C'est sur cette scène et sur ces dernières notes que s'achève le congrès du parti. © TF1/LCILCI.fr : Selon vous, comment doit s'organiser maintenant la direction de l'UMP ?
Yves Jégo : Je ne connais pas encore le contenu de la réforme des statuts confiée à Jean-Pierre Raffarin. Mais j'espère que le fondement démocratique de l'UMP qui a assis le pouvoir sur l'élection démocratique par les militants ne sera pas sabordé et que l'on évitera les querelles de personnes. Tous les talents doivent pouvoir s'exprimer, dans une sorte de direction collégiale.
LCI.fr : On semble passer d'un président à un secrétaire général, Patrick Devedjian, c'est une formule qui n'est pas collégiale...
Y.J : Mais aujourd'hui, nous sommes dans une phase de transition, jusqu'au congrès à l'automne. Ce n'est pas une formule qui est viable à terme. A terme, il faut qu'il y ait une forme d'élection d'un organe de direction qui soit issu du suffrage universel des militants. Si on perdait le lien avec nos adhérents, ce serait un recul. Mais je pense que Jean-Pierre Raffarin aura à cœur de bâtir un dispositif moderne qui permette aux militants de choisir.
LCI.fr : François Fillon se pose en chef de campagne, Nicolas Sarkozy est plus en retrait. Est-ce une bonne chose ?
Yves Jégo : Je ne suis pas sûr que le chef de l'Etat sera en retrait pendant cette campagne législative. Il aura l'occasion de faire part aux Français de ses souhaits mais c'est légitime que le Premier ministre soit celui qui porte la campagne. Il eut été normal que ce fût le président de l'UMP mais il est devenu le président de la République donc la légitimité du Premier ministre ne pose pas de questions. Quoi qu'il en soit, Nicolas Sarkozy ne restera pas inactif dans cette campagne.
LCI.fr : Les réformes sont lancées toutes en même temps. Est-ce la bonne méthode ?
Y.J : Oui car les Français attendent que l'on mette le pays en mouvement. Dans le passé, on a trop souvent étalé les réformes les unes derrières les autres. C'est sans doute une des raisons de leur échec. Si l'on demande aux Français un effort collectif, tout le monde sachant que le voisin fait les mêmes efforts que lui, alors on a des chances de réussir. Et ce d'autant plus si l'on s'appuie sur une base politique la plus large possible. En ce sens, le gouvernement d'ouverture donne l'image d'une équipe qui ressemble au pays et c'est très important pour conduire autant de réformes à la fois.
Il faut que le pays sente que les efforts demandés à telle ou telle catégorie ne sont pas isolés. Prenons l'exemple du CPE. Son échec s'explique par l'impression que l'on demandait à la jeunesse des efforts que l'on ne demandait pas à ceux qui conservaient des régimes de retraite privilégiés. Il faut une réforme profonde, même si elle est douce. Ou alors on continue à réformer au fil de l'eau et on connaîtra les mêmes échecs que depuis trente ans.
LCI.fr : Nicolas Sarkozy est sur tous les fronts. N'y a-t-il pas un risque qu'il soit le "fusible" lorsque les difficultés arriveront ?
Y.J : Le chef de l'Etat assume devant les Français cette implication. Il a dit avant les élections ce qu'il ferait. Il n'est pas un président arbitre mais un président acteur. A force de vouloir se protéger, beaucoup de présidents de la République n'ont abouti qu'à une chose : ne pas agir. Nicolas Sarkozy n'a pas le souci de se protéger, c'est une stratégie. Il nous l'a souvent répété : "je ne veux pas être un président élu pour durer mais pour agir. Je serai en première ligne".
LCI.fr : Toutefois, à un moment donné, il va forcément devoir être plus en retrait, "resacraliser" la fonction...
Y.J : Je ne suis pas sûr qu'être en première ligne désacralise la fonction. Vous savez, les généraux qui restaient dans les châteaux tandis que les lieutenants se faisaient tuer à la guerre n'ont jamais connu la gloire de l'histoire. Il est des moments où le général doit être à la tête de ses troupes. Après dans le dosage, c'est sûr que le chef de l'Etat ne doit pas régler tous les détails.
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