Mai 1968 : la gauche tire à boulets rouges sur Sarkozy

le 30 avril 2007 à 16h09 , mis à jour le 30 avril 2007 à 19h43

Ségolène Royal, Daniel Cohn-Bendit et enseignants fustigent les critiques émises dimanche par le candidat UMP contre l'"idéologie" de mai 1968.

[Expiré] [Expiré] mai 68 © AFP

Dimanche, lors de son dernier grand meeting parisien à Bercy, Nicolas Sarkozy a violemment fustigé les valeurs de mai 68. Consacrant plus de cinq minutes au sujet, il a notamment affirmé que "les héritiers de mai 68 avaient imposé l'idée que tout se valait, qu'il n'y avait donc désormais aucune différence entre le bien et le mal, aucune différence entre le vrai et le faux, entre le beau et le laid". "Ils avaient cherché à faire croire que l'élève valait le maître, qu'il ne fallait pas mettre de notes pour ne pas traumatiser les mauvais élèves, et que surtout il ne fallait pas de classement. Que la victime comptait moins que le délinquant", avait-il déploré. (Cliquez ici pour voir la séquence en vidéo).

La réplique de la gauche, des associations et de plusieurs membres de la société civile n'a pas tardé.

Ségolène Royal : "Mai 1968, ce sont 11 millions de grévistes qui ont obtenu les accords de Grenelle, le droit des femmes à accéder à la contraception, un vent de liberté contre une société totalement verrouillée".

Dominique Strauss-Kahn: "il n'y a aucune raison que nous soyons honteux de 1968", un mouvement selon lui porteur de "nouvelles libertés. Je n'aimerais pas une société qui soit le contraire des idéaux de Mai 68. Je ne renie pas ces valeurs, même si évidemment c'était souvent un peu loufoque", a-t-il indiqué. "Ces événements ont existé un peu partout dans le monde, aux Etats-Unis et partout en Europe, ça a été une sorte d'émergence de la jeunesse faisant valoir des valeurs nouvelles de liberté, d'affranchissement, de volonté, de solidarité, de joie et de projection dans l'avenir et de bonheur", a-t-il insisté.

Daniel Cohn-Bendit, leader du mouvement de mai 68 : "Parler de liquidation de 68, c'est du bolchevisme. Si on veut un bolchevique au pouvoir en France, eh bien, c'est Sarkozy. Dire que 40 ans après mai 68, tous les maux de la société française viennent de 68, c'est hallucinant. Je me demande s'il n'a pas fumé un joint avant, ce qui expliquerait peut-être sa sortie hallucinante. Mai 1968 a transformé la société française de fond en comble, a libéré l'autonomie des individus. 68, c'est un moment important de la modernisation de la société française, c'était une soif de vie".

François Hollande, premier secrétaire du PS : "Ce n'est pas la société de demain que prépare Nicolas Sarkozy, c'est la société d'hier ou d'avant hier".

Bruno Julliard, président de l'Unef (syndicats des étudiants de gauche) : "C'est un discours que j'ai trouvé très revanchard et hargneux car Sarkozy soumet à la vindicte populaire les syndicalistes, les politiques, les fonctionnaires et les délinquants, cela rappelle des heures assez tristes de notre histoire, et ça fait froid dans le dos".

Philippe Meirieu, fondateur des IUFM :  "Ce que Nicolas Sarkozy dit sur l'autorité ressemble au discours de Pétain, avec un retour à l'autoritarisme, à une forme d'obéissance arbitraire fondée sur la force et non sur la compétence. C'est une vision infantilisante de l'école. Liquider mai 68, c'est un recul inquiétant de la démocratie: c'est mettre une place un dispositif dans lequel l'autorité ne se discute pas, or l'autorité démocratique, par essence, se discute".

Gérard Aschieri, secrétaire général de la FSU, principale fédération de l'Education : "L'école de Jules Ferry était une école de tri social extrêmement forte. On se donne l'illusion qu'avant on formait bien tout le monde alors que c'est totalement faux. Ce discours sur Mai 68, c'est de l'idéologie à l'état brut avec un côté âge d'or qui n'a jamais existé".

Jack Lang, conseiller spécial de Ségolène Royal : "J'ai participé aux événements de mai 68. Ça a été un moment de libération dans un pays qui à l'époque était relativement claquemuré. Mai 68 a été un moment où se sont affirmés des droits nouveaux dans tous les domaines. Donner à penser que la gauche d'aujourd'hui serait une gauche qui détruirait les valeurs, qui serait favorable au désordre, c'est se moquer du monde, c'est jouer avec la réalité. C'est une fois de plus un discours de tromperie, d'imposture. Donner à penser que M. Sarkozy serait l'incarnation de la morale, mais on croit rêver. Est-on l'incarnation de la morale lorsque l'on bafoue les lois de la République dans sa propre commune, à Neuilly et que l'on ne fait pas respecter le quota de logement sociaux ?"

