"Les candidats ne s'intéressent pas à la politique étrangère"

Par Propos recueillis par Fabrice AUBERT, le 17 avril 2007 à 17h22 , mis à jour le 18 avril 2007 à 08h45

Interview - Pascal Boniface, directeur de l'IRIS, décrypte pour LCI.fr les raisons de la quasi-absence de la politique étrangère dans la campagne.

Palais de l'ElyséePalais de l'Elysée © TF1/LCI

LCI.fr : La politique étrangère a été peu abordée dans la campagne, tout comme la place de la France dans le monde. Etes-vous étonné ? 
Pascal Boniface, directeur de l'IRIS* : Oui. Evidemment, on comprend que les questions sociales ou de société prennent une place importante. Mais, cette année, je trouve que les questions internationales brillent par leur absence, notamment par rapport aux scrutins précédents. Or il faut rappeler que l'on élit le président de la République qui détermine la politique étrangère de la France et qui la représente dans le monde. En outre, la globalisation implique que les événements étrangers ont des impacts sur la vie quotidienne en France. Enfin, la France n'est pas un pays comme les autres. Sa tradition est d'avoir une politique étrangère active. Avec son Histoire, elle ne peut pas s'en passer.

LCI.fr : Comment expliquez-vous ce faible intérêt ?
P.B. :
Tout d'abord, un calcul simple, fait à la fois par les candidats et les médias : celui que la politique étrangère n'intéresse pas les gens. Ensuite, les visites de Sarkozy aux Etats-Unis et de Royal au Proche-Orient ayant déclenché des polémiques, ils ont préféré mettre un frein sur le sujet. Enfin, les principaux candidats sont tout simplement moins intéressés par le sujet que Mitterrand ou Chirac. On a vraiment l'impression que la politique étrangère est pour eux une figure imposée, plus qu'une conviction. Espérons que le vainqueur se transforme quand il entrera à l'Elysée.

"Personne n'ose aborder le dossier du Proche-Orient"

LCI.fr : La droite reproche à Ségolène Royal de ne pas avoir d'envergure internationale. Estimez-vous cette attaque justifiée ?
P.B. : Ce reproche n'est pas très différent du procès en incompétence qui lui a été fait dans l'ensemble. Il a tout simplement été élargi à la politique étrangère. Mais si Ségolène Royal a trébuché par exemple sur le nombre de sous-marins nucléaires lanceurs d'engins  possédée par la France (4), Nicolas Sarkozy a quant à lui été incapable de préciser qu'Al-Qaïda était d'obédience sunnite et non chiite.

LCI.fr : La gauche reproche à Nicolas Sarkozy d'être trop "atlantiste". Estimez-vous cette attaque justifiée ?
P.B. : Elle était justifiée jusqu'au congrès d'investiture de l'UMP en janvier. Sa visite aux Etats-Unis en septembre et sa volonté de se faire photographier avec Bush ne laissaient planer aucun doute. Mais à la vue des critiques, il a mis un bémol en prenant ses distances avec Bush et en adoptant une posture plus gaulliste. L'image de "Sarko-l'Américain" était en effet plus négative que positive.

LCI.fr : Lundi, sur TF1, Sarkozy a parlé politique étrangère en affirmant qu'il réserverait son premier grand voyage à l'étranger à l'Afrique. Pourquoi ?
P.B. :
Il s'agissait pour lui de combler son déficit d'image dans la population d'origine africaine et noire en général. Mais je note que le conflit au Proche-Orient, même si tout le monde s'accorde pour le qualifier de crucial, n'est guère abordé, comme si les candidats n'osaient l'aborder.

"Le 'domaine réservé' n'existe pas"

LCI.fr : Plus globalement, comment jugez les différents programmes de politique étrangère des principaux candidats ?
P.B. : Comme ils abordent le sujet de manière vague, il est très difficile de comparer leur programme, sauf à quelques nuances près. La seule différence clairement revendiquée concerne la relation entre la France et les Etats-Unis. Royal attaque beaucoup plus la politique de Bush que Sarkozy. Bizarrement, je constate également que Bayrou se démarque beaucoup plus que Sarkozy sur ce thème alors que l'UDF a longtemps été "atlantiste".

Sur le Proche-Orient, Sarkozy apparaît plus favorable à Israël. Sa politique serait sur le dossier sûrement moins active si elle devait le mettre en contradiction avec l'Etat hébreu. De son côté, Royal veut faire respecter le droit international mais sa position est mise en balance car son entourage est divisé. Elle a choisi de ne pas attaquer Sarkozy sur le Proche-Orient alors qu'elle avait de la marge pour le faire.

