"Les Chirac, des patrons en or"

Par Julien FANCIULLI, le 14 mai 2007 à 14h56 , mis à jour le 15 mai 2007 à 16h58

Interview - Aujourd'hui à la retraite, Francis Loiget chef pâtissier de l'Elysée revient sur son parcours, ses relations avec les chefs d'Etat et leurs goûts culinaires.

TF1/LCI "Les cuisines de l'Elysée" de Francis Loiget"Les cuisines de l'Elysée" de Francis Loiget © TF1/LCI

LCI : En 42 ans, vous avez servi cinq présidents de la République, de Charles de Gaulle à Jacques Chirac. En plus de confier vos expériences en tant que chef pâtissier, vous livrez dans votre livre "Les cuisines de l'Elysée" (1) des recettes de desserts les plus appréciées des chefs d'Etat. Jacques Chirac a la réputation d'avoir un appétit d'ogre. Qu'en est-il réellement ?

Françis Loiget, chef pâtissier de l'Elysée : Chirac est loin de l'image qu'on lui donne. Il ne se relève pas la nuit pour manger. De toute manière, Bernadette suit de près son régime et le freine s'il mange trop. Il est très friand de pâtisseries surtout quand elles sont à base de chocolat. Ses deux préférées : le paris-brest et la marquise au chocolat. Nous n'avons jamais eu de soucis pour établir les menus avec lui, il les a toujours validés... Ce n'était pas toujours le cas avec Mitterrand... mais c'était sûrement lié à sa maladie...

LCI.fr : Depuis de Gaulle, comment le rapport entre le personnel et le couple présidentiel a-t-il évolué ?

F. L. : Tout s'est toujours bien passé avec Chirac. Quand il est arrivé, on a retrouvé l'atmosphère "famille" de Pompidou. Les premiers temps, il a proposé une séance photo avec le personnel. Bernadette Chirac était très droite, tout était carré avec elle. Elle est souvent descendue dans les cuisines pour donner sa touche personnelle, surtout pour les cérémonies officielles. Il est déjà arrivé qu'elle demande l'ajout d'une rose ou un drapeau sur une pâtisserie. C'est une vraie maîtresse de maison, très franche, mais pas avare non plus de compliments. Tous les deux, ils ont su imposer leurs manières de vivre et de gouverner au personnel.

Le couple Pompidou a été merveilleux. Avec sa femme, ils ont mis un moment pour venir faire notre connaissance. Nous sommes tous tombés amoureux de ce couple qui savait toujours nous glisser un mot gentil pour nous mettre à l'aise. On dialoguait beaucoup avec lui. Il avait instauré un vrai climat familial et d'intimité. Des collègues m'ont même raconté qu'ils avaient joué aux boules avec le Président au Fort de Brégançon. Un jour, Pompidou était parti chasser à Rambouillet. Nous avions décidé d'organiser avec le personnel un match de foot. Manque de chance, Pompidou est arrivé plus tôt que prévu mais il a regardé la fin du match !

Auparavant, avec de Gaulle c'était clair : il n'y avait pas de relations, tout cela n'existait pas. Avec sa femme, ils avaient mis une barrière avec le personnel. Pour nous faire connaître leurs impressions sur la nourriture, ils passaient par le maître d'hôtel. Le Général était quand même descendu une fois en cuisine. Et puis, quand mon premier enfant est né, j'ai quand même eu droit à un petit mot et des chaussons tricotés par Mme de Gaulle.

LCI : L'entente était bonne avec ces trois présidents. Ca n'a pas été le cas avec les deux autres et en particulier avec Mitterrand. Dans votre livre vous le surnommez : "l'homme des glaces"...et ce n'était pas de crème glacée dont il était question...

F.L. : Mitterrand a fait appel à un cuisinier particulier. Pendant 14 ans, nous n'avons pas reçu un seul compliment du Président. Il est resté glacial avec le personnel de l'Elysée. C'était long. Sa maladie n'expliquait pas tout. Personnellement, j'ai eu aussi un peu de mal avec Valéry Giscard d'Estaing. C'est un homme d'une grande autorité mais qui recherchait un certain contact avec le personnel. Ce qui manquait avec VGE, c'était une maîtresse de maison. Bref, on ne jouait pas. C'était juste très protocolaire.

