Ségolène Royal s'adresse aux militants réunis devant le siège du Parti socialiste, rue de Solférino (6 mai 2007). © TF1-LCISégolène Royal ou l'anti-Jospin. En 2002, l'ancien Premier ministre avait réagi à sa défaite en se retirant de la vie politique. En 2007, Ségolène Royal arbore au soir du second tour le sourire d'une gagnante et une énergie intacte, malgré un échec sévère. En ne recueillant que 47,3% des voix, la candidate socialiste n'a pas réussi à mener son camp à la victoire. Mais s'apitoyer sur son sort n'est pas son genre. Elle préfère contempler le chemin parcouru depuis un an et savourer une campagne menée au pas de charge, malgré les chausses-trapes de ses adversaires ou "amis".
Elle et ses proches sont persuadés d'avoir réussi à plus changer la gauche en quelques semaines que les éléphants du PS en cinq ans. Son audace d'avoir tendu la main au centre de François Bayrou, elle ne le regrette pas. Son aplomb face au redoutable débatteur Nicolas Sarkozy lors du débat de second tour, elle en est fière. Dimanche à midi, elle a confié quelques regrets : les moqueries de quelques barons socialistes, cela a alimenté, dit-elle, "la petite musique : elle est pas compétente" et le passage d'Eric Besson du PS vers le camp Sarkozy, "ça a fait beaucoup de remugles".
Mais battue par Nicolas Sarkozy, Ségolène Royal entend garder la "niaque" et surtout ne pas se faire voler le chantier de la rénovation socialiste. Aussi a-t-elle choisi de parler la première dimanche soir, dès l'annonce des premiers résultats. Pas question de laisser son compagnon François Hollande ou ses rivaux de la primaire occuper le devant de la scène. Quelques minutes plus tard, devant plusieurs centaines de militants socialistes, elle a pris la parole au micro pour délivrer son message : "tous ensemble, nous allons continuer ce mouvement, cette extraordinaire campagne (...) Je compte sur vous, restons debout !'. Telle une passionaria qui a appris à aimer le contact avec la foule, elle a ensuite clamé "tous ensemble, tous ensemble", les militants lui répondant : "ouais, ouais !". Avec un ton très combatif, elle a adressé des signes aux "militants socialistes mais aussi à tous les autres militants de la gauche et de l'écologie, ceux de Désirs d'avenir, et au-delà toutes celles et ceux qui se sont unis dans le mouvement". Interrogée peu après, elle martelait encore : "je suis portée par un élan" et "je reste debout et solide pour les étapes".
Gagner le prochain combat
Au même moment, sur les plateaux télé, son fidèle directeur de campagne Jean-Louis Bianco confirmait que Ségolène Royal serait en "première ligne "dans la bataille des législatives. De son côté, son conseiller spécial Julien Dray affirmait qu'il y avait dimanche soir "une figure authentique qui rassemble aujourd'hui la gauche, c'est notre candidate". Et d'affirmer que déjà de nombreux députés socialistes ont demandé à Ségolène Royal de venir les soutenir lors de la campagne des législatives. Toutefois, deux des éléphants du parti, qui représentent des sensibilités différentes, Dominique Strauss-Kahn et Laurent Fabius, ont ainsi pris date pour la suite, plaçant le premier secrétaire François Hollande sur la sellette. Et les jospinistes réclament "un nouveau dispositif" pour conduire la bataille des législatives.
Mais à travers toutes ses déclarations dimanche soir, la présidente de Poitou-Charentes laisse clairement entendre qu'elle entend prendre la tête de l'opposition à Nicolas Sarkozy. Elle finit sa campagne comme elle l'a commencée : pied au plancher. Après des milliers de kilomètres parcourus, des centaines de réunions publiques, d'interviews et de débats de toutes sortes, Ségolène Royal a pris goût au combat et ne raccrochera pas. "Avec moi, la politique ne sera plus jamais comme avant", aimait-t-elle à dire dans ses meetings, comme Nicolas Sarkozy. Son rival installé à l'Elysée, elle veut plus que jamais prouver aux autres et à elle-même qu'elle seule peut poursuivre la transformation idéologique de la gauche.
Si elle ne ressemble pas au Jospin de 2002, elle doit penser au fond d'elle-même au Jospin de 1995. Battu alors par Jacques Chirac avec 47,36% des voix, c'est pourtant lui qui mena et gagna la bataille des législatives en 1997. Cinq ans plus tard, il défendait les couleurs de la gauche à la présidentielle. Avec cette campagne, Ségolène Royal est entrée dans la cour des grands fauves de la politique. Leur point commun n'est-il pas de penser dès le soir de la défaite aux moyens de gagner le prochain combat ?
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