LCI.fr : Doit-on limiter le "domaine réservé" du président ?
P.B. : Le président gardera sa capacité d'impulsion et sa proéminence sur les questions internationales. Mais son "domaine réservé" n'existe pas. Les citoyens peuvent donner leurs avis de nombreuses manières (débat dans la presse, internet...). Or l'avis de l'opinion publique est forcément pris en compte.

*Institut des relations internationales et stratégiques

Pascal Boniface est notamment l'auteur de Lettre ouverte à notre futur(e) président(e) de la République sur le rôle de la France dans le monde (Editions Armand Colin)

Par Propos recueillis par Fabrice AUBERT le 17 avril 2007 à 17:22
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18 Commentaires

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  • Nadiran, le 18/04/2007 à 19h39

    La voix de la France ne représente plus grand chose dans le monde tout simplement, arrêtons de nous regarder le nombril !

  • Charles, le 18/04/2007 à 18h45

    Comment voulez vous que ces types de candidats puissent vous parler de politique étrangère, vous avez vu leur niveau? A part un ou deux candidats, le reste c'est du bidon. Pauvre pays, mais les Français, valent-ils mieux qu'eux? Il est vrai que nous avons quelques 350 sortes de fromages on peut bien se payer le luxe d'avoir une inflation de petits candidats qui ne valent pas un coup de cidre, n'est ce pas M. Bové que je viens d'entendre sur votre chaîne.

  • Sax, le 18/04/2007 à 18h44

    S'ils ne s'intéressent pas à la politique étrangère, j'ai beaucoup de doutes sur le fait qu'ils cherchent néanmoins à régler les problèmes franco-français...

  • Rodriguez, le 18/04/2007 à 18h42

    A renaud de Bruxelles, oui l'europe subventionne bien l'agriculture...encore heureux vu ce que le contribuable français donne à l'europe !!! On donne de toute façon plus d'argent qu'on n'en reçoit de cette ''''''fameuse'''' europe !!! Il est quand même normal dans une élection présidentielle française qu'on parle essentiellement de la france !!! Et il est normal pour les français d'être plus intéressé par la carte scolaire que par l'Iran, la côte d'ivoire ou la corée !!! Qu'on s'occupe donc des problèmes des français avant d'aller s'occuper des affaires des autres pays !!!

  • Marin05, le 18/04/2007 à 18h05

    C'est pourtant LE plus important aspect de la fonction de Président de la République. Au lieu de parler carte scolaire, impots sur les successions ou autre point de détail, ils feraient mieux de parler Iran, Coree Du Nord, Cote d'Ivoire. Le Président est amené à prendre des décisions très importantes notamment lors de déploiement ou retrait de militaires sur des terrains en plein conflit, instables, ou en reconstruction, ou alors s'engager dans telle ou telle voie diplomatique. Pendant cette campagne on a eu droit qu'a des programmes de gouvernement, trop techniques. Un Président, ca donne les orientations d'un plan de gouvernement, ça n'a pas à rentrer dans le detail, meme s'il est important qu'il le connaisse.

  • Rodriguez, le 18/04/2007 à 16h12

    Oui les français pensent à leur salaire, leur retraite...désolé d'essayer de bouffer et de faire vivre sa famille et d'essayer de penser à notre avenir...le reste...de la littérature !!!

  • Renaud, le 18/04/2007 à 15h55

    En réponse à Régis de Paris... Typiquement la réaction du parisien qui ne voit pas plus loin que le bout de son nez... (et vous vous étonnez que le français est mal vu à l'étranger !!) Vous oubliez, cher Monsieur, que vous faites partie de l'europe, et que vous avez des partenaires européens.... Dire que vous vous en foutez de l'international, c'est faire preuve d'un égoisme absolument déplacé.... Dois-je vous rappeler qui subventionne en grosse partie l'agriculture française ?

  • JB, le 18/04/2007 à 15h52

    Que l'on arrete de dire que les candidats ne parlent de rien, que les gens prennent leur courage de lire les journaux, et les programmes en fin de compte les français enregistre ce qu'il veut entendre, à force je me demande alors à quoi sert les debats. Il faut arreter de croire que tout les candidats sont pourris ou ne connaissent rien à rien, personne ne vous representera à 100% de vos idées alors arretons d'être Utopiste et de pleurer sur notre sort.

  • Matt, le 18/04/2007 à 15h33

    A melinda de paris,arretez un peu de tout le temps pleurnicher sur les posts,ça commence a etre lourd,vous vous dites humaniste,alors accueillez toute la misère du monde chez vous,après on verra. merci d'oser publier.

  • Regis, le 18/04/2007 à 12h49

    L'etranger, on s'en fout, ce qui nous interesse c'est le chomage et nos retraites... le reste du monde n'a qu'a se debrouiller seul!

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