La soirée du 1er tour dans un bar parisien © Amélie GautierLa soirée s'annonçait comme un match de foot. Un bar qui retransmet l'événement sur écran géant ; un "happy hour" pour l'occasion et un sacré enjeu : connaître l'affiche de la finale. Dimanche, 19 heures. Le café K situé à deux pas de la gare de l'Est, à Paris, retransmet la soirée électorale du premier tour de l'élection présidentielle.
Une heure avant l'annonce des premiers résultats, ce n'est pas vraiment la cohue dans l'établissement. Les clients papotent au soleil sur la grande terrasse. A l'intérieur près de l'écran, ils sont trois copains, trois jeunes ingénieurs qui se sont donnés rendez-vous là parce que "c'est plus sympa que seul chez soi". "Attendez ! Pour nous cette élection n'est pas comme la coupe du monde, précise Etienne. D'abord, ça réduirait cet enjeu à un simple jeu. Ensuite, personne ne va sortir son drapeau. Mais c'est vrai que c'est marrant de voir comment les autres vont réagir".
"Pour ou contre la corrida ?"
Les premiers directs des QG se succèdent. Les clients regardent l'écran d'un œil distrait entre un "Ça va au boulot ?" et "Mireille qu'est ce qu'elle devient?". Parfois, ils tentent de deviner le résultat en fonction de la figure du journaliste à l'antenne ou de l'ambiance dans le QG derrière lui. Exemple : "Ils ont l'air contents au PS, vont peut-être pas pleurer cette fois !". Les coudes se lèvent, les pintes défilent. Les commentaires oscillent du sérieux au plus futiles. Entre "Moi je pronostique un Sarko-Ségo" et "t'as vu la tonne de fond de teint qu'ils mettent à la télé !" Dans le café, certains passent une tête par curiosité, d'autres s'installent.
Il y a par exemple Antoine, Laure, Mathieu accompagnés d'une amie espagnole. Ils ont la petite vingtaine et sont étudiants à Sciences-Po. Pour ces primo-votants, la campagne n'a pas été franchement excitante. "Plus les semaines passaient, plus c'était bidon, remarque Antoine. On parlait de tout et de rien à base de 'Etes-vous pour ou contre la corrida ?' J'ai trouvé ça plus vide qu'en 2002 !" "Cette élection, en fait, c'était un référendum, déplore Laure. On était pour ou contre Sarko". "Ou on a voté pour ou contre Royal", complète Antoine qui a glissé un bulletin 'Bayrou" dans l'urne. Mathieu lui, n'a pas voté. Il explique cette abstention par un : "A sciences-po, c'est tellement politisé que ça m'a dégoûté". Au second tour, il se rendra peut être aux urnes mais "plus pour faire barrage à Royal".
"Plus passionnant qu'un match"
Assis seul à une table, Akli aurait, lui, adoré pouvoir accomplir son devoir de citoyen. Cet Algérien de 38 ans n'a pas perdu une miette de la campagne. Ce soir là encore, il ne quitte pas l'écran des yeux, écoute le moindre commentaire. "C'est sûr que l'ambiance est beaucoup plus calme qu'un match de foot, commente-t-il sans tourner la tête. En même temps c'est quand même plus passionnant".
20 heures, les résultats tombent. Le second tour de la présidentielle opposera Nicolas Sarkozy à Ségolène Royal le 6 mai prochain. "Voilà les deux gagnants du match de boxe, ils ont donné les coups plus forts que les autres, analyse à sa manière Akli qui aurait voté Royal. On verra bien qui mettra K.O l'autre..." Autour de lui, certains trinquent, d'autres grimacent. Quelques uns s'éloignent pour téléphoner comme on appellerait pour se souhaiter une bonne année.
L'œil se détache de l'écran de télévision où les invités politiques se succèdent. "Ah c'est le fils de Royal qui parle là, il a l'air sympa", dit en souriant un jeune homme. "Tu parles, il ressemble à Steevy", rigole son copain. "Ah, mort de rire ! Regarde la vieille avec son tee-shirt I love Sarko, elle en peut plus là !!" Ça fuse de toute part, tous les candidats en prennent pour leur grade. Le candidat de l'UMP arrive à l'écran pour sa première déclaration. Dans le café, des sifflets fusent. "Ah là, on sait pas si c'est Sarko qui se fait huer ou s'ils sifflent les filles de Cécilia qui sont quand même canons, on les avait jamais vues avant", décrypte, ironique, un jeune homme. Le reste du discours du gagnant du premier tour est écouté avec plus d'attention jusqu'à ce qu'une jeune femme en marinière et petites lunettes s'énerve à haute voix d'une voix hystérique : "Mais casse-toi putain, tu fais peur". Les clients commencent à partir. Dans la rue, devant le café une voiture de police passe : "Ah, ah, tu vois, il est déjà au pouvoir Sarko", constate mi-figue, mi-raisin un vieil homme. A côté de lui, dans une cabine téléphonique sans combiné, un SDF raconte à un interlocuteur imaginaire qu'à Lyon, "ils sont champions". Il parle sans doute de foot...
Retour MYTF1
Chargement en cours...




