© AFP/E. FeferbergLe ton monte entre la direction du Monde et François Bayrou. Le quotidien du soir estime dans son édition de samedi que la réaction du candidat UDF à son précédent éditorial "ne fait pas honneur à la démocratie". Vendredi, Jean-Marie Colombani, directeur du journal, considérait comme un "impératif démocratique" que le deuxième tour de scrutin voit s'opposer les candidats de l'UMP et du PS, et suscitait, ce faisant, la réaction courroucée du leader centriste. Jeudi, en meeting à Pau, le candidat UDF s'en est ainsi violemment pris à la rédaction du Monde. Rappelant devant la presse que ce journal avait "une tradition du centre", François Bayrou a vu dans cet éditorial "la preuve de la panique qui s'est emparée de tous ces milieux de pouvoir, financiers, médiatiques et politiques", et le signe de "l'incroyable collusion qui règne au sommet de l'Etat". "Avec moi, ça trouvera son terme", a-t-il affirmé, rappelant sa volonté d'appliquer le "principe de séparation entre les intérêts puissants et l'Etat".
"Tenter de disqualifier l'interlocuteur dont l'opinion vous contrarie, en lui prêtant des intentions cachées ou des servitudes honteuses, ne fait pas honneur à la démocratie", écrit Jean-Marie Colombani. "Affirmer qu'un journal comme Le Monde et son directeur obéissent à des commanditaires quand ils prennent position à la veille d'une élection décisive pour l'avenir du pays est non seulement faux mais gravement injurieux", ajoute-t-il. Et de poursuivre que les lecteurs du Monde peuvent vérifier chaque jour que leur journal "exerce l'indépendance de jugement qui est sa raison d'être et qu'aucun de ses actionnaires n'est en mesure d'enfreindre, à supposer qu'il en ait le désir."
Les éditorialistes s'engagent
A quelques jours du scrutin, de nombreux autres journaux ont pris position dans le débat présidentiel. Vendredi, dans Libération, Laurent Joffrin, le patron du quotidien, estime que voter Bayrou au premier tour serait une "folie". Au Figaro, Nicolas Beytout fera samedi un édito "en accord avec la ligne éditoriale du journal", a indiqué un porte-parole du quotidien, sans préciser si le directeur de la rédaction prendra ou non position. Jeudi, Jean Daniel et Jacques Julliard appelaient les lecteurs du Nouvel Observateur à voter en faveur de Ségolène Royal dès le premier tour "sans états d'âme, ni arrière-pensées".
En outre, des Unes et des numéros spéciaux prenant pour cible Nicolas Sarkozy se sont multipliés ces derniers jours. Marianne, dont le fondateur Jean-François Kahn ne cache pas son soutien à François Bayrou, a battu ses records de ventes et procédé à deux retirages avec son édition spéciale intitulée "Le vrai Sarkozy. Ce que les grands médias n'osent pas ou ne veulent pas dévoiler". Une prise de position qui n'était d'ailleurs pas du goût du président UMP et de son équipe de campagne. Jeudi, lors d'un point de presse, Rachida Dati, la porte-parole de Nicolas Sarkozy, a ainsi regretté qu'un hebdomadaire "se permette même de s'attaquer" au "physique" et à la "personnalité" du candidat UMP, "plus qu'à ses idées et à son programme", faisant directement allusion au dernier numéro de Marianne.
Certains titres ont cependant décidé d'observer une stricte neutralité, à l'instar de l'Express, dont le directeur Christophe Barbier appelle simplement les électeurs à aller voter. Dans le Point, Franz-Olivier Giesbert se moque même de ses confrères qui "s'engagent et militent, sabre au clair, comme des petits soldats".
Avec agence
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