La "scolarisation alibi" des enfants handicapés

Par Matthieu DURAND, le 03 mai 2007 à 12h17 , mis à jour le 03 mai 2007 à 18h58

L'école accueille plus d'enfants handicapés mais dans des conditions déplorables, selon le vice-président d'une association de parents. Cette question a été abordée mercredi soir lors du débat entre Nicolas Sarkozy et Ségolène Royal.

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Enfants handicapés : ce qu'il en est vraiment

Le débat entre Ségolène Royal et Nicolas Sarkozy a permis de mettre en lumière la scolarisation des enfants handicapés. Une question qui a donné lieu à une vive passe d'armes entre les deux candidats. Nicolas Sarkozy a proposé que les tribunaux puissent traiter les plaintes ("le droit opposable") de parents ne pouvant pas faire garder leurs enfants. "Je propose 100 % d'accueil des enfants handicapés à l'école et le droit opposable sera une solution à cela", a déclaré le candidat de l'UMP.

Qualifiant la démarche de son adversaire de "scandaleuse" et d'"immorale" (cliquez ici pour regarder la vidéo), Ségolène Royal a rétorqué qu'elle avait créé le Plan Handiscol (1), favorisant la scolarisation des enfants handicapés, qui s'est accompagné de la création de "7000 postes d'auxiliaires d'éducation". Postes qui, selon elle, ont été supprimés par le gouvernement auquel appartenait Nicolas Sarkozy. "Moins d'un enfant [handicapé] sur deux n'est plus accueilli dans les écoles" par rapport cinq ans plus tôt, a-t-elle affirmé.

Loi du 11 février 2005

Des propos "totalement dénués de fondement", selon Gilles de Robien, ministre UDF de l'Education nationale. "Le nombre d'élèves handicapés accueillis dans le système éducatif a pratiquement doublé entre la rentrée 2002 et la rentrée 2006", a-t-il affirmé jeudi : "Aujourd'hui, 20.000 élèves handicapés bénéficient d'un accompagnement individualisé. Ils étaient 4.000 en 2003". Il a souligné que le "retard dans l'accueil des handicapés à l'école" était un "héritage socialiste".

Luc Chatel et Valérie Pécresse, porte-parole de l'UMP, ont par ailleurs rappellé que "c'est la loi du 11 février 2005, votée à l'initiative du gouvernement de Jean-Pierre Raffarin, qui a prévu l'inscription automatique des enfants handicapés dans l'école de leur quartier". Et d'ajouter : "Entre 2002 et 2007, le nombre d'enfants handicapés scolarisés est passé de 89.000 à 160.000", affirment-ils. Nicolas Sarkozy avait pour sa part évoqué "trois fois plus d'enfants handicapés à l'école qu'à l'époque" de Ségolène Royal.

"Depuis ce matin, j'entends des chiffres qui me font bondir. C'est affligeant !", déclare à LCI.fr Stephen Creton, vice-président de C'est mon école à moi aussi, association de parents qui milite pour la scolarisation des enfants handicapés ou "porteurs de maladies invalidantes". "Il y a plus d'enfants handicapés inscrits à l'école mais il faut voir dans quelles conditions", pointe-t-il. Les auxiliaires issus d'associations qui s'occupaient de ces enfants ont été remplacés par "des auxiliaires d'Etat, moins nombreux et pas formés", assure ce médecin urgentiste, père de deux enfants handicapés. "Il ne doit pas y en avoir plus de 500 pour 20.000 enfants", estime-t-il.

Dans certains cas, l'accompagnement est assuré par "des chômeurs de longue durée, sans aucune compétence dans ce domaine, payés une misère, à qui l'on propose un contrat d'un an renouvelable une fois", poursuit Stephen Creton. Par ailleurs, "les enfants handicapés passent entre une et trois heures par semaine à l'école, six s'ils ont de la chance", déplore-t-il. "C'est ce que j'appelle une scolarisation alibi", poursuit-il. Conséquence : les enfants ne parviennent pas à rester au niveau, "donc, ils dégagent".

"Constat d'échec"

Selon Stephen Creton, 150.000 enfants handicapés français seraient ainsi scolarisés en Belgique grâce à des financements publics français. "C'est très difficile d'avoir des chiffres officiels", reconnaît-il. "Je connais une famille dont le gamin de 6 ans est en internat en Belgique, à 600 km de chez lui. En internat, à 6 ans ! C'est honteux !", s'emporte-t-il. Aussi comprend-il "la colère de Ségolène Royal". 

Quant à passer devant les tribunaux pour faire valoir ses droits, comme le souhaite Nicolas Sarkozy, il s'agit d'un "constat d'échec". "Les premières années d'école sont primordiales, explique Stephen Creton. Le temps de passer devant le tribunal, il sera déjà trop tard, la vie du gamin sera déjà foutue."

L'association C'est mon école à moi aussi avait interpellé les candidats à la présidentielle sur cette question. Aucun d'entre eux ne leur avait répondu. Le 24 juin prochain, ils avaient donc prévu de manifester à Werwicq, dans la banlieue lilloise. Le tracé du parcours est hautement symbolique puisqu'il débute devant l'inspection académique pour se terminer à la frontière belge. Stephen Creton espère que Nicolas Sarkozy et Ségolène Royal se joindront à la marche.

(1) Ségolène Royal était alors ministre déléguée à la famille, à l'enfance et aux personnes handicapées dans le gouvernement Jospin (mars 2000-mai 2002).

Par Matthieu DURAND le 03 mai 2007 à 12:17
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47 Commentaires

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  • Maman d'un enfant handicapé, le 08/05/2007 à 10h50

    Je souhaiterai repondre à Val, Lyon . Peutre qu'il manque des choses à l'ecoles pour les enfants dit normaux et encore ceci sera à definir quand il seront grand . Je pense que vous avaez certainement oublier votre scolarