"La coalition allemande n'a rien à voir avec Bayrou"

Par Propos recueillis par Fabrice AUBERT, le 18 avril 2007 à 17h41 , mis à jour le 20 avril 2007 à 16h58

Interview - Hans-Helmut Kohl, correspondant du Frankfurter Rundschau à Paris, explique à LCI.fr le point de vue allemand sur la campagne.

Angela Merkel au 50 ans du traité de Rome à BerlinAngela Merkel au 50 ans du traité de Rome à Berlin © TF1/LCI

LCI.fr : Vous demande-t-on régulièrement des sujets autour de notre élection ?
Hans-Helmut Kohl, correspondant du Frankfurter Rundschau*  à Paris : Oui. Concrètement aux autres années et à 2002, nous avons d'ailleurs traité le sujet très en amont du scrutin, avec la conquête de l'UMP et du PS par Sarkozy et Royal en 2006. Outre l'intérêt général que portent les Allemands à la France et à sa vie politique, cela s'explique notamment par le choc créé par votre "non" au référendum de 2005. Les Allemands se demandent comment et avec qui nous allons pouvoir continuer la politique européenne.

LCI.fr : Comment analysez-vous cette campagne ?
H.-H.K. : Je l'ai trouvée très troublée, très floue, avec un grand zapping des sujets abordés. Les candidats ont constamment changé de thème selon les semaines et leur intérêt à un instant précis. Je déplore également la trop grande médiatisation des sondages et l'absence de débats entre les principaux candidats.

Après sa conquête de l'UMP, Sarkozy a confirmé qu'il était un grand professionnel de la politique. Il a réussi à ratisser large, en imposant plusieurs sujets comme celui de l'immigration et de l'identité nationale. Plus globalement, il a visé l'électorat de Le Pen en droitisant sa campagne. De son côté, Ségolène Royal a brouillé son image en changeant trop souvent d'avis. Résultat : son projet, aussi généreux soit-il, est très flou. La métaphore du "tango argentin" utilisée par Bayrou à son encontre me semble ainsi très pertinente. En revanche, on ne peut qu'admirer sa ténacité face aux attaques dont elle a été victime, aussi bien par la droite que par son propre camp.

Enfin, François Bayrou est la grande surprise de la campagne. Je ne pense pas que sa percée ne soit qu'une bulle médiatique. Il a vraiment touché un nerf d'une partie de la population française qui estime que la confrontation droite-gauche n'apporte plus rien. En revanche, il a un problème de logique : comment pourra-il construire une majorité s'il est élu alors que le système français l'en empêchera de fait ?

"Difficile de comparer Merkel et Royal"

LCI.fr : Justement, l'Allemagne s'est invitée dans le débat après que Bayrou a comparé son union à la coalition droite-gauche au pouvoir à Berlin.
H.-H.K. : Soyons clair : cette comparaison entre l'Elysée et notre Chancellerie n'a aucun sens. On ne mélange pas les pommes avec les poires. Tout d'abord, chez nous, les électeurs ont mis le SPD et la CDU devant le fait accompli, il ne s'agissait pas d'un argument de campagne. Surtout, les deux pays ont des systèmes institutionnels différents : votre président est élu par le peuple, notre chancelier est élu par le Parlement, les Allemands votent donc plus pour un parti que pour une personne. Et il ne faut pas oublier qu'avec notre système fédéral, les Länder ont également un rôle à jouer.

LCI.fr : Autre comparaison : Merkel et Royal.
H.-H.K. : Effectivement, quelques rapprochements sont possibles, notamment la manière dont elles ont pris le leadership dans leur propre parti. Mais il très difficile de vraiment les comparer tellement leurs caractères sont différents. Merkel, qui n'a pas d'enfant, n'a par exemple jamais joué la carte "femme". Au contraire, Ségolène Royal, mère de famille avec quatre enfants, a tenté de se présenter comme une "mère de la nation".

*Basé à Francfort, il s'agit de l'un des plus grands quotidiens nationaux de qualité allemands 

Par Propos recueillis par Fabrice AUBERT le 18 avril 2007 à 17:41
Envoyer cette page à un ami
Les champs marqués par une étoile * sont obligatoires.
Les derniers articles Politique
  

18 Commentaires

Afficher : Les plus récents | Les plus appréciés

  • Enzo, le 19/04/2007 à 21h49

    Quelle justesse de la vision de cette campagne par Mr Khol!Trop de médiatisation des sondages ,pas de débat de fond sur les programmes.

  • Baal, le 19/04/2007 à 19h15

    C'est toujours instructif d'avoir des avis de l'étranger. Et l'europe alors ? On sait que Monsieur Sarkozy voudrait la faire rattifier par le parlement (vu que le peuple voit pas ce qui est bon pour lui, c'est pas faute de lui avoir mis le papier dans les mains). Quid des autres candidats. Quid du fameux plan B (et que ses détracteurs soient maudits). La médiocrit&é de la connaissances es institutions étrangères dénoncée plusieurs mois après par un Allemand ... Tout ça n'est pas très glorieux. Et en france on en est où ? Au karsher et à la granditude. Bref le niveau n'est pas bien élevé.

