Pourquoi l'entente cordiale entre Sarkozy et Delanoë

Par , le 25 mai 2007 à 11h17 , mis à jour le 25 mai 2007 à 11h36

La réception jeudi en l'honneur du chef de l'Etat à l'Hôtel de Ville a montré deux hommes d'une même génération dont les intérêts peuvent s'épouser quelque temps.

TF1 / LCI Nicolas Sarkozy et Bertrand Delanoë à la mairie de Paris, le 24 mai 2007Nicolas Sarkozy et Bertrand Delanoë à la mairie de Paris, le 24 mai 2007 © LCI

Même ambition comme moteur, même énergie dans leur fonction, même parcours atypique. Nicolas Sarkozy et Bertrand Delanoë ont des points communs et des amitiés communes : Pascal Sevran, Arnaud Lagardère, Line Renaud ou le président du Stade français Max Guazzini. "Les voir côte à côte aujourd'hui, vingt ans après les avoir rencontrés Chez Dalida, c'est émouvant", confie le créateur du fameux calendrier des "Dieux du stade". Les voir remonter ensemble et tout sourire la grande salle des fêtes de l'Hôtel de Ville, c'est une image qu'auront sûrement retenue les centaines d'invités à ce rite républicain.

Le maire de Paris est-il allé au-delà d'une courtoisie de mise dans ce genre de réception ? "Ce n'est pas de la complicité entre deux hommes qui restent des opposants politiques mais on peut être républicain et digne, glisse Anne Hidalgo, première adjointe au maire de Paris. Personnellement, je ne crois pas à l'ouverture de Nicolas Sarkozy". Et pourtant, cette "ouverture", il en sera encore question dans le discours du chef de l'Etat, un leitmotiv depuis dix jours. "Monsieur le maire de Paris, voyez donc en moi le président de tous les Français comme je vois en vous le maire de tous les Parisiens et travaillons ensemble dans un esprit d'ouverture et de tolérance", lance le locataire de l'Elysée, promettant des "initiatives" après les législatives.

"En 2005, l'échec des JO 2012 a cassé le plan de Bertrand"

Plusieurs fois pendant leur allocution, les deux hommes se tournent l'un vers l'autre. Sourires de compréhension, mouvements de tête approbateurs, sous-entendus à décrypter, ce que tentent certains. "Ils ont joué au chat et à la souris, avance un adjoint Vert de la ville. Sarkozy ne semble pas avoir comme priorité de redonner Paris à la droite. C'est un instrument de pouvoir à ne pas mettre en toutes les mains. Et puis il sait que Panafieu ne réussira pas". La candidate UMP désignée par les militants parisiens affiche, elle, sa confiance : "J'ai le soutien de Nicolas et il a raison de pratiquer l'ouverture, et puis ce n'était pas le moment dans cette cérémonie de penser à autre chose..." Autre chose ? Les municipales prévues à l'automne 2008, un automne chargé avec également dans les tablettes un congrès du PS qui va devoir se trouver un nouveau leader.

Nicolas Sarkozy et Bertrand Delanoë ont leur calendrier en tête, leurs intérêts en vue. A court terme, l'ouverture vantée par le président vise à "casser" la gauche, déboussolée au point de passer par pertes et profits la bataille des législatives. A plus long terme, son adresse très aimable au maire de Paris replace ce dernier sur le devant de la scène, après deux années moroses et silencieuses. "En 2005, l'échec des JO 2012 a cassé le plan de Bertrand : s'appuyer sur ce succès pour affirmer ses ambitions nationales. Aujourd'hui, la crise de la gauche lui offre une fenêtre de tir, il ne va pas rester inerte", explique un élu socialiste.

"Une exigence de professionnalisme"

Même analyse d'un député sarkozyste de la capitale : "Nicolas le pousse habilement dans le jeu de quilles des éléphants. Libéré de la tutelle de Jospin, Delanoë va très vite jouer sa carte et compliquer encore un peu plus celles du PS". Avant les municipales ? "Coïncidence" utile, une longue interview du maire à L'Express (bien calée comme disent les journalistes) donne la réponse : "Qu'est-ce qui nous empêche de mettre en route la machine à fabriquer de l'intelligence collective ? On peut entamer dès l'automne 2007 la régénérescence de notre logiciel !". Traduction, Ségolène Royal, DSK et Laurent Fabius vont devoir compter avec Bertrand Delanoë, peut-être auréolé d'une nouvelle victoire municipale l'an prochain. Et lorsqu'il évoque un combat, le maire de Paris prend un modèle : "Il existe aujourd'hui une exigence de professionnalisme, la campagne de Nicolas Sarkozy l'a montré". Les sourires des deux hommes en cette journée très républicaine s'expliquent finalement aisément.

Par Renaud Pila le 25 mai 2007 à 11:17
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8 Commentaires

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  • Baptiste 81, le 25/05/2007 à 17h25

    Le jeudi 21 mai 1981 le président mitterand rend vsite au maire de Paris Jacques Chirac et au retour déclare à jacques Attali : "L'Etat doit toujours se méfier du maire de Paris : N'oubliez jamais Etienne Marcel" Verbatim page 23)

  • Vastre, le 25/05/2007 à 17h14

    Monsieur Delanoë a toujours fait preuve de bon sens et de tolérance. Il est un socialiste assez différent des autres et beaucoup moins sectaire. En celà, tout le monde peut le supporter et écouter attentivement ses avis qui sont souvent empreints d'un "paysanisme" parisien que chacun peut comprendre. Nul n'est obligé d'approuver mais il faut néanmoins l'entendre. Vu de la province lointaine, on n'a rien à faire de Monsieur Delanoë mais on le respecte.

  • Jean-pierre, le 25/05/2007 à 15h48

    Entre hommes intelligents on se comprend toujours ...DELANOE n'est pas BAYROU ...

  • Ll, le 25/05/2007 à 15h17

    Heu... ça coûe combien ce genre de réception et qui paie??

  • Claude, le 25/05/2007 à 14h19

    Ce n'est pas parce que l'on a des idées divergentes que l'on doit être ennemis , il faut faire preuve d'intelligence , apparemment ce n'est pas donné à tout le monde ("vous êtes exclu du PS"). Ma voisine est de droite et son mari de gauche et pourtant ils sont mariés et vivent ensemble , et ce n'est pas une fable , un (petit) exemple !

  • Bertj, le 25/05/2007 à 14h14

    Cela ne m'étonne pas du tout qu'ils s'entendent. Je ne voterai pas Delanoë aux municipales car je ne suis pas du tout d'accord avec sa politique pour Paris MAIS c'est quelqu'un de respectable, qui ne profère pas de propos blessant ni stupide. Il contraste beaucoup avec Hollande et ses compères...

  • Candide niort, le 25/05/2007 à 13h42

    Jusqu'à provoquer l'union sacrée.... !L'ump sera difficile à battre en juin !

  • Magiera, le 25/05/2007 à 13h42

    Et pourquoi deux hommes intelligents ne devraient-ils pas "s'entendre"?On peut etre de gauche pour l'un et de droite pour l'autre et regarder dans la meme direction pour le bien du pays.Ca ne va faire mal qu'aux anciens du ps qui sont sectaires et réfractaires à toute ouverture.

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