Le palais de l'Elysée © Service photographique de la présidence de la République/D.NoizetLCI.fr : Avec plus de 830 000 inscrits cette année contre 385 000 en 2002, le vote des Français de l'étranger revêt-il cette année une importance cruciale ?
Thierry Mariani, responsable UMP des Français de l'étranger : Mathématiquement, oui. Les expatriés représentent l'équivalent du 8e département français. A l'UMP, ce gonflement du nombre des inscrits nous a d'ailleurs poussés à ouvrir de nouveaux bureaux dans des pays comme le Belarus et le Kazakhstan.
Pierre-Yves Le Borgn', responsable PS des Français de l'étranger : Tout à fait. L'élection s'annonçant très serrée, cet électorat est très stratégique. 160 000 ont ainsi fait la démarche de s'inscrire pour la première fois sur les listes des consulats. Ces nouveaux inscrits -qui votent généralement pour les partis de gouvernement classique- représentent par exemple la marge d'écart entre Le Pen et Jospin en 2002.
"Plus que Pierre-Yves Le Borgn', PS
LCI.fr : Outre la simplification de l'inscription sur les listes électorales, comment expliquer que le nombre des inscrits sur les listes des consulats ait doublé en cinq ans ?
des expatriés,
ce sont des émigrés
qui n'en restent
pas moins français"
Thierry Mariani, UMP : Il ne faut pas s'en cacher, la France est devenue un pays d'où les gens émigrent. Le nombre de Français à Bruxelles et à Londres a crû considérablement ces dernières années. Enfin, la nouvelle génération politique suscite l'intérêt des expatriés. Comme en France, ces élections ont créé un regain d'intérêt pour la politique.
Pierre-Yves Le Borgn', PS : L'engouement pour l'élection en France se répercute logiquement sur nos compatriotes de l'étranger. Le choc du 21 avril et le "non" au référendum ont aussi déchaîné les passions à l'étranger et ont de fait réorienté ces Français vers la politique française. Surtout, mêmes s'ils vivent à l'étranger, ils gardent un vrai lien avec la France. Plus que des expatriés -je n'aime d'ailleurs pas ce terme-, ce sont des émigrés qui n'en restent pas moins français.
LCI.fr : Quelles actions concrètes menez-vous pour toucher ce public ?
Thierry Mariani, UMP : Nous communiquons essentiellement via internet. Ils sont généralement très bien équipés en nouvelles technologies. J'ai coutume de dire que le meeting de Nicolas Sarkozy devant les expatriés de Londres s'est organisé sans utiliser un seul timbre poste.
Pierre-Yves Le Borgn', PS : Nous avons créé une centaine de comités locaux de soutien à Ségolène Royal. Nous menons des actions (réunion, tractage...) sur tous les continents, même s'il est plus facile de s'organiser dans certains pays que dans d'autres, selon le type de régime au pouvoir. Internet, qui joue pour moi un rôle central dans cette campagne, nous permet également d'être efficace en relayant par mail ou par les sites de militants les propositions de Ségolène Royal énoncées lors de son discours à Berlin. C'est d'ailleurs par mail que nous avons expliqué que l'idée de Dominique Strauss-Kahn d'une "contribution citoyenne" payée par les Français de l'étranger ne serait pas reprise par la candidate.
"Pour beaucoup Thierry Mariani, UMP
LCI.fr : Parle-t-on aux expatriés de la même façon qu'aux Français de France ?
d'entre eux,
ils partagent
les convictions
de Nicolas Sarkozy"
Thierry Mariani, UMP : Non, et pour une raison simple : les Français de l'étranger sont déjà conscients de la nécessité de réformer la France. De là où ils sont, ils perçoivent mieux que quiconque les atouts et les lourdeurs de notre pays. Nous n'avons pas besoin non plus de les convaincre des bienfaits de la mondialisation, ils vivent déjà dans la mondialisation. Chez les Français de Londres par exemple, le discours de Nicolas Sarkozy, c'est le discours parfait. Lorsque notre candidat affirme qu'il faut travailler plus pour gagner plus, ça leur parle. En Grande-Bretagne, le RMI, ils ne savent pas ce que c'est.
Pierre-Yves Le Borgn', PS : Tout d'abord, nous leur présentons les enjeux généraux de l'élection, comme à tous les Français. Ensuite, nous nous adressons spécifiquement à eux en abordant l'avenir de la communauté française à l'étranger. Ségolène Royal fait des propositions très concrètes sur le sujet : stopper le retrait de l'Etat et revenir sur les fermetures de consulats, baisser le coût de scolarité de 50% en 5 ans dans les écoles françaises, offrir un socle de protection sociale dont certains de nos compatriotes sont privés, notamment en Afrique. Nous souhaitons également changer la représentation des Français de l'étranger avec l'élection de députés à l'Assemblée nationale, la création d'un Conseil général d'Outre-frontières et l'introduction du vote à distance.
LCI.fr : Généralement, les Français de l'étranger votent plutôt à droite.
Thierry Mariani, UMP : Nous sommes également confiants pour cette année. Au référendum sur la Constitution européenne, les expatriés ont voté "oui" à 81,99%. Pour beaucoup d'entre eux, ils partagent les convictions de Nicolas Sarkozy.
"La seule accroche Pierre-Yves Le Borgn', PS
Pierre-Yves Le Borgn', PS : C'est vrai. Mais depuis 1981, on constate une montée de la gauche à chaque élection. Cela s'explique tout d'abord par une raison sociologique. Les Français de l'étranger ont évolué : il y a moins d'expatriés et de coopérants, et plus d'émigrés dont la composition ressemble à celle de la société française. Ensuite, le PS a développé sa présence : nous avons aujourd'hui 2 200 militants, contre 400 en 1980. J'espère simplement que Ségolène Royal fera le meilleur score possible. Dans tous les cas, il faut rester humble. Il y a 2,5 fois plus d'inscrits cette année qu'en 2002. Qui peut savoir comment ils vont voter ?
de Sarkozy à l'égard
des Français à l'étranger
est l'argument
du retour"
LCI.fr : De nombreux Français de l'étranger ont répondu à notre appel à témoins. Que pensez-vous de leurs témoignages ? (1er article : cliquez ici, 2nd article : cliquez ici).
Thierry Mariani, UMP : Je suis assez surpris de constater qu'aucun témoignage n'aborde la question de l'Education, mais peut-être que les internautes ayant pris le temps de répondre n'ont pas d'enfants et ne sont donc pas concernés. En revanche, dans l'ensemble, ces réactions confirment, hélas, la vision que les Français de l'étranger avec qui je discute ont de la France. Ils n'ont pas la même regard que les Français de France et se rendent mieux compte des lourdeurs de notre pays. Une phrase d'un de vos lecteurs installé aux Etats-Unis résume tout : "J'ai le sentiment que cette élection est l'une des dernières chances pour la France de se réformer radicalement au risque de s'enfoncer définitivement dans le déclin".
Pierre-Yves Le Borgn', PS : J'ai du mal à reconnaître dans ces réactions la variété d'expressions recueillies de mon côté. Je suis notamment interrogé non seulement sur la dimension nationale du débat présidentiel, mais aussi sur les enjeux locaux pour les Français de l'étranger. Je ne retrouve pas cette dernière dimension ici. Ils ne sont pas en exil de la vie politique nationale. Ils sont au contraire tout au coeur du débat citoyen, dans leur immense diversité, que la frontière de la France soit proche ou lointaine. La distance n'est pas une absence. Je suis frappé de ce que la seule accroche de Nicolas Sarkozy à l'égard des Français à l'étranger soit l'argument du retour. Comme si tout d'abord c'était mal pour les Français de vivre à l'étranger, et si ensuite leur présence hors de France n'était explicable que par une fuite devant un quelconque racket fiscal. Il est grand temps de sortir de cette caricature à l'opposé de la réalité des communautés françaises à l'étranger.
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