Michèle Delaunay, candidate socialiste dans la 2e circonscription de Gironde, en campagne à Bordeaux. © DRLieu : Bordeaux-Centre, 2e circonscription de Gironde (quatre cantons : Bordeaux III, IV, V et VII)
Enjeu : Alain Juppé doit s'imposer pour garder sa place au gouvernement.
Des onze ministres participant à la bataille des législatives, Alain Juppé est le plus concerné par la règle imposée par François Fillon : une défaite, et c'est la sortie du gouvernement (lire notre article). A Bordeaux, le ministre de l'Ecologie tentera de récupérer le siège occupé depuis 2004 par son suppléant Hugues Martin. Et c'est loin d'être gagné.
En 2004, lors de l'élection partielle qui avait suivi la démission de l'ancien Premier ministre après sa condamnation dans l'affaire des emplois fictifs de la ville de Paris, Hugues Martin avait battu Michèle Delaunay, la représentante socialiste, de seulement 566 voix (51%-49%). Or le 6 mai, au second tour de la présidentielle, Ségolène Royal a obtenu 54,6% des suffrages face à Nicolas Sarkozy. De quoi donner espoir à Michèle Delaunay, de nouveau candidate. "J'ai 60 ans. La ville appartient à la droite depuis 60 ans. Or 60 ans, c'est long", plaisante-t-elle.
"Si je ne m'étais pas présenté, on aurait dit, 'il a la frousse, il évite le suffrage universel'", réplique pour sa part Alain Juppé, ironisant sur le fait qu'en cas de défaite il mettrait "en pratique (ses) convictions environnementales par la pratique du jardinage, peut-être". Face au score de Ségolène Royal à la présidentielle, il souligne que "beaucoup de choses ont changé" depuis le 6 mai, notamment les difficultés internes au PS et l'ouverture de Nicolas Sarkozy.
LCI.fr : Au regard des résultats de la partielle de 2004 et surtout de la présidentielle, peut-on dire que vous êtes de fait la favorite face à Alain Juppé ?
Michèle Delaunay : Non. Mais je ne suis pas non plus une "challengeuse" sans importance. Il faut en fait bien interpréter la situation. Outre les chiffres, il faut prendre en compte le poids médiatique d'Alain Juppé. Il est beaucoup plus connu que moi et sa nomination comme ministre lui permet de multiplier les passages à la télévision et d'être présent dans les journaux, notamment Sud-Ouest.
La candidature de Juppé est d'ailleurs un subterfuge pour contourner l'arithmétique. Il mène la bataille, car son suppléant, Hugues Martin, n'a pas le courage de se présenter sur son seul nom. Pour moi, c'est un "vrai-faux suppléant" puisque si Juppé l'emporte, il restera ministre et le laissera donc siéger à l'Assemblée. Le vrai candidat, c'est donc Hugues Martin. C'est pourquoi je dis aux Bordelais : "ne vous laissez pas voler votre vote par le poids médiatique et la personnalité d'Alain Juppé".
LCI.fr : Alain Juppé s'était prononcé contre le double mandat local-national. Il a depuis changé d'avis. Un argument de campagne en votre faveur ?
M.D. : Tout à fait. Alain Juppé semble l'homme des conversions brutales et excessives. Il nous l'a déjà montré avec l'Ecologie. Il nous refait le même coup à Bordeaux. Il y a à peine quelques semaines, il était favorable au mandat unique, et le voilà aujourd'hui à la fois ministre et maire de la ville.
Or, à l'automne dernier, en reprenant le fauteuil de maire, il affirmait qu'il avait la passion de Bordeaux, qu'il voulait se consacrer uniquement à son mandat. J'ai l'impression qu'il a depuis retrouvé la passion du pouvoir parisien, au point de penser que passer deux jours par semaine à Bordeaux est suffisant. Mais quand on est un homme d'Etat, qualité que je ne lui dénie pas, il faut le montrer et être cohérent. Les Bordelais sont déroutés par ce revirement et ses déclarations d'amour non tenues.
"Avec 85% de participation, j'ai de bonnes chances"
LCI.fr : La règle imposée par François Fillon (ndlr : tout ministre battu quittera le gouvernement) joue-t-elle en sa faveur ou en la vôtre ?
M.D. : Les deux. Les électeurs de droite sont très disciplinés et se déplaceront en masse pour lui permettre de rester au gouvernement. Il nous faut donc mobiliser les nôtres. Tout l'enjeu est là. Si la participation est identique à celle de la présidentielle -85%-, alors j'ai mes chances. En revanche, si les électeurs des quartiers populaires boudent les urnes en croyant que tout est joué, alors le légitimisme l'emportera.
Sur le terrain, je dis aux gens : "il n'y a pas besoin d'attendre cinq ans pour changer les choses. Vous pouvez le faire dans quinze jours car un gouvernement de gauche mènera une politique de gauche, même avec Sarkozy à l'Elysée". Evidemment, cela fonctionnerait encore mieux si les ténors du parti venaient sur le terrain.
LCI.fr : Etes-vous prête à un accord avec le candidat du MoDem au second tour ?
M.D. : Mon ambition est tout d'abord de rassembler tous ceux qui se réclament d'une "gauche large". Concernant le centre, je n'ai jamais critiqué François Bayrou pendant la présidentielle. Je suis en effet favorable à un centre non inféodé, capable de dire à la gauche ou à la droite : "là, je vous suis car c'est bien, mais là, je ne vous suis pas car c'est mal". Je remarque simplement qu'aucun des conseilleurs municipaux UDF n'a pris le risque de se présenter contre Juppé. Je ne connais donc pas le représentant du MoDem.
Les autres candidats |
- Guy Dupont (LO) |
Le blog de campagne de Michèle Delaunay
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