"Ce débat resserre le lien national"

Par Matthieu DURAND, le 03 mai 2007 à 17h50 , mis à jour le 03 mai 2007 à 18h32

Interview Jocelyne Arquembourg, de l'Institut français de la presse, analyse le déroulement du débat présidentiel et son éventuel impact. Sur les candidats comme sur les Français.

TF1/LCI Après le débat, poignée de main entre les deux finalistes de l'élection présidentielleAprès le débat, poignée de main entre les deux finalistes de l'élection présidentielle © TF1-LCI

Le débat entre Nicolas Sarkozy et Ségolène Royal a été vu mercredi par plus de 20 millions de téléspectateurs. Une audience similaire à celles réalisées lors du Mondial 2006 (1). Jocelyne Arquembourg, maître de conférences en sciences de l'information et de la communication à l'Institut français de presse, analyse à chaud l'impact éventuel de ce qui constitue d'ores et déjà l'un des grands moments de la télévision.

LCI.fr : Quelle place occupe le débat présidentiel au sein de l'élection présidentielle ?

Jocelyne Arquembourg : Il faut distinguer ce débat d'un débat ordinaire. Il s'agit d'un rituel républicain qui s'inscrit dans une histoire. Il suscite un horizon d'attente sur la base des débats précédents. Celui d'hier soir empruntait d'ailleurs à différents modèles, notamment le modèle américain, avec les notions de temps, de respect des règles et de la manière dont on peut en jouer... Reste tout de même la spécificité française de l'interaction entre les candidats.

Dans le scénario de la campagne, le débat présidentiel constitue l'épreuve principale que les candidats doivent traverser. Une épreuve de vérité. Il y a l'idée que les deux finalistes vont se révéler tels qu'en eux-mêmes mais aussi révéler l'autre, le démasquer.

LCI.fr : Il n'y a pas eu de débat présidentiel en 2002. L'attente forte du public en 2007 peut-elle s'expliquer par une sorte de frustration ?

J. A. : Le débat présidentiel s'inscrit dans le cadre de valeurs qui régissent les échanges entre les candidats : il faut des partenaires qualifiés et qui se reconnaissent l'un l'autre. Or, en 2002, l'un a été disqualifié [Jacques Chirac a refusé de débattre avec Jean-Marie Le Pen, NDLR]. Je ne pense pas qu'à l'époque beaucoup ait réclamé ce débat...

LCI.fr : Certains experts annonçaient un débat traditionnel de petites phrases plutôt que d'idées. Or cela n'a pas été le cas...

"On a assisté à
un véritable échange
d'arguments entre
deux candidats"

J. A. : Les pronostics des spécialistes en communication ont été déjoués. On a au contraire assisté à un véritable échange d'arguments entre deux candidats qui se sont répondus.

Au-delà, ce qui m'a interpellé, c'est la manière dont les candidats se sont ingéniés à recadrer leur image en intégrant les jugements des citoyens constitués en public. Les citoyens ont en effet jugé l'image des candidats, leur personnalité, leur physique, leur vie privée... Sarkozy passe pour avoir un tempérament sanguin, autoritaire ; Royal, un tempérament nerveux, à vif et pour être peu maître d'elle-même. Ces jugements ont été entendus par les candidats, qui ont essayé de produire une autre image, afin de nuancer les critiques. D'ailleurs, la presse écrite de ce matin a publié des comptes-rendus des argumentaires de chacun, s'est fait juge de leur prestation et a déchiffré leur stratégie pour recadrer leur image à contre-emploi.

Par ailleurs, j'ai été frappée par la manière dont le débat fait apparaître le public dans le décor (une table carrée dont un côté reste libre) et la réalisation (le plan large sur les deux candidats inscrit le regard d'un témoin sur la scène contrairement à l'alternance de plans rapprochés).

LCI.fr : Au début de la campagne, les analystes mettaient en avant l'âge des candidats, qui n'ont pas connu la guerre. Ce débat leur a-t-il donné une autre stature ?

J. A. : Après avoir traversé cette épreuve, ils vont occuper une position différente au sein de la classe politique. Au cours du débat, chacun a dû se montrer/comporter comme un Président. Leur image a donc certainement évolué depuis le début de la campagne.

LCI.fr : Quel peut être l'impact du débat de mercredi sur le rapport des Français à la politique ?

J. A. : Je ne suis pas en mesure d'évoquer un quelconque effet sur le vote de dimanche prochain. A mon avis, si la mobilisation reste forte et si les débats restent animés pour les législatives, alors on pourra dire que quelque chose a changé. En attendant, il faut rester prudent.

A défaut d'impact, on peut parler de la fonction de ce débat, à savoir être une ressource pour d'autres débats et conversations privées. C'est peut-être un des rares moments où les citoyens peuvent discuter de quelque chose qu'ils ont vu ensemble. Avant, pendant la campagne, la réception était très disséminée : chacun "bricolait" ses connaissances sur les candidats à partir de tracts, d'émissions à la radio ou à la télé... Là, on a affaire à un objet commun. Si l'audience peut être comparée à celle des grands rendez-vous sportifs, c'est peut-être précisément parce que, par sa portée, ce débat entre en écho avec un imaginaire de la Nation et resserre le lien national.

