Ségolene Royal © TF1-LCI"Là, on fait du Jospin". Dans la bouche de Julien Dray, cette phrase vaut mise en garde. Le conseiller spécial de Ségolène Royal fait de la campagne de Lionel Jospin en 2002 un contre-modèle : une organisation pléthorique, des déplacements gravés dans le marbre et une absence de réactivité à l'actualité. "A la fin, j'étais en pilotage automatique" , avait reconnu lui-même l'ancien Premier ministre. Résultat, le 21 avril 2002, il était éliminé de la compétition.
Pour la dernière ligne droite avant le 1er tour, la candidate socialiste a donc décidé de monter en première ligne avec un maître mot : la mobilité. "Je veux rester libre d'aller au contact des Français, et je vous prie d'excuser les éventuelles modifications d'agenda" a-t-elle lancé mardi matin à la centaine de journalistes présents au point de presse quotidien rue de Solférino, un lieu où elle n'était apparue en public qu'une fois auparavant lors de ses voeux début janvier. Ségolène Royal a désormais l'intention de tenir elle-même ces points de presse, lorsqu'elle n'est pas en déplacement. "N'y voyez-pas une remise en cause de ses porte-parole, confie Jean-Louis Bianco, son co-directeur de campagne, mais avec les contraintes d'égalité de temps de parole, Ségolène Royal doit être la plus visible possible."
"On se repositionne sur le social"
Tous les témoignages dans son équipe convergent : leur championne dirige désormais seule sa campagne, à l'instinct. "Si je le sens" a coutume de répondre la candidate à telle ou telle question. Ainsi, dimanche dernier, elle ne "sent" pas le programme du lendemain : un meeting classique à La Rochelle précédé d'une réunion de la Commission permanente de sa région. Pas très "sexy" alors qu'au même moment Nicolas Sarkozy doit réunir la presse pour présenter son livre-programme.
En quelques heures, son staff doit lui "trouver" autre chose. Ce sera la visite aux grévistes de PSA à Aulnay-sous-Bois. Elle y écoutera pendant près d'une demi-heure des ouvriers sur leurs conditions de travail, avant de prendre la parole au micro. L'accueil est bon, "cette visite nous donne du courage", explique un délégué CGT touché par son discours sur la "redistribution juste" des bénéfices. Dans l'entourage de la candidate, on se félicite des retombées de ce déplacement inopiné, "on se repositionne sur le social au moment où Sarkozy se droitise". En fin de semaine, sa mini-tournée dans le Sud-Ouest fera encore largement place à la situation des salariés dans des entreprises en difficulté. Ségolène Royal vise là le vote populaire qui a fait cruellement défaut à Jospin en 2002. Mais pas question pour autant d'abandonner le "vote bobo" à François Bayrou : mardi après-midi, elle a repris une thématique des primaires en critiquant les conséquences des 35 heures.
"Ce que fait cet homme n'est pas bien"
Pour gagner, la candidate du PS sait qu'elle doit tenir les deux bouts de l'opinion, son flanc droit et son flanc gauche. Pour gagner, elle apprend aussi qu'il faut parfois dans une campagne répondre coup pour coup à l'adversaire. Après les attaques de Nicolas Sarkozy sur ceux qui seraient du côté des fraudeurs, Ségolène Royal a hésité entre fuir la polémique ou l'alimenter. Mais devant le peu d'empressement des dirigeants socialistes à répondre au candidat de l'UMP, elle a jugé nécessaire de donner de la voix. "Sa riposte n'est pas calculée, décrypte un de ses porte-parole, elle nous a expliqué très simplement lors d'une réunion que ce que faisait cet homme n'était pas bien car cela abaissait la campagne". Et le même d'expliquer plus stratégiquement que cela la projette déjà au second tour, dans le duel attendu avec Nicolas Sarkozy. Exit François Bayrou ? Interrogé sur sa proposition de supprimer l'ENA, Ségolène Royal n'a pas souhaité faire de commentaire sur le sujet mardi. "Etait-ce pour me supprimer ? Trop tard", s'amusa-t-elle. Il est vrai qu'au PS et à l'UMP, on veut croire que "le moment Bayrou" est terminé.
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