a réussi la révolution culturelle de la droite française,  les socialistes n'ont pas fait depuis 2002 le travail de rénovation idéologique indispensable à la gauche, laissant un boulevard social-démocrate à François Bayrou. Avec qui gouvernerait le PS demain ? Sur les cendres de la gauche plurielle, que reconstruire ? La réponse à ces questions n'aura pas été apportée durant la campagne.


François Bayrou : l'événement de la campagne

TF1-LCI : François BayrouFaute de s'être renouvelé, la gauche a permis à François Bayrou d'être sans conteste l'événement de cette campagne 2007. Avec des intentions de vote passant de 6% à 24% au plus haut, le candidat de l'UDF a réussi un double pari : s'imposer comme un "grand" candidat et tenir cette percée dans la durée. Son émergence dans la bataille des "quatre" date de ses coups de griffes répétés contre le système, notamment médiatique. Installer dans l'opinion l'idée d'un "gouvernement national" aura été plus laborieux, les ralliements de gauche comme de droite à son projet s'avérant tardifs et pas "déflagrateurs", sans nier la qualité d'hommes comme François Goulard, Michel Rocard, Bernard Kouchner ou Jean-Luc Roméro...

Pesant entre 17 et 20% des intentions de vote dans les derniers sondages, François Bayrou créerait la surprise s'il éliminait la gauche du duel final. Il faut également rappeler que c'est dans son électorat potentiel qu'il y a le plus d'indécis (55%), au contraire la fermeté de choix est forte chez les trois autres (65%). Toutefois, les appels de Rocard et Kouchner en faveur d'une alliance UDF-PS sont du pain béni pour le leader centriste, le ramenant au centre des débats dans la toute dernière ligne droite.


Jean-Marie Le Pen : son rêve secret

Le Pen Jean-Marie fête BBRDernier des quatre "grands" dans toutes les enquêtes d'opinion (12 à 14% des intentions de vote), Jean-Marie Le Pen aura beaucoup plus de mal à rééditer son coup du 21 avril 2002, quoi qu'il en dise. Le ton "respectable" de sa campagne puis sa dernière volte-face avec des invectives violentes contre Nicolas Sarkozy "l'immigré hongrois" auront traduit sa difficulté à contrer la stratégie de siphonage de son électorat par son rival de l'UMP. Le rêve secret du patron du FN pour son ultime combat : affronter la gauche le 7 mai, avec l'espoir de doubler son score par rapport à 2002. D'où ses pronostics répétés sur une élimination de Royal au 1er tour, une façon détournée de l'aider en provoquant un vote utile en sa faveur dimanche prochain.

Autre élément qui tend à infirmer l'hypothèse du FN au 2nd tour, l'arithmétique. "Le ticket d'entrée pour le second tour est proche de 20% cette fois-ci, et non plus 17% comme en 2002" analyse, à juste titre, Jean-Marie Le Pen depuis des mois. Deux éléments expliquent cette nouveauté : le nombre d'inscrits dépasse cette année 44,5 millions contre 41 millions il y a cinq ans et la participation est attendue à 80% contre 71,6% en 2002. Résultat, le candidat du FN s'était qualifié le 21 avril avec 4,8 millions de voix là où cette fois-ci, les deux finalistes devraient réunir entre 6 et 7 millions de suffrages pour accéder au deuxième round.

A une semaine du vote, la bataille des "quatre" fait encore rage, même si dans chacun des états-majors, on a une petite idée de la suite. Ainsi, à gauche, de nombreux socialistes ne partagent pas l'optimisme forcé de leur candidate et anticipent déjà une défaite honorable face à Nicolas Sarkozy. Mais le suspense du premier tour est réel tant les précédentes présidentielles ont réservé leurs surprises dans les tout derniers jours.

Par Renaud Pila le 16 avril 2007 à 16:46
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47 Commentaires

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  • PATIN Didier, le 17/04/2007 à 20h56

    Je ne suis pas du FN, j'ai toujours voté à gauche et il y a 5 ans lorsque Chirac est arrivé au pouvoir j'ai été déçu de ne pas voir de candidats FN à l'assemblée Nationale, moi je pense être démocrte et je rajoute que Miterrand et Chirac étaient des personnes anti-démocratiques !!!!!!!

  • Jeanb, le 17/04/2007 à 19h42

    Je souhaiterais pour une fois être publié/ svp messiers de Tf1/LCI, même si je ne suis pas spécialement Sarkozyste... Juste une observation statistique que j'ai faite au fil de mes lectures de vos courriers: la majorité des gens qui réagissent (plus de 60% en poyenne) défendent Sarkozy ou massacre Royal (ou les deux). J'en déduis que le soir du 1er tour, soit sarkozy est en tête de loin, et Royal éliminée, soit il y a un petit biais dans le filtrage des courriers non? (je répète n'avoir jamais été publié sur 30 tentaives au moins).... du coup, vu mon mail, il serait courageux de votre part de me donner tort en publiant.

  • Marcelle, le 17/04/2007 à 18h24

    J'avoue que les mots travail, mérite, devoir,doivent faire peur à beaucoup de personnes dans ce pays moi Nicolas ne me fais pas peur, Monsieur Nicolas nous serons nombreux à voter pour vous dimanche

  • Vercoutre, le 17/04/2007 à 18h18

    Je ne voterai certainement pas pour Sarko qui se prend pour Dieu ou pour un Général, ni même Royal qui n'est rien sans ses "éléphants" et dont le programme est plutôt mince. Seul Bayrou ne fait pas de promesses qu'il ne pourrait pas tenir. Il suffit de comparer avec l'Allemagne qui s'en sort bien avec le même style de politique.

  • Tiger, le 17/04/2007 à 18h04

    5 ans ça suffit! Encore Sarkozy mais vous êtes masos... L'apotre de la tolerance qu'est Sarkozy est le promoteur de la tolerance maximale pour son clan Doc Gyneco, Bernard Tapie ...

  • Schopfer, le 17/04/2007 à 17h57

    Je pense qu'au premier tour, deux seuls vont rester en lice pour le second tour, ce sera F.Bayrou et JM Le pen, quand on parle avec les gens, sarkozy et royal vont tombés malgré les sondages

  • Massé Raymond, le 17/04/2007 à 17h18

    Tout sauf Le Pen ou Sarkozy

  • Gérard Tronche, le 17/04/2007 à 17h04

    Prévision. - Il faut s'attendre à une une cuisante défaite de la gauche qui entraînera notre pays dans une confusion totale voire dans une guerre civile.

  • Duval, le 17/04/2007 à 17h01

    Oui F.Bayrou fait une bonne campagne . La France a besoin d'un climat d'apaisement et de pouvoir faire les réformes qui s'imposent !! Jean Boulogne

  • Al, le 17/04/2007 à 16h17

    Ségolène Royal sait poser des bonnes questions mai n'apporte pas les bonnes réponses. C'est drole Fabius disait la meme chose de Le Pen, en meme temps son machisme à l'envers...certains disent Sarkozy dangereux, et Royal? Ah non c'est une femme, blasphème. Comme quoi entre esprits tordus on peut se comprendre. Jugeons sur les programmes, pas sur ce que raconte la pensée unique.

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