Le site Internet du quotidien belge Le SoirDes amateurs de théorie du complot ont déjà conclu à un piratage de la DGSE, du Ministère de l'Intérieur, ou encore de France Télécom. D'autres renvoient plus prosaïquement à la faiblesse de serveurs submergés par une affluence record. Tous se posent la même question : pourquoi donc les sites étrangers ne répondaient plus hier dès la fin d'après midi? La première hypothèse est bien la prise d'assaut de ces sites par des hordes d'internautes en quête d'estimations fraîches au soir du premier tour de l'élection présidentielle.
Le record du Soir
Philippe Laloux, du quotidien Belge Le Soir - qui s'était fait un coup de pub en annonçant la mise à disposition de sondages et estimations - témoigne auprès de LCI.fr de l'ampleur du rush des internautes Français sur le site de son journal : "On peut normalement supporter 200 connections simultanées et on était passé à 800 pour l'occasion. Face à l'affluence, on a du monter à 50 000. Nous les avons atteint en 10 minutes!". A cette brusque affluence, s'ajoutent de curieux "bugs" : "De grands portails Français comme Wanadoo nous adressaient jusqu'à 20 requêtes automatiques par seconde pour une infographie pourtant supprimée".
A 19h40, le site est donc remplacé par une seule page web. Cela ne suffira pas : il reste inaccessible. La situation ne se débloque qu'à 19h58, "comme par enchantement". Les chiffres définitifs n'étaient pas encore connus mais Le soir devait battre son record de connexions : "Nous allons dépasser notre score obtenu lors de l'affaire de la fausse scission de la Belgique annoncée par la RTBF"
"90% de Français pour un journal régional suisse"
Côté Suisse, à La tribune de Genève, dès samedi matin, l'audience est quatre fois plus forte que d'habitude. Lorsque le journal publie des sondages "interdits" en France (transmis discrètement par un parti politique Français), elle double encore. Dimanche matin, le journal décide de tripler ses serveurs et de racheter de la bande passante auprès de son hébergeur. Rien n'y fait : à 17 heures, le site doit être allégé une première fois. Et cela ne suffit toujours pas : à 18h15, le site est donc fermé et remplacé par une simple page d'estimation. 40 000 à 45 000 personnes s'y connectent simultanément.
Le site saute alors totalement pendant un quart d'heure. De 18h30 à 20h00, les trois quarts des internautes parviennent de nouveau à s'y connecter. Le bilan de la journée en dit long. Le site a reçu 420 000 visites. C'est 20 fois plus qu'un dimanche habituel. "90% des requêtes venaient de France, ce qui n'est pas mal pour un journal régional Suisse!" explique le directeur de la rédaction David Moginier à LCI.fr.
Pirates et DGSE
Cette hypothèse de serveurs simplement dépassés fait donc tout à fait sens. D'autant que des internautes de LCI nous signalent qu'ils ont pu se connecter sans difficultés sur des sites moins connus. Que dire donc de "l'autre" hypothèse, celle d'un blocage des sites organisés par des pirates à la solde de l'Etat Français, soucieux de préserver la confidentialité de ses élections? Autrement dit, d'un sabotage. Côté suisse, on reste très prudents. "On ne peut jamais l'écarter mais au niveau des adresses IP, on n'a pas vu d'anomalies. L'augmentation des visites a été constante et s'est progressivement emballée" précise David Moginier, avant d'ajouter dans un sourire : "Ou alors, les Français sont très forts".
Nos amis Belges font mine de ne pas y croire mais la suspicion est bien là : "Je n'écarte pas l'idée d'une attaque. Même si l'hypothèse peut faire sourire..." admet Philippe Laloux. "Pourquoi pas la DGSE à partir du moment où publier des résultats est anticonstitutionnel pour la France? Si c'est le cas, on pourrait porter plainte". Le soir envisage même sérieusement de contacter le "Comité R.", un groupe de parlementaires chargé de surveiller les services de renseignement.
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