Ligue communiste révolutionnaire : "Encore un petit effort et il finira par dire qu'il faut jeter aux oubliettes le Front populaire et juin 36, car les congés payés et les 40 heures, ce n'était qu'encouragement à la paresse au détriment de la compétitivité de l'économie. Sarkozy est le candidat de la trouille, la trouille des mouvements populaires qui, un jour, décident de ne plus respecter la règle du jeu capitaliste".

Patrick Gonthier, secrétaire général de l'Unsa-Education : "C'est toujours la même procédure, il y a derrière tout cela, non pas un discours de compréhension du système éducatif, mais un discours de la nostalgie qui fait froid dans le dos. Ce n'est pas en stigmatisant qu'on comprend l'évolution de la société. Mai 68 a apporté la mixité dans le système éducatif. On est passé d'un système élitiste à un système éducatif à plusieurs niveaux et un taux de scolarisation qui n'était plus le même avec le début de la massification".

le 30 avril 2007 à 16:09
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39 Commentaires

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  • Rantanplan, le 30/04/2007 à 18h46

    Mai 68 aura dû s'arrêter en ...1968! La société a été recadrée à l'époque,comme il le fallait,mais la pensée 68 est ringarde en 2007.Retour de balancier.

  • Micheli, le 30/04/2007 à 18h46

    Il oublie que depuis 40 ans sa droite à été plus longtemps au pouvoir que la gauche et lui qu 'a t il fait depuis tout ce temps passé à "lècher" le cul une d'un Balladur puis d'un CHIRAC pour être près du pouvoir

  • Julien, le 30/04/2007 à 18h41

    La gauche est tombé dans le piège de NS. Peut être même davantage que ce qu'il avait espéré. La gauche, en s'acaparant l'héritage de Mai 68, a prouvé qu'elle n'était pas moderne, qu'elle n'était pas sortie de ses vieilles lunes. Les critiques de la gauche réveillent les rancoeurs des gaullistes et des plus âgés sans pour autant parler aux jeunes qui ont soifs d'avenir et qui n'ont pas connu cette époque. Deuxièmement, NS s'est fait traité de bolchévik par Daniel Cohn-Bendit et de réactionnaire par François Hollande ce qui va de nouveau amener NS à se faire passer par une victime. Ensuite, ça anéantit totalement l'ouverture au centre de SR de cette semaine. Enfin, pendant que la gauche parle de mai 68, elle ne parle pas de l'essentiel, du projet de NS et de son bilan. Donc NS y gagne sur tous les plans. Pauvre gauche. En arriver à défendre l'héritage révolutionnaire de Mai 68 en 2007, ils sont tombés bien bas.

  • Jojo, le 30/04/2007 à 18h37

    Il ont combattu le pouvoir en place car ils n'avaient pas droit à la parole. Il sont devenus pour certains Politiques et ne partageraient le pouvoir avec le Peuple pour rien au monde. J'ai l'impression qu'il y en a qui se sont drôlement fait avoir...

  • Gilbert, le 30/04/2007 à 18h36

    Mr Jr de Lyon, Il faut apprendre la grammaire en un premier temps, avant de donner son avis.

  • Sansylo, le 30/04/2007 à 18h32

    Son langage et ses arguments sont inadmissibles dans notre société.Il cultive l'amalgame avec un esprit revanchard des années 70.C'est mr.Poniatowski par excellence avec un cynisme exagéré en sus.Ces temps là sont révolus , mr sarko!Tu ne peux jamais égaler Napoléon !!!!!!!

  • Mcglass, le 30/04/2007 à 18h22

    Monsieur Sarkozy, vu son âge, n'a-t-il pas profité lui aussi du mouvement de 68 ? N'est-ce pas ainsi qu'il a pu gravir aussi vite certains échelons ! Et malheureusement pour lui, il ne pourra pas balayer les périodes de l'histoire qui lui déplaisent ; il faudra qu'il fasse avec s'il est élu président : il héritera d'un vieux pays (n'est-ce pas M. de Villepin !).

  • Az, le 30/04/2007 à 17h26

    Quand on sait que les ex-soixante-huitards sont devenus friqués et à présent soutiennent Sarko, moi je dis MORT DE RIRE !

  • Jr, le 30/04/2007 à 17h26

    Voilà la vrai face de monsieur sarkozy il veut geré la vie des citoyens et non etre le president de la france il veut faire ce que lui il veut et pebnse pas au gents qui ce sont batu pour avoirs ceux qu ils ont aujourdhui tout ce qui conte pour monsieur sarkozy le pouvoirs absolut sur les francais rien d autres un vrai danger pour notre france que jaime beaucoups on vas vraiment droit a une guerre civil sarkozy est le pen numeros deux jai honte pour la france .. J-R

  • Pat, le 30/04/2007 à 17h24

    Le mvt de mai 68 ne fut pas franco-francais: il fut dans tous les pays riches de l'epoque! et notamment aux USA, contre la guerre au vietnam! quand a ceux qui netaient meme pas né a l'epoque, ou ceux 10 ans a tout casser qui avait comme Sarkozy (hahaha je me marre), je ne comprends pas trop comment ils peuvent juger ....

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