Bernard Kouchner, candidat au poste de directeur général de l'OMS, en novembre 2006. © Fabrice Coffrini/AFPAlors que les tractations continuent avec autant de vigueur en ce début de semaine, les possibles nominations de personnalités ou d'anciens ministres de gauche dans le 1er gouvernement -qui devrait être annoncé vendredi- de l'ère Sarkozy n'ont pas manqué de faire réagir dans les rangs du PS. Lundi après-midi, Bertrand Delanoë a assuré "ne pas croire" ces rumeurs de ralliement. "On ne peut pas être de gauche et dans ce gouvernement", dit le maire de Paris. "C'est une erreur de penser que ce gouvernement peut mener une politique économique et sociale de gauche", ajoute-t-il.
Pour Laurent Fabius, participer au gouvernement relève de "la responsabilité et la conscience de chacun". La gauche n'est pas "sectaire", mais il faut "une certaine logique", a-t-il souligné sur I-Télé. "Monsieur Sarkozy ne s'est pas caché de vouloir mener une politique de droite. On doit lui reconnaître le mérite d'avoir dit : voilà mes idées, je suis droite, je veux faire cela !", a estimé l'ancien Premier ministre.
"Assumer une politique qu'ils ont combattue"
Jugement plus dur pour Dominique Strauss-Kahn, qui a indiqué lundi matin sur BFM-TV que "chacun était libre" de ses choix, mais pointé le risque d'une "une trahison de soi-même", visant notamment Hubert Védrine et Bernard Kouchner. Pour le député du Val d'Oise, "ce n'est pas obligatoirement la meilleure solution pour quelqu'un qui a été ministre de la gauche, de François Mitterrand, de Lionel Jospin de servir aujourd'hui une politique qui ne peut pas être la même".
L'ancien ministre de l'Economie poursuit : "ou bien on a des convictions - et les deux personnes évoquées en ont - et c'est très difficile de dire qu'avec ces convictions là on va faire le contraire de ce qu'on a dit avant. Ou bien on faisait de la politique sans convictions, et ce serait un peu dérisoire, je ne crois pas que ce soit le cas", a-t-il expliqué.
"Une droite, qui, sous le masque de l'ouverture, reste dure"
Claude Bartolone a de son côté souligné que les personnalités de gauche qui accepteraient d'entrer dans le gouvernement "auraient à assumer les politiques sociales, les politiques économiques" de la nouvelle majorité. "S'ils acceptent, c'est qu'ils arrivent à gérer des contradictions et ont la colonne vertébrale très souple".
Toujours au PS, Jean-Christophe Cambadelis a mis en garde les candidats de gauche à un portefeuille ministériel : s'ils entrent au gouvernement, "ils passent à droite. Une droite, qui, sous le masque de l'ouverture, reste dure. Ils auront à assumer une politique qu'ils ont eux-mêmes combattue".
Pour le député socialiste européen Benoît Hamon, l'entrée d'hommes de gauche au gouvernement porterait "un sale coup" au Parti socialiste. "S'ils le font, cela les amènerait à quitter la gauche", poursuit-il. Pour l'élu européen, l'objectif de Nicolas Sarkozy est simplement de "réussir au débauchage d'un ancien ministre de gauche". Il a toutefois relevé qu'il s'agirait d'un "phénomène assez marginal" car ces deux personnalités, de même que Claude Allègre, également contacté par le président, n'étaient "pas très investies dans la vie collective du PS".
En 1959, un ministre de gauche dans un gouvernement de droite |
Dans l'histoire de la Ve République, il n'y a eu qu'un seul précédent de ministre de gauche dans un gouvernement de droite : c'était en 1959, lorsqu'André Boulloche a réjoint le gouvernement de Michel Debré comme ministre de l'Education nationale. Compagnon de la Libération, ancien déporté, il était membre de la SFIO à sa nomination avant d'être mis en congé du parti. Une autre personnalité de gauche avait également été nommée dans ce gouvernement mais n'était pas encarté dans un parti : Pierre Sudreau avait pris le portefeuille du ministère de la Construction. André Boulloche démissionna du gouvernement en décembre 1959, à la suite de son désaccord avec un projet de loi en faveur de l'enseignement privé. Quant à Pierre Sudreau, il quitta le gouvernement en 1962 en raison de son hostilité à l'élection du président de la République au suffrage universel. |
Retour MYTF1
Chargement en cours...





