© AFPDimanche, lors de son dernier grand meeting parisien à Bercy, Nicolas Sarkozy a violemment fustigé les valeurs de mai 68. Consacrant plus de cinq minutes au sujet, il a notamment affirmé que "les héritiers de mai 68 avaient imposé l'idée que tout se valait, qu'il n'y avait donc désormais aucune différence entre le bien et le mal, aucune différence entre le vrai et le faux, entre le beau et le laid". "Ils avaient cherché à faire croire que l'élève valait le maître, qu'il ne fallait pas mettre de notes pour ne pas traumatiser les mauvais élèves, et que surtout il ne fallait pas de classement. Que la victime comptait moins que le délinquant", avait-il déploré. (Cliquez ici pour voir la séquence en vidéo).
La réplique de la gauche, des associations et de plusieurs membres de la société civile n'a pas tardé.
Ségolène Royal : "Mai 1968, ce sont 11 millions de grévistes qui ont obtenu les accords de Grenelle, le droit des femmes à accéder à la contraception, un vent de liberté contre une société totalement verrouillée".
Dominique Strauss-Kahn: "il n'y a aucune raison que nous soyons honteux de 1968", un mouvement selon lui porteur de "nouvelles libertés. Je n'aimerais pas une société qui soit le contraire des idéaux de Mai 68. Je ne renie pas ces valeurs, même si évidemment c'était souvent un peu loufoque", a-t-il indiqué. "Ces événements ont existé un peu partout dans le monde, aux Etats-Unis et partout en Europe, ça a été une sorte d'émergence de la jeunesse faisant valoir des valeurs nouvelles de liberté, d'affranchissement, de volonté, de solidarité, de joie et de projection dans l'avenir et de bonheur", a-t-il insisté.
Daniel Cohn-Bendit, leader du mouvement de mai 68 : "Parler de liquidation de 68, c'est du bolchevisme. Si on veut un bolchevique au pouvoir en France, eh bien, c'est Sarkozy. Dire que 40 ans après mai 68, tous les maux de la société française viennent de 68, c'est hallucinant. Je me demande s'il n'a pas fumé un joint avant, ce qui expliquerait peut-être sa sortie hallucinante. Mai 1968 a transformé la société française de fond en comble, a libéré l'autonomie des individus. 68, c'est un moment important de la modernisation de la société française, c'était une soif de vie".
François Hollande, premier secrétaire du PS : "Ce n'est pas la société de demain que prépare Nicolas Sarkozy, c'est la société d'hier ou d'avant hier".
Bruno Julliard, président de l'Unef (syndicats des étudiants de gauche) : "C'est un discours que j'ai trouvé très revanchard et hargneux car Sarkozy soumet à la vindicte populaire les syndicalistes, les politiques, les fonctionnaires et les délinquants, cela rappelle des heures assez tristes de notre histoire, et ça fait froid dans le dos".
Philippe Meirieu, fondateur des IUFM : "Ce que Nicolas Sarkozy dit sur l'autorité ressemble au discours de Pétain, avec un retour à l'autoritarisme, à une forme d'obéissance arbitraire fondée sur la force et non sur la compétence. C'est une vision infantilisante de l'école. Liquider mai 68, c'est un recul inquiétant de la démocratie: c'est mettre une place un dispositif dans lequel l'autorité ne se discute pas, or l'autorité démocratique, par essence, se discute".
Gérard Aschieri, secrétaire général de la FSU, principale fédération de l'Education : "L'école de Jules Ferry était une école de tri social extrêmement forte. On se donne l'illusion qu'avant on formait bien tout le monde alors que c'est totalement faux. Ce discours sur Mai 68, c'est de l'idéologie à l'état brut avec un côté âge d'or qui n'a jamais existé".
Jack Lang, conseiller spécial de Ségolène Royal : "J'ai participé aux événements de mai 68. Ça a été un moment de libération dans un pays qui à l'époque était relativement claquemuré. Mai 68 a été un moment où se sont affirmés des droits nouveaux dans tous les domaines. Donner à penser que la gauche d'aujourd'hui serait une gauche qui détruirait les valeurs, qui serait favorable au désordre, c'est se moquer du monde, c'est jouer avec la réalité. C'est une fois de plus un discours de tromperie, d'imposture. Donner à penser que M. Sarkozy serait l'incarnation de la morale, mais on croit rêver. Est-on l'incarnation de la morale lorsque l'on bafoue les lois de la République dans sa propre commune, à Neuilly et que l'on ne fait pas respecter le quota de logement sociaux ?"
Ligue communiste révolutionnaire : "Encore un petit effort et il finira par dire qu'il faut jeter aux oubliettes le Front populaire et juin 36, car les congés payés et les 40 heures, ce n'était qu'encouragement à la paresse au détriment de la compétitivité de l'économie. Sarkozy est le candidat de la trouille, la trouille des mouvements populaires qui, un jour, décident de ne plus respecter la règle du jeu capitaliste".
Patrick Gonthier, secrétaire général de l'Unsa-Education : "C'est toujours la même procédure, il y a derrière tout cela, non pas un discours de compréhension du système éducatif, mais un discours de la nostalgie qui fait froid dans le dos. Ce n'est pas en stigmatisant qu'on comprend l'évolution de la société. Mai 68 a apporté la mixité dans le système éducatif. On est passé d'un système élitiste à un système éducatif à plusieurs niveaux et un taux de scolarisation qui n'était plus le même avec le début de la massification".
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