Angela Merkel au 50 ans du traité de Rome à Berlin © TF1/LCILCI.fr : Vous demande-t-on régulièrement des sujets autour de notre élection ?
Hans-Helmut Kohl, correspondant du Frankfurter Rundschau* à Paris : Oui. Concrètement aux autres années et à 2002, nous avons d'ailleurs traité le sujet très en amont du scrutin, avec la conquête de l'UMP et du PS par Sarkozy et Royal en 2006. Outre l'intérêt général que portent les Allemands à la France et à sa vie politique, cela s'explique notamment par le choc créé par votre "non" au référendum de 2005. Les Allemands se demandent comment et avec qui nous allons pouvoir continuer la politique européenne.
LCI.fr : Comment analysez-vous cette campagne ?
H.-H.K. : Je l'ai trouvée très troublée, très floue, avec un grand zapping des sujets abordés. Les candidats ont constamment changé de thème selon les semaines et leur intérêt à un instant précis. Je déplore également la trop grande médiatisation des sondages et l'absence de débats entre les principaux candidats.
Après sa conquête de l'UMP, Sarkozy a confirmé qu'il était un grand professionnel de la politique. Il a réussi à ratisser large, en imposant plusieurs sujets comme celui de l'immigration et de l'identité nationale. Plus globalement, il a visé l'électorat de Le Pen en droitisant sa campagne. De son côté, Ségolène Royal a brouillé son image en changeant trop souvent d'avis. Résultat : son projet, aussi généreux soit-il, est très flou. La métaphore du "tango argentin" utilisée par Bayrou à son encontre me semble ainsi très pertinente. En revanche, on ne peut qu'admirer sa ténacité face aux attaques dont elle a été victime, aussi bien par la droite que par son propre camp.
Enfin, François Bayrou est la grande surprise de la campagne. Je ne pense pas que sa percée ne soit qu'une bulle médiatique. Il a vraiment touché un nerf d'une partie de la population française qui estime que la confrontation droite-gauche n'apporte plus rien. En revanche, il a un problème de logique : comment pourra-il construire une majorité s'il est élu alors que le système français l'en empêchera de fait ?
"Difficile de comparer Merkel et Royal"
LCI.fr : Justement, l'Allemagne s'est invitée dans le débat après que Bayrou a comparé son union à la coalition droite-gauche au pouvoir à Berlin.
H.-H.K. : Soyons clair : cette comparaison entre l'Elysée et notre Chancellerie n'a aucun sens. On ne mélange pas les pommes avec les poires. Tout d'abord, chez nous, les électeurs ont mis le SPD et la CDU devant le fait accompli, il ne s'agissait pas d'un argument de campagne. Surtout, les deux pays ont des systèmes institutionnels différents : votre président est élu par le peuple, notre chancelier est élu par le Parlement, les Allemands votent donc plus pour un parti que pour une personne. Et il ne faut pas oublier qu'avec notre système fédéral, les Länder ont également un rôle à jouer.
LCI.fr : Autre comparaison : Merkel et Royal.
H.-H.K. : Effectivement, quelques rapprochements sont possibles, notamment la manière dont elles ont pris le leadership dans leur propre parti. Mais il très difficile de vraiment les comparer tellement leurs caractères sont différents. Merkel, qui n'a pas d'enfant, n'a par exemple jamais joué la carte "femme". Au contraire, Ségolène Royal, mère de famille avec quatre enfants, a tenté de se présenter comme une "mère de la nation".
*Basé à Francfort, il s'agit de l'un des plus grands quotidiens nationaux de qualité allemands
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