François Bayrou © TF1-LCIAvec ses 6,75 millions d'électeurs, François Bayrou est l'arbitre du second tour. Il le sait et fait durer le suspense. Tard hier soir, face à quelques journalistes, réagissant aux appels du pied de l'UMP et du PS, il a eu cette réaction : "Ca me fait gondoler". Et il n'a pas fini de gondoler, le patron du centre. Ainsi, depuis lundi matin, les amis de Nicolas Sarkozy ou de Ségolène Royal multiplient les signes en direction des électeurs centristes. Jean-Louis Borloo a affirmé qu'il souhaitait que des ministres UDF "soient massivement au gouvernement". Tout en amabilités, François Fillon a estimé que François Bayrou avait fait "une belle campagne". "Il va sans doute jouer un rôle dans la vie politique française. Donc c'est à lui de voir comment il veut le jouer, de quel côté il veut le jouer", a-t-il ajouté, écartant toute tractation d'état-major.
A gauche, une réunion des principaux soutiens de Ségolène Royal s'est tenue lundi matin au QG de la candidate, en présence de François Hollande. Tous sont convaincus que la victoire le 7 mai dépend du bon report des voix centristes. En effet, près de 20% des électeurs du PS auraient choisi le bulletin Bayrou dimanche. Comment récupérer ses électeurs et au-delà ? "Nous nous donnons 48h pour analyser les 18% de Bayrou. C'est un vote hétérogène et compliqué, et il ne faut pas se tromper de stratégie", confiait en milieu de journée un proche de Ségolène Royal. Selon lui, la candidate ne veut pas se bousculer pour définir sa ligne d'entre-deux-tours. Mais il semble déjà certain qu'un certain nombre de thèmes chers aux nouveaux électeurs du centre vont être développés : l'Etat impartial, la réforme des institutions, ou l'Europe. Autre interrogation au QG de Ségolène Royal : "pourquoi sommes-nous derrière Sarkozy chez les jeunes et les nouveaux inscrits ? Nous allons analyser ça de très près pour la suite", confie-t-on.
"Elle va faire preuve d'audace"
Avant de voir comment séduire le centre, la priorité immédiate du camp Royal est toute autre : montrer à l'opinion que "c'est jouable" et casser la dynamique de la droite. "Sarkozy essaie d'impressionner avec ses 31% mais toute la gauche fait 36%. On ne doit pas laisser penser qu'il a déjà gagné. Avec Juppé et Fillon sur les plateaux, vous parlez d'une rupture !", avance un député ségoliste. "Ce que je peux vous dire, c'est que Ségolène Royal est pugnace et qu'elle va faire preuve d'audace. Ce ne sera pas un duel entre la gauche des éléphants et la droite". Va-t-elle faire monter Dominique Strauss-Kahn en première ligne pour attirer le centre-gauche bayrouiste ? "Elle réfléchit...", glisse ce parlementaire.
Au QG de l'UDF, François Bayrou prend son temps. Il ne s'exprimera que mercredi lors d'une conférence de presse, après avoir réuni ses amis et parlementaires. "Il dira des choses simples et compréhensibles de tous", affirme son entourage. S'il ne devrait pas donner de consigne de vote pour ne pas trahir le sens de sa démarche, il pourrait appeler tous les Français à rejoindre le nouveau parti du centre qu'il espère construire. Le député UDF Jean-Marie Cavada évoquait dimanche soir un "parti démocrate et social". Par ailleurs, au vu des résultats du premier tour, le camp centriste estime que l'élection est quasi gagnée pour Nicolas Sarkozy. "Qu'elle est mauvaise", a commenté François Bayrou en écoutant la déclaration solennelle de Ségolène Royal depuis Melle dimanche soir. Au vu de tout ça, son intérêt est plutôt d'espérer attirer au lendemain du second tour d'autres déçus de la gauche au sein de sa "nouvelle force centrale".
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