Nicolas Sarkozy et François Fillon sur le perron de l'Elysée, jeuid matin © TF1/LCILCI.fr : Nicolas Sarkozy est-il un hyperprésident ?
Guy Carcassonne : Oui mais il faut préciser les choses. Cette hyperprésidence est conforme au style de Sarkozy, à sa personnalité et à ses choix. Mais il faut nuancer car ce n'est pas le premier président à être aussi présent, puissant, actif. D'autres l'ont été au moins autant, voire plus, dans le passé. Dans les vingt dernières années, on avait perdu l'habitude d'un président aussi actif et interventionniste.
Je fais référence par exemple à Pompidou, un chef de l'Etat extrêmement présent et intervenant dans tous les domaines. Moins d'un mois après son élection, il tenait sa première conférence de presse. Je pense aussi à Giscard qui avait été le premier à adresser des "directives" très précises au gouvernement. Aujourd'hui, lorsque Nicolas Sarkozy veut donner des feuilles de route au gouvernement, ce n'est pas une innovation. François Mitterrand a également, au début de son premier mandat, très sensiblement étoffé l'Elysée, avec des collaborateurs très présents sur tous les dossiers. Il centralisait les décisions importantes.
LCI.fr : Dans ce nouveau schéma, quelle place peut tenir le Premier ministre ?
G.C : Comme toujours, une place très inconfortable. Elle l'est peut-être un peu plus pour François Fillon. Mais le rôle du Premier ministre reste déterminant. Malgré son activisme, le chef de l'Etat ne peut juridiquement pas faire grand-chose tout seul. Il doit passer par le Premier ministre. C'est ce dernier qui a l'initiative des lois et c'est lui qui signe les décrets. Même un président très interventionniste ne peut pas se passer de l'intervention du chef du gouvernement.
LCI.fr : Qui va jouer alors le rôle classique de "fusible" assigné au Premier ministre, en cas de crise sociale ou politique ?
G.C ; Aux premières difficultés rencontrées par le pouvoir, ce qui devrait finir par se produire tôt ou tard, le président de la République redécouvrira les vertus du fusible. Il sera le premier à être enchanté de se rappeler de ce "rôle" du Premier ministre.
LCI.fr : Face à la puissance de ce président de la République, comment rééquilibrer les pouvoirs ? C'est la mission du parlement, pourtant déjà très affaibli ?
G.C : De toute façon, le rééquilibrage entre le pouvoir exécutif et le pouvoir législatif est nécessaire, même en l'absence d'hyper-présidentialisation. Mais je ne vois pas comment on peut rééquilibrer avec un parlement vide... Aussi longtemps que l'on ne trouvera pas les moyens de faire revenir siéger les députés à l'Assemblée nationale durant les sessions, de leur faire exercer les pouvoirs considérables dont ils disposent, rien ne sera possible.
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