Pourquoi Royal et Bayrou ont accepté un débat

Par , le 27 avril 2007 à 19h32 , mis à jour le 28 avril 2007 à 10h43

Si la candidate socialiste et le leader du centre ont tant insisté pour se rencontrer, c'est que leurs intérêts convergent, le temps d'un entre-deux-tours...

ségolène royal françois bayrouSégolène Royal et François Bayrou © TF1/LCI

Le face à face Royal-Bayrou de ce samedi est
à retrouver en intégralité sur LCI.fr dès 13h

Au soir du premier tour, en faisant très vite ses comptes, Ségolène Royal savait qu'elle n'avait plus le choix. Pour espérer battre Nicolas Sarkozy, elle devait rassembler tout son camp et six électeurs sur dix de François Bayrou. Assurée d'un ralliement sans conditions de ses partenaires de gauche, "TSS" oblige, elle a donc tendu la main au candidat de l'UDF. Mercredi, il lui a proposé "un débat, sans arrière-pensées, par exemple à la télévision". Mais ce "par exemple" est très vite devenu une condition sine qua non pour le leader centriste. Objectif de François Bayrou : exposer au plus grand nombre les ressemblances et les différences entre leur programme respectif. Il ne s'est déjà pas privé de souligner le caractère étatiste du pacte présidentiel de Ségolène Royal, un projet qui va "exactement à l'encontre des orientations nécessaires" pour la France. 

Mais que Ségolène Royal a-t-elle donc à gagner d'un tel débat ? Pour ses proches, c'est son unique chance de montrer aux électeurs du centre que des points de convergence existent entre sa démarche et celle de François Bayrou : l'Etat impartial, la nécessité de lutter contre la dette ou la réconciliation entre l'économique et le social... Elle peut également franchir avec succès une nouvelle étape et surprendre. Mais pour ses détracteurs au sein du PS, elle est allée beaucoup trop loin. Ils n'avancent pas tous les mêmes arguments : sur le fond, certains ne digèrent pas le fait accompli d'un renversement d'alliance, avec un parti issu de la droite. "Avec sa proposition de ministres UDF, elle a mis le feu aux poudres", confie un dirigeant de la rue de Solférino.

Mission impossible mais le prix de la victoire 

Sur la stratégie, d'autres jugent qu'elle n'avait pas à débattre avec François Bayrou mais à s'adresser à ses 6,82 millions d'électeurs. Ne pas faire un "coup" sous les caméras faisant de François Bayrou l'acteur principal de cet entre-deux-tours mais accepter plutôt des modifications à son pacte présidentiel. Ne pas donner l'impression de suivre la candidat de l'UDF mais opérer en force la conversion du PS à la social-démocratie. Mais comment faire en catastrophe ce que la gauche française n'a pas réussi en cinq ans d'opposition ? Mission impossible mais la victoire de Royal est à ce prix. Sa compagne aux commandes, François Hollande n'a pu qu'assister, impuissant, à ce coup de poker.

Pour François Bayrou, la stratégie de la "main tendue" à la candidate socialiste est toute autre, avec une obsession et une volonté. L'obsession : ne pas disparaître de l'entre-deux-tours. Pari gagné puisqu'il fut l'acteur médiatique de la première semaine de campagne. La volonté : prendre appui sur son très beau score du premier tour pour lancer son nouveau Parti démocrate dans la prochaine bataille, celle des législatives. Le leader du centre est habile. Quoi de mieux qu'un débat surmédiatisé pour souligner, selon lui, les vieux mythes de la gauche et une candidate prisonnière des éléphants de Solférino ? A la clé, un possible hold-up sur les valeurs de la social-démocratie.

La course au centre entre Bayrou et DSK

François Bayrou est rusé. En laissant la liberté de vote à ses députés, il évite toute cassure au sein de son parti et permet à ses troupes de nouer les accords locaux assurant leur réélection en juin. Et peu lui importe que la très grande majorité prenne position pour Nicolas Sarkozy, il sait que le parti dont il s'est emparé il y a dix quelques années appartenait à la droite française. A côté de ses "historiques" de l'UDF, il entend bien présenter en juin dans les 577 circonscriptions des visages jeunes et nouveaux, notamment des déçus de la gauche orthodoxe. Car là est l'intuition de François Bayrou : il parie sur la victoire de Nicolas Sarkozy et en voit tous les bénéfices.