(1) Sur TF1, la demi-finale Portugal-France a réuni 22,2 millions de personnes devant les téléviseurs ; la finale France-Italie 22,1 millions et France-Espagne 19,6 millions. Il s'agit des trois plus fortes audiences réalisées en 2006.

Par Matthieu DURAND le 03 mai 2007 à 17:50
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6 Commentaires

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  • Chris, le 04/05/2007 à 12h53

    La France doit proceder a un virage majeur. Et tout le monde sait que cela ne se fera pas sans douleur, et donc sans agressivite. Il faut esperer que cette campagne qui a ete dure, vindicative et agressive a souhait (et souvent malpropre) aura aide a faire sortir de la vapeur, plutot que d'aller une fois de plus dans la rue, faire tout exploser, couper des tetes et ne revenir au point de depart. Ce n'est pas si sur. Ceci etant, il faut que cela change. Cela prend du courage. C'est le moment ou jamais.

  • Chatenet, le 04/05/2007 à 11h38

    Si les partisan des M.Bayrou ne réagissent pas en faveur de Mme Royal, j'en déduirai que vraiement ils n'ot aucun sens commun, car voter Sarkosy, c'est voter pour les "nanti", les petits et même les revenus moyens se verront encore et encore amputer dans leur pouvoir d'achat. M.Sarkosy dit qu'il est contre "l'assistanat", que va t-il faire des personnes handicapées, invalides, dans la souffrance tant morale que physique, à qui tout emplois est proscrit ? et dont les revenus ne seront pas améliorés, puisque nous sommes des assistés, pour certains encore exonérés d'impôts, mais jusques à quand avec un homme comme lui ,président, moi je ne perçois plus d'apl, car mes revenus dépasseraient le "plafond" de la caf! n'est-ce-pas aberrant: la moitié de ma pension passe dans mon loyer; il souhaite que les"petit" puissent s'acheter leur logement pour ne pas se sentir exclus, quelle ironie, sait-il comme il est déjà difficile de payer son loyer, etc , alors comment acheter son appt hlm, , souvent mal entretenu par les offices, car ils les jugent trop anciens pour les entretenir! pourquoi, même si j'en avais ,par miracle, la possibilité :acheter mon logement avec tant de travaux à effectuer pour l'améliorer, moi , qui par mon statut ne peut plus accéder (heureusement car je m'enfoncerais) Qu'est-ce-que cela changerait si je devenais propriétaire de mon logement hlm: l'environnement serait le même, mon pouvoir d'achat idem et même pire puisque s'ajouterait la taxe foncière. Ce monsieur semble sorti d'une autre planète. Je trouve que Mme Royal, comme beaucoup de personnes autour de moi, s'est montrée humaine surtout lorsqu'lle s'est mise en colère concernant le sujet de l'accès à l'école pour les handicapés, son attitude démontre, outre qu'elle connaissait bien son sujet, qu'un(e) president(e), a le droit de sortir de ses gongs quand il y a injustice

  • Jo, le 04/05/2007 à 06h54

    Je n'ai pas été passionnée par le débats mais davantage par les commentaires qui ont suivi. Nicolas Sarkozy s'est montré trop soucieux de ne pas s'emporter et Ségolène Royal dans une attitude " marketée" proche du ridicule, avec selon moi une pseudo colère calculée qu'elle cherchait à placer depuis un moment.Le débat est parti dans tous les sens, orchestrée par une Madame Royal incantatoire mais creuse, agressive et méprisante .Contrairement à certains commentaires, je pense qu'elle ne menais pas le débat : elle faisait surtout davantage de bruit et d'effets. Certains de ses propos m'ont consternée et je me suis demandée qui devait faire le plus peur des deux. Je ne pense pas que ce débat resserre le lien national .On ne peut se déterminer sur un débat où les idées de fond n'ont été que survolées apr une Ségolène davantage soucieuse de la forme que du fond et un Nicolas délibérement éteint.Cependant le clivage gauche droite et bien apparu.

  • Amadie, le 04/05/2007 à 03h21

    Royale a parlé "pour rien dire" malheureusement, au lieu de donner des réponses claires et concréte elle a touné autour du pot. C'est dommage j'en attendais beaucoup plus de sa part. Mr Sarkozy par contre a pu se focaliser sur des réponses claires et surtout trés concrétes. Même si de base j'ai toujours été de gauche aujourd'hui il m'est trés difficile de l'être avec Mme Royale comme représentante. Ca sera Sarkozy.

  • Vaderetro, le 03/05/2007 à 23h21

    Un debat avec quelqu'un qui plagit des slogans d'extreme droite qui fait ouvertement des menaçes à l'encontre de ceux qui votent contre lui, qui fait la victime alors qu'il "debat" avec une femme somme toute tres sympatique en la meprisant au point qu'il l'ignorait ne s'adressant qu'aux journalistes...Ne resserre et ne sert que la haine.

  • Isabelle, le 03/05/2007 à 23h17

    A vous tous qui considerez que votre nombril-porte monnaie est plus important que l'aide publique: Je vous souhaite d'avoir S Royal comme présidente quand vous serez en position d'être assisté (hier, aujourd'hui ou/et demain). Réfléchissez avant de voter SVP!

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