Ségolène Royal et François Bayrou © TF1/LCILe face à face Royal-Bayrou de ce samedi est
à retrouver en intégralité sur LCI.fr dès 13h
Au soir du premier tour, en faisant très vite ses comptes, Ségolène Royal savait qu'elle n'avait plus le choix. Pour espérer battre Nicolas Sarkozy, elle devait rassembler tout son camp et six électeurs sur dix de François Bayrou. Assurée d'un ralliement sans conditions de ses partenaires de gauche, "TSS" oblige, elle a donc tendu la main au candidat de l'UDF. Mercredi, il lui a proposé "un débat, sans arrière-pensées, par exemple à la télévision". Mais ce "par exemple" est très vite devenu une condition sine qua non pour le leader centriste. Objectif de François Bayrou : exposer au plus grand nombre les ressemblances et les différences entre leur programme respectif. Il ne s'est déjà pas privé de souligner le caractère étatiste du pacte présidentiel de Ségolène Royal, un projet qui va "exactement à l'encontre des orientations nécessaires" pour la France.
Mais que Ségolène Royal a-t-elle donc à gagner d'un tel débat ? Pour ses proches, c'est son unique chance de montrer aux électeurs du centre que des points de convergence existent entre sa démarche et celle de François Bayrou : l'Etat impartial, la nécessité de lutter contre la dette ou la réconciliation entre l'économique et le social... Elle peut également franchir avec succès une nouvelle étape et surprendre. Mais pour ses détracteurs au sein du PS, elle est allée beaucoup trop loin. Ils n'avancent pas tous les mêmes arguments : sur le fond, certains ne digèrent pas le fait accompli d'un renversement d'alliance, avec un parti issu de la droite. "Avec sa proposition de ministres UDF, elle a mis le feu aux poudres", confie un dirigeant de la rue de Solférino.
Mission impossible mais le prix de la victoire
Sur la stratégie, d'autres jugent qu'elle n'avait pas à débattre avec François Bayrou mais à s'adresser à ses 6,82 millions d'électeurs. Ne pas faire un "coup" sous les caméras faisant de François Bayrou l'acteur principal de cet entre-deux-tours mais accepter plutôt des modifications à son pacte présidentiel. Ne pas donner l'impression de suivre la candidat de l'UDF mais opérer en force la conversion du PS à la social-démocratie. Mais comment faire en catastrophe ce que la gauche française n'a pas réussi en cinq ans d'opposition ? Mission impossible mais la victoire de Royal est à ce prix. Sa compagne aux commandes, François Hollande n'a pu qu'assister, impuissant, à ce coup de poker.
Pour François Bayrou, la stratégie de la "main tendue" à la candidate socialiste est toute autre, avec une obsession et une volonté. L'obsession : ne pas disparaître de l'entre-deux-tours. Pari gagné puisqu'il fut l'acteur médiatique de la première semaine de campagne. La volonté : prendre appui sur son très beau score du premier tour pour lancer son nouveau Parti démocrate dans la prochaine bataille, celle des législatives. Le leader du centre est habile. Quoi de mieux qu'un débat surmédiatisé pour souligner, selon lui, les vieux mythes de la gauche et une candidate prisonnière des éléphants de Solférino ? A la clé, un possible hold-up sur les valeurs de la social-démocratie.
La course au centre entre Bayrou et DSK
François Bayrou est rusé. En laissant la liberté de vote à ses députés, il évite toute cassure au sein de son parti et permet à ses troupes de nouer les accords locaux assurant leur réélection en juin. Et peu lui importe que la très grande majorité prenne position pour Nicolas Sarkozy, il sait que le parti dont il s'est emparé il y a dix quelques années appartenait à la droite française. A côté de ses "historiques" de l'UDF, il entend bien présenter en juin dans les 577 circonscriptions des visages jeunes et nouveaux, notamment des déçus de la gauche orthodoxe. Car là est l'intuition de François Bayrou : il parie sur la victoire de Nicolas Sarkozy et en voit tous les bénéfices.
Face à un parti socialiste déchiré au lendemain de sa défaite, il se verrait bien en nouveau chef de l'opposition jusqu'en 2012, rassemblant les électeurs de centre droit et ceux qui attendent depuis longtemps une gauche française moderne. Mais la route est fort périlleuse. Le "troisième homme" sait bien qu'au sein du PS, certains ne le laisseront pas s'emparer sans combattre de l'électorat centre-gauche. Dominique Strauss-Kahn et ses amis se préparent déjà à la bataille.
En politique, il y a des défaites électorales qui sont des victoires idéologiques. Si Ségolène Royal venait à perdre l'élection présidentielle, elle aurait imposé au PS le big bang social-démocrate qu'attendent beaucoup d'électeurs de gauche depuis longtemps. Le débat de samedi resterait alors, quoi qu'il arrive, comme une daté clé de ce bouleversement.
Retour MYTF1
Chargement en cours...