LCI : Quels grands moments et cauchemars garderez-vous en mémoire ? 

F. L. : Je me souviendrai toute ma vie de ma première rencontre avec le général de Gaulle. Le Président était venu en cuisines pour me saluer. Il m'a dit quelques mots que je ne pourrais même pas vous retranscrire. J'étais tellement impressionné par l'homme. Il faut dire que je n'avais que 20 ans ! Un grand souvenir !

Le plus mauvais moment, c'est sous Giscard d'Estaing et "l'épisode de la tarte." Le Président recevait Hassan II et j'avais préparé une pâtisserie. Le soir même, je reçus une note me disant que " le Président avait eu honte de servir un dessert si médiocre. " Par la suite, à chaque fois que je confectionnais une tarte, je recevais une montagne de critiques de la part de VGE. Le pire c'est que je ne savais pas pourquoi ! J'ai même failli perdre ma place. Et puis finalement un peu plus tard, le Président m'a demandé de m'occuper du gâteau de mariage de sa fille. Ce fut un triomphe !

(1) "Les cuisines de l'Elysée, le pâtissier des présidents raconte" de Françis Loiget, édité par Pygmalion, paru le 1/03/2007, vendu à 19 euros. 

Par Julien FANCIULLI le 14 mai 2007 à 14:56
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12 Commentaires

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  • Candide niort, le 15/05/2007 à 22h07

    Avec Ségolène c'est différent ses employés réclament leurs salaires via les prud'hommes !

  • Patricia, le 15/05/2007 à 19h40

    Cela n'a rien d'étonnant, cela se sens, Mr et Mme Chirac sob=nt des gens charmants.

  • Romand, le 15/05/2007 à 16h58

    Je suis ravie de voir que les "Chirac" étaient des patrons en or,pourtant pas du même parti politique de Mitterrand qui prônait le social et qu'il était loin de l'appliquer.Si les gens de ce parti ouvrait les yeux et faire le bon choix!

  • Philippe, le 15/05/2007 à 16h25

    Donc celui qui a eu l'attitude la plus distante était celui qui représentait le peuple de gauche... encore un paradoxe mais pas plus étonné que ça

  • JGH, le 15/05/2007 à 15h19

    Apparement M.Chirac ne devait pas avoir le même comportement avec les employés de l'Elysée qu'avec le restant des Français ...

  • Jacqueline, le 15/05/2007 à 14h51

    Mitterand n'avait donc pas fini de me décevoir. Bravo aux couples Chirac et Pompidou. Avec de tels patrons, on a simplement envie de se surpasser dans son travail.

  • Irène, le 15/05/2007 à 14h49

    Réponse à IKE du 07 : Dire ce que l'on pense n'est pas un délit ! Je crois cet homme lorsqu'il dit que M. Miterrand manquait de féliciter son personnel et était assez distant avec celui-ci ... Ca se voyait sur lui. Seul ne comptait que son propre plaisir ... et celui de sa petite famille ! Si vous travaillez au McDo, il n'appartient qu'à vous de vouloir faire une école hôtelière pour devenir, à force de travail ... un grand Chef Pâtissier ! Celui qui le veut ... le peut ! La preuve !

  • Ike07, le 15/05/2007 à 13h17

    Si bosser pour mitterand n'était pas bien, il n'avait qu'à faire comme moi, travailler au Mc Do.

  • Magiera, le 15/05/2007 à 12h22

    Quand on pense que les "héritiers" de François Miterrand se prétendent "proches du peuple", on a du mal à croire à leur sincérité,vu l'exemple d'impérialisme de ce dernier vis à vis de ses employés.Par contre, la simplicité des couples Pompidou et Chirac ne m'étonne pas.D'ailleurs, il est bien connu que les bons mangeurs sont des gens sympathiques.

  • Gomez de la serna, le 15/05/2007 à 09h51

    Je ne peux que confirmer les éloges faites à l'encontre de M. et Mme Jacques Chirac, ayant travaillé dans l'appartement lorsque Jacques Chirac était Maire de Paris. Ce sont de bons patrons, à l'écoute du personnel, toujours un petit mot d'encouragement. Bernadette Chirac, une grande dame, une maîtresse de maison hors pair.

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