Les 12 candidats à la présidentielle 2007 © TF1/LCI"Cette fin de campagne est dégueulasse. Ca promet pour la suite". Cette réflexion d'un député chevronné vendredi dernier est significative du climat de cette bataille 2007. Jamais depuis 1981, un scrutin n'avait autant échauffé les esprits. Jamais depuis 1981, une campagne n'avait autant passionné les Français. Dans les familles, dans les entreprises, dans les cafés, et dans les rédactions, chacun y est allé de son commentaire, de son coup de gueule, et de son pronostic sur l'ordre d'arrivée du quator de tête. Et tout le monde s'accordera sur ce constat : jamais les électeurs n'auront été aussi indécis sur le choix du bulletin à déposer ce dimanche dans l'urne. Traditionnellement, il est d'usage de choisir au premier tour et d'éliminer au second. Cette année, beaucoup vont éliminer dès le premier tour.
Le 21 avril 2002 encore en mémoire, chacun se prépare depuis des semaines à une ou plusieurs surprises dimanche soir. L'annonce des premières estimations à 20h mettra fin à ce long suspense. Cette incertitude s'explique par une avalanche de sondages volatiles, un nombre record de nouveaux inscrits et la percée durable d'une force centrale, celle de François Bayrou. En élargissant son noyau traditionnel d'électeurs (7%) à près de 20% des intentions de vote, le candidat de l'UDF aura affolé les boussoles. En mordant largement sur la gauche avec un discours contre les "puissants", il se sera imposé comme un concurrent sérieux de Ségolène Royal.
"Une primaire à gauche"
De son côté, la candidate socialiste n'aura pas dévissé dans les sondages et terminé sa campagne en "femme libre", avec une volonté de rassembler la gauche dès le premier tour. Lequel des deux candidats de cette "primaire à gauche" affrontera probablement Nicolas Sarkozy au second tour ? De l'issue de cette compétition dépendra la nature de l'entre-deux-tours, un combat de "valeurs" d'un côté ou un choc d'hommes de l'autre. Deuxième inconnue de ce premier tour le poids de Jean-Marie Le Pen. Avec sa stratégie de droite sans complexes, Nicolas Sarkozy aura-t-il réussi à siphonner une partie de l'électorat frontiste ?
Impressions contradictoires. Ce scrutin fait suite à une campagne aussi décevante que passionnante. Versant négatif, un débat d'idées pauvre avec des programmes en retrait. Versant positif, une nouvelle génération de candidats aux personnalités marquées et portant une même aspiration : porter le changement. Jamais depuis l'alternance de 1981, les Français n'avaient autant senti l'importance du choix qui leur incombe. Car 2007 ne ressemble pas aux autres scrutins. Les citoyens ont trois options claires devant eux : un projet libéral mâtiné d'étatisme de Sarkozy, un socialisme participatif de Royal agrémenté de valeurs traditionnelles et une recomposition politique et institutionnelle prôné par Bayrou.
Un choc de personnalités
Un combat idéologique de valeurs s'est aussi dessiné au fur et à mesure de la campagne. D'où la dureté des attaques ces dernières semaines. Rarement un candidat de la droite républicaine n'avait été traité d'"homme dangereux", jamais une femme, et pour cause, n'avait subi un procès d'incompétence. Et qui aurait imaginé il y a quelques années un centriste revendiquant s'il est élu "un emmerdement maximal" pour les puissants. Ce choc entre les quatre personnalités de tête a marginalisé les huit autres "petits" candidats qui n'ont pas réussi à décoller, y compris durant la campagne officielle.
Si la campagne pour le premier tour a passionné les journalistes étrangers, elle a fini par enrôler certains titres de la presse française dans sa dernière ligne droite. Marianne, dont le fondateur Jean-François Kahn ne cache pas son soutien à François Bayrou, a battu ses records de ventes avec son réquisitoire au vitriol contre Nicolas Sarkozy. Le Monde a dû répondre vendredi aux attaques du candidat de l'UDF après l'édito de son directeur appelant à un débat Sarkozy-Royal au second tour. Et pour finir, Libération a jugé "fou" le vote Bayrou. La vivacité de cette présidentielle a enthousiasmé, interrogé, et angoissé. Puissent les résultats du 22 avril clarifier le paysage de l'entre-deux-tours et inaugurer d'un vrai choix démocratique, le 7 mai prochain. L'électeur ne pourra plus alors faire la fine bouche.
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