Premier Conseil des ministres, le 18 mai 2007 © TF1-LCILes petits nouveaux observaient les lambris dorés, les anciens baillaient et s'envoyaient des petits mots voire des sms en cachette... Le Conseil des ministres ancienne formule n'était pas très vivant voire franchement ennuyeux, selon les témoignages. "C'est sûr que ce n'était pas un lieu de débat, confie l'ancien ministre François Goulard, une ambiance solennelle et figée". Les anciens membres des gouvernements ont en souvenir les longues "communications" de leurs collègues, la fameuse "partie C" du traditionnel rendez-vous à l'Elysée. Traditionnellement, le Conseil des ministres est divisé en trois temps : les projets de loi et décrets ("partie A"), puis les nominations ("partie B") et enfin les communications des ministres ("partie C"). "Après la partie C, on avait droit de temps à temps à quelques mots du Premier ministre ou du chef de l'Etat du style : "tout ça est très bien" ", raconte un habitué.
D'un naturel impatient et amateur de débats même vifs, Nicolas Sarkozy a donc voulu rompre avec le côté chambre d'enregistrement du Conseil des ministres. La nouveauté ? L'instauration d'un moment d'échanges entre les ministres, devenue la "partie D". Jean-Louis Borloo, ministre de l'Economie, des Finances et de l'Emploi, a innové mercredi en lançant un débat sur les heures supplémentaires que le gouvernement entend détaxer. L'échange a duré "une bonne vingtaine de minutes", selon la porte-parole du gouvernement. "Il a ensuite donné lieu à des échanges divers d'un grand nombre de ministres", a-t-elle déclaré, précisant notamment que le "transfuge" socialiste Eric Besson, secrétaire d'Etat à la Prospective et à l'Evaluation des politiques publiques, était entré dans la discussion.
"Là, on travaille vraiment"
A la sortie du Conseil des ministres, les ministres paraissaient ravis de la nouveauté. "L'ambiance était extraordinairement dynamique, énergique. Nous avons envie de faire des choses, de les faire ensemble", a témoigné Valérie Pécresse, ministre de l'Enseignement supérieur et de la Recherche. "On s'exprime plus, ça discute beaucoup plus. Il y a un vrai dialogue", a confirmé Christine Lagarde, ministre de l'Agriculture, une "ex" du gouvernement de Dominique de Villepin. "Avant, c'était très académique. Là on travaille vraiment, il y a des échanges", s'est félicitée Christine Boutin, ministre du Logement et de la Ville. "Beaucoup ont pris la parole", a confirmé le ministre du Budget, Eric Woerth, parlant d'un Conseil alliant "beaucoup de simplicité" à "un certain formalisme". "Il y a une vraie liberté de ton", s'est réjouie la ministre de la Culture.
Autre signe de cette rupture de style, Nicolas Sarkozy appelle certains des ministres par leur prénom. Et si le vouvoiement semble revenir à l'école, le tutoiement fait son arrivée sous les dorures de l'Elysée. "Alain" (Juppé) fut quelque peu surpris la semaine dernière, croit savoir le Canard Enchaîné.
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