Face à un parti socialiste déchiré au lendemain de sa défaite, il se verrait bien en nouveau chef de l'opposition jusqu'en 2012, rassemblant les électeurs de centre droit et ceux qui attendent depuis longtemps une gauche française moderne. Mais la route est fort périlleuse. Le "troisième homme" sait bien qu'au sein du PS, certains ne le laisseront pas s'emparer sans combattre de l'électorat centre-gauche. Dominique Strauss-Kahn et ses amis se préparent déjà à la bataille.

En politique, il y a des défaites électorales qui sont des victoires idéologiques. Si Ségolène Royal venait à perdre l'élection présidentielle, elle aurait imposé au PS le big bang social-démocrate qu'attendent beaucoup d'électeurs de gauche depuis longtemps. Le débat de samedi resterait alors, quoi qu'il arrive, comme une daté clé de ce bouleversement.

Par Renaud Pila le 27 avril 2007 à 19:32
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17 Commentaires

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  • Dubois, le 29/04/2007 à 16h37

    Très bonne analyse par contre je suis quand même surpris et interloqué de voir que votre conclusion ne se porte que sur un versant des choses... la défaite de Madame Royal. De plus dans les commentaires j'observe des personnes qui se plaignent de ne pas avoir une gauche à "l'anglaise"... encore heureux ! Où irions nous... J'ai voté pour Monsieur Bayrou au premier tour et je voterai pour Madame Royal au second tour car derrière l'apparat sublime et magnifique politico-médiatique de Monsieur Sarkozy qui a soit disant "changé" se cache toujours le même homme radical, ferme et apathique... on avance en discutant non pas en imposant et en exigeant. B.D

  • Bernard, le 28/04/2007 à 20h04

    Bravo pour avoir fait ce débat démocratique il me donne envie de voter pour l'europe demain

  • Isabelle, le 28/04/2007 à 16h15

    Contrairement à ce que pensent certains un match de foot est un match de foot. J'ai suivi le bébat: un bol d'air frais, 2 responsables poliques qui débattent vraiment, pas à pas, sous l'oeil public... un bon début pour la vraie démocratie. A quand le débat Bayrou/Sarko? (pas sur C+ etc... bien sûr)

  • BB, le 28/04/2007 à 15h20

    Vous n'avez rien compris. Ce que l'on a vécu aujourd'hui est historique. Jamais dans la vie démocratique française deux personnages importantes de la vie politique non débatut pour faire progresser la société française. Dans le futur ce débat marquera le début d'un changement qui verra l'évolution d'une societe fançaise qui règle ces problèmes en dialogant avec tous les partenaires qui souhaite faire évoluer notre pays. Dans les autres pays de l'Union ils appellent cela la social démocratie et l'UMP dans son ensemble devra s'y mettre sinon il ne retrouveront pas le pouvoir avant un certain temps...

  • Veaux, le 28/04/2007 à 10h46

    Bravo ,enfin deux personnes capable de parler ensemble

  • GILBERT, le 28/04/2007 à 08h53

    Cette analyse est pertinente et peut s'avérer prémonitoire d'une division encore plus profonde de la gauche. Mais en politique les revirements sont parfois surprenant donc attendons. Quoiqu'il en soit SARKOZY aura possibilité de se servir de ce débât comme nouveau levier. Il ne déviera pas de son programme et de ses explications qui sont cohérentes pour relancer l'économie française. Comment peut-on voir maintenant un avenir de gouvernance claire avec le PS : les éléphants se montrent plus que discrets et n'appuient certainement plus Ségolène ROYAL qui se trouve bien seule dans son partie et coupée d'une grosse frange de son électorat. L'extrème gauche ne sait plus que faire. Mais BAYROU ne tirera peut être pas non plus un grand profit de ce débat pour les futures législatives. Or c'est bien la son objectif puisqu'il n'a plus rien à faire dans le débat ROYAL / SARKOZY. Affaire à suivre.

