Ségolène Royal lors du débat avec Nicolas Sarkozy le 2 mai 2007 © TF1/LCILCI.fr : Comment avez-vous trouvé le débat de jeudi soir ?
J'ai trouvé que l'échange n'était pas très structuré, on aurait pu espérer plus de fond. J'ai trouvé notamment que Ségolène Royal fuyait le débat de fond. Il y a deux solutions pour un exercice de ce type. Soit vous faites un débat très dynamique, qui bouge, et qui se fait au détriment du fond. Soit vous faites un dialogue avec des longs tunnels, mais on peut espérer un vrai débat d'idées. Là, il y a eu à la fois de longs tunnels mais finalement peu de sujets abordés en profondeur, notamment de la part de Ségolène Royal.
LCI.fr : Sur la question du nucléaire, n'avez-vous pas été déçue par les erreurs commises par les deux candidats ?
Il y a eu une ambiguïté sur le sujet. Ségolène Royal a essayé, comme à plusieurs moments du débat, de coincer Nicolas Sarkozy en lui posant une question sur un ton très agressif : la part du nucléaire dans la consommation d'éléctricité française ? La suite du débat a montré qu'elle était très loin de la réalité.
J'ai regretté que les journalistes n'interviennent pas pour remettre le sujet à son juste niveau. Les erreurs de chiffres, ce n'est pas l'essentiel. Ce qui est important, c'est l'incohérence des choix politiques. Dire que l'on ne va pas faire l'EPR car on va mettre le paquet sur la 4ème génération, c'est-à-dire sur les surgénérateurs, après avoir fermé Superphénix en 1997, c'est incohérent. Là, Ségolène Royal a annoncé en quelque sorte sa réouverture. Nicolas Sarkozy n'a pas relevé cette affaire de Superphénix. Et les journalistes n'étaient pas particulièrement spécialisés sur le sujet. Ils n'ont pas relevé l'incohérence.
Nicolas Sarkozy a lui dit clairement qu'il allait poursuivre la politique du nucléaire car il pense que c'est une chance pour la France, aussi bien du point de vue économique qu'écologique. C'est ça le vrai débat qu'il fallait faire ressortir.
LCI.fr : Sur la forme, avez-vous été surprise par la pugnacité de Ségolène Royal ?
J'ai été plus surprise par l'agressivité de Ségolène Royal que par sa pugnacité. A plusieurs moments, on a eu l'impression qu'elle était venue pour provoquer Nicolas Sarkozy. La qualité du débat y a beaucoup perdu.
LCI.fr : A trois jours du vote, que diriez vous aux électeurs de François Bayrou qui hésitent encore entre les deux candidats ?
On peut adhérer ou non à telle ou telle partie du projet de Nicolas Sarkozy. Je comprends que l'on puisse avoir des différences d'appréciation. Mais la France ne peut pas rester comme elle est. On a besoin que ça bouge. On a besoin de changement avec quelqu'un qui tienne la barre. Seul Nicolas Sarkozy a envie de faire changer les choses. Et c'est le seul qui a travaillé les sujets avec une idée précise de là où il veut aller.
Ce qui m'a le plus frappé dans ce débat, c'est l'absence de clarification de Ségolène Royal sur de nombreux sujets, comme les 35 heures. Il y avait un vrai manque de contenu, que l'on finit par assimiler à un manque de travail. Le débat devait être le moment de clarification.
Les clivages traditionnels entre droite et gauche ont volé en éclat pendant cette campagne. Le partisan du mouvement, c'est Nicolas Sarkozy, alors que Ségolène Royal, c'est le conservatisme. Je l'ai trouvée très liée au programme du PS jeudi soir, plus que dans d'autres débats.
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