  • Philippe, le 19/04/2007 à 17h21

    @Al, France: Oui, Merkel n'est pas Royal, oui (sans doute) Merkel est honnête (mais qui êtes vous pour le proclamer ?)... mais ensuite vous manquez d'arguments : pour avoir vécu en 2005 et 2006 en Allemagne, ce n'est pas non plus le pays parfait et les relations notamment avec l'ex-Allemagne de l'Est n'est pas idyllique. A mon avis nous n'avons pas besoin de fausses comparaisons pour nous occuper de la France.

  • Vastre, le 19/04/2007 à 16h40

    Il ne faut pas faire aux allemands l'affront de comparer Madame Royal et Madame Merkel. Cette dernière a une haute opinion des intérêts de son pays. Sa carrière et celle de ses amis demeurent en arrière plan. Face à elle elle a trouvé des personnalités et un parti qui sont dans les mêmes dispositions d'esprit patriotique.

  • Jean, le 19/04/2007 à 16h24

    Comment peut-on comparer ce qui n'est pas comparable,la France ne regarde que son nombril,le PS, les verts en allemagne ne ressemblent en rien à la france,!et dans aucun autre pays au monde, parce qu'on nous met une femme qui ne présente pas mal,on devrait oublier le reste des préoccupations

  • Luc, le 19/04/2007 à 14h40

    Il va de soit qu'on ne peut pas comparer la situation française à celle Allemande. En france les candidats ont une obligation de toujours parler.Sinon on les soupçonne de ne pas avoir de conviction ,aucune référence.ce qui complique ensuite la prise de décision.Cependant une régle bien simple pourrait être appliquée. Elle consiste à être simple quand cela devient compliqué. A savoir : -Se mettre en situation de tsunami et dans ce cas si nous sommes en danger immédiat d'essayer d'imaginer vers qui irons nous? Vers celui qui dira attendez je vais voir ce que je peux faire ou vers celui qui dit je me suis preparé venez par là. c'est peut être pour les indécis une façon comme une autre d'avoir une méthode de raisonnement?

  • Abrelam, le 19/04/2007 à 14h28

    Si déjà les prétentands à la fonction de président ne comprennent rien aux institutions allemandes c'est alors de l'arnaque en comparant ce qui n'est pas comparable. Pauvres français vous ètes bien informés par ces y a ka fo con. qui ne veulent qu' une chose : la pagaille pendant les 5 prochaines années.

  • Al, le 19/04/2007 à 14h17

    C'est bien ce que je pensais, Merkel n'est pas Royal, la chancellière Allemande est honnete, ne joue pas la victime, accepte que les hommes et les femmes vivent ensemble et non pas les uns contre les autres, parce qu'il n'y a pas de lobby féministe en Allemagne ni de pensée unique, donc l'Allemagne contrairement à la France est un pays libre où personne n'a à vous dire quoi faire, quoi dire, quoi penser... Bayrou est une imposture je le savais, mais les médias l'aiment bien, ils lui ont donné plus d'importance qu'il ne devrait en avoir et c'est un opportuniste. Alors il reste quoi? Nicolas Sarkozy qui a un programme lui, n'insulte pas ses adversaires et ne les caricature pas, il respecte TOUT le monde, il est le plus ouvert sulement en France à force d'écouter les "bien pensants" on vote n'importe quoi pour n'imprte qui et n'importe comment, je n'ai pas oublié le NON à l'Europe où l'extrme gauche était main dans la main avec Le Pen pour raconter des sornettes et faire peur aux Français notamment l'histoire du pombier polonais et alors qu'il était question de l'Europe ça a tourné en référendum raciste et anti gouvernement Raffarin, encore une fois la France hors-sujet.

  • Michel, le 19/04/2007 à 14h08

    Il est évident que le rôle des médias a son importnce dans l'interprétation des idées, phrases et programmes transmis par les candidats. Quand Sarko a parlé d'"Immigration et d'Identité Nationale", il y a eu une cabale qui a até montée, pour moi c'est la cabale qui a incliné les propos de Sarko, ce ne sont pas les propos de Sarko. Quand vous recevez chez vous, comment faites vous? Le fait que Merkel éloigne le système Bayrou de l'actualité allemande est fondamental, or pour ce sujet pas de cabale. Marianne évite ce genre d'information, on ne gratte pas ... pourtant l'arnaque Bayrou est le Hold Up du siècle.D'un autre côté, la diabolisation de Sarko est fondamentalement une agression physique ...Aussi je vais me permettre de dire qu'avec Royal au pouvoir nous allons avoir une gauche sectaire, type SFIO, j'ai donc très peur !!!!!

  • JEF, le 19/04/2007 à 13h04

    Pour Henri de Bruxelles Un commentaire:la Frankfurter Rundschau est un journal au même titre que la Frankfurter Allgemeine Zeitung, à ne pas confondre abec le Tageschau de la chaîne ARD. D'une façon générale, il est préférable de s'informer avant de critiquer.

Lire tous les commentaires

       Chargement en cours...
      Alertez-nous
        alertez-nous

        Témoin d'un événement ?

        Alertez la rédaction !

        Envoyez une alerte

        A lire aussi
        logAudience