  • Christophe, le 28/04/2007 à 00h45

    Analyse globalement juste mais à mon avis légère sur deux points : 1- Ce n'est pas Ségolène Royale qui a réussi la conversion du PS vers la Sociale-Démocratie, mais DSK qui l'incarne et en porte les valeurs, et F Bayrou qui l'oblige au garnd écart et à se positionner plus à droite. Il est vrai cependant qu'elle a osé déflorer des sujets tabous au PS, uniquement abordés par une Droite en pleine reconquête de ses valeurs (sécurité, respect de la loi...). 2- F Bayrou a beaucoup à perdre également à ce que la Droite passe, en s'opposant (implicitement) à elle : notamment avec des triagulaires dangereuses aux législatives dans un contexte dynamique positif pour l'UMP (F Fillon a été clair sur ce point), et la création d'un parti 'social-démocrate' des UDF anti-F Bayrou (et ils sont nombreux). Son pari de déborder la Droite par une Gauche décomposée dont il s'emparerait est loin d'être gagné s'il perd son aile droite. Il lui faut RASSEMBLER, ce qu'il a (partiellement) fait aux élections, pas au sein des ténors politiques. F Bayrou, Don Quichote isolé ?

  • Rom@in, le 27/04/2007 à 22h40

    Ils sont paumés. C'est la politique du n'importe quoi. Comment peut-on faire confiance à de tels individus pour diriger la France. Si un jour un conflit éclate, il faudra 15 débats et 40 réunions pour régler le problème. Désolé, j'ai des enfants et des petits-enfants, et je ne veut pas leur préparer une vie avec des points d'interrogation.

  • Perrin, le 27/04/2007 à 22h25

    Très bonne analyse. les deux jouent leur survie. Royal va faire exploser le PS, première bonne nouvelle, Sarkozy a laminé le FN, deuxième bonne nouvelle, Mitterand avait déjà anéanti le pire de tous le PC. Pour tou ceux qui ne comprennent rien à l'économie, il n'y pas de libréaux en France. L'état est omniprésent dans tous les programmes, la palme de l'aberration revenant à Royal une nouvelle fois.

  • Thierry WILLEMS, le 27/04/2007 à 22h03

    La position de Monsieur Bayrou est simplement écoeurante. Mercredi après-midi, il disait que le programme socialiste de Madame Royal était de nature à aggraver la situation économique de la France. N?est-ce pas le principal ? Tout le monde sait bien que le social suit l?économie. Si l?économie s?effondre, et c?est le risque, alors le social disparaîtra avec. Il suffit de regarder du côté des ex-pays socialistes du bloc de l?Est, de l?ex-URSS. Les conséquences de l?effondrement économique y ont été si graves que même l?espérance de vie y a régressé. Est-ce ce que veut Monsieur Bayrou ? La vraie chance qu?offre Nicolas Sarkozy à la France, c?est de se redresser et de mettre un terme au socialisme de type socialo-communiste. On a la chance de pouvoir tourner la page, la tête haute, et en préservant notre système social, tout en le rendant plus juste et meilleur pour l?immense majorité des Français. Monsieur Bayrou ne le voit-il pas ? Monsieur Bayrou qui se dit maintenant plus à gauche que Nicolas Sarkozy, pourrait prendre la tête d?un parti social démocrate, débarrassé des sectaires et doctrinaires de ce parti socialiste archaïque. Ne voit-il pas qu?en cautionnant Madame Royal, il risque de faire perdre à la France cette chance formidable de se redresser, et de voir naître un parti de gauche modéré et moderne comme en ont les principaux pays occidentaux ? J?espère que ce que fait Monsieur Bayrou, échouera, que Nicolas Sarkozy gagnera cette élection présidentielle malgré toutes ces tentatives de magouille, et que Monsieur Bayrou disparaîtra de la scène politique, lui qui fait passer ses ambitions personnelles avant l?intérêt général de la France.

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