"Les médias français, plus que les politiciens, s'américanisent"

Par Propos recueillis par Fabrice AUBERT, le 10 avril 2007 à 18h19 , mis à jour le 20 avril 2007 à 16h57

Interview- Bruce Crumley, correspondant de Time Magazine à Paris, explique à LCI.fr le point de vue américain sur la campagne.

TF1-LCI/DR : Le palais de l'ElyséeLe palais de l'Elysée © Service photographique de la présidence de la République/D.Noizet

LCI.fr : Vous demande-t-on régulièrement des sujets autour de notre élection ?
Bruce Crumley, correspondant de Time Magazine* à Paris : Nous écrivons régulièrement sur le sujet, mais pas plus qu'en 2002. En revanche, nous vendons plus d'exemplaires. Nos lecteurs se demandent sur quoi va déboucher la passion entre les luttes idéologiques qui opposent les forces libérales et les forces sociales : le camp libéral va-t-il gagner du terrain face au camp de la gauche ou l'électorat, qui a peur de la mondialisation, va-t-il choisir une route opposée à celle choisie par les autres pays ?

LCI.fr : Comment analysez-vous cette campagne ?
B.C. : Je la trouve très fade. Les sujets de fond ne sont pas abordés. Par exemple, François Bayrou n'a pas vraiment de programme, seulement des grandes lignes qui brassent l'air. De son côté, Ségolène Royal a catalogué une centaine de mesures, auxquelles elles rajoutent ici ou là quelques idées. Mais point par point, c'est très difficile à décrypter et digérer.

Surtout, je note l'absence totale de débats. On a l'impression que la "Star Académisation" de la vie politique française a pris le pas sur le fond. Par comparaison, Chirac était loin d'être le meilleur politicien du pays. Mais il avait au moins le mérite de creuser les sujets et de les confronter avec Mitterrand ou même Jospin. Cela pouvait peut-être paraître ennuyant mais au moins c'était intéressant. En 2007, on en est bien loin. Je trouve d'ailleurs dommageable la règle d'égalité des temps de parole à la télévision. En théorie, c'est évidemment très bien. Mais cela empêche un vrai débat entre les trois ou quatre principaux candidats.

"Les attaques ne sont pas aussi frontales"

LCI.fr : Partagez-vous le sentiment répandu d'une "américanisation" de la vie politique française ?
B.C. : Les attaques personnelles ne me semblent pas aussi frontales qu'aux Etats-Unis. Ce sont plus des peaux de bananes glissées ici ou là pour faire ressortir des "casseroles". Les histoires qui sont sorties dans la presse (la polémique sur l'ISF, l'appartement de Sarkozy) n'ont d'ailleurs rien donné de concret. De même, l'argent, même s'il prend de l'importance en France, ne permet pas encore d'acheter un siège de président, comme c'est le cas indirectement aux Etats-Unis. Ici, les sommes utilisées sont beaucoup moins importantes. En raison de la relation catholique à l'argent, je pense que celui qui tenterait de prendre le pouvoir par l'argent serait sanctionné par l'électorat.

En fait, l'"américanisation" est surtout celle des médias français. Comme aux Etats-Unis, l'actualité doit désormais rimer avec divertissement. Il ne s'agit plus simplement d'informer, mais également de faire vibrer. Il vous faut donc quelque chose de nouveau à dire, tous les jours. Et le moyen le plus simple, ce sont les sondages, que les différents médias commandent eux-mêmes. Résultat : vous refaites la même bêtise qu'en 2002. Ces enquêtes ne signifient pas grand-chose et pendant ce temps-là, Le Pen attend.

LCI.fr : Hillary Clinton semble vouloir reprendre le concept de "débats participatifs" lancé par Ségolène Royal. La France peut-elle inspirer les Etats-Unis en matière politique ? 
B.C. : Il faut tout d'abord noter que ce concept existe de fait déjà aux Etats-Unis avec les différents "caucus" et les primaires : leur but premier est justement de débattre avec les électeurs. Et je ne suis pas certain que cette idée ait servi Ségolène Royal. Cela a plutôt joué contre elle, puisque ses difficultés ont commencé alors qu'elle était en pleine "phase d'écoute". Et je ne pense pas que cela changera grand-chose dans la campagne d'Hillary Clinton. Elle est encore plus autoritaire que Ségolène Royal, avec idées très arrêtées. Chez elle, les "débats participatifs" relèvent totalement du gadget électoral.

*Fondé en 1923, Time Magazine est l'hebdomadaire américain au plus fort tirage et son influence s'exerce dans le monde entier.

Par Propos recueillis par Fabrice AUBERT le 10 avril 2007 à 18:19
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8 Commentaires

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  • Mojorisin, le 11/04/2007 à 18h47

    Les médias français s'américanisent? Il faut dire que la télévision à déjà ouvert la boîte de Pandore depuis belle lurette! Une fois les esprits bien préparés, il ne reste plus qu'à transformer les images en mots...

  • Obi Wan, le 11/04/2007 à 14h35

    Oui, et je dirais que se sont surtout les électeurs qui sont sans envergure, lorsque l'on sait qu'un sarkosy où le pen risque forcement d'être au second tour. Je dis cela parce qu'en France 50% de la population gagne moins de 1200 euros et 85% moins de 2000 euros, alors que le PC où Besancenot ne décolleront pas au dessus de 4-5%, chercher l'erreur......

  • Albert, le 11/04/2007 à 13h20

    Il a raison pour le programme de Bayrou. Il suffit de tout bien lire ici : http://www.programme-bayrou.org

  • Jean-Michel Pietroni, le 11/04/2007 à 13h14

    Un autre instrument que les sondages, utilisé depuis plus d'un siècles aux Etats-Unis : les paris. Voir le site desirsdargent.com

  • Le Fourbe, le 11/04/2007 à 12h46

    Les Francais dans leurs ensembles ne souhaitent pas spécialement que les médias s'américanisent mais qu'ils cessent d'etre aux ordres de la pensée unique. Il faut faire ceder cette chape de plomb et rendre nos médias impartiaux!!! c'est loin d'etre le cas!!!

  • André, le 11/04/2007 à 11h43

    Il dit que Bayrou n'a pas de programme, qu'il aille voir sur www.bayrou.fr. Et un journaliste Américain qui dit voter Sarkozy, il faut voter à l'opposé!

  • Jean-pierre, le 11/04/2007 à 09h29

    Les journalistes américains ont raison , la campagne française est sans envergure avec des acteurs comme ROYAL ou BAYROU qui passent plus de temps à critiquer leur adversaire qu'à présenter leur programme... Cet etat de fait favorise evidemment un LE PEN qui se trouve en embuscade face à toute cette mascarade médiatique !!!

  • FAU, le 11/04/2007 à 08h52

    Bonjour, je trouve que cer journaliste a très bien cerné nos avantages et surtout défauts. Quand il dit que nos hommes et femmes politiques font les mêmes bétises qu'en 2002, je suis d'accord avec lui ainsi que sur l'absence de vrais programmes, l'absence de débat et l'absurdité du temps de parole minuté, il n'y a que des critiques on dirait des ménagères qui se disputent une recette......et pendant ce temps là, Le Pen attend......pour avoir vécu les dernières élections hors de France, je peux vous dire que l' choc de le voir au 2èmme tour a été violent pour moi.....jamais je n'aurais cru que mon pays avait autant changé en 4 ans de vie hors de lui et pas en bien ni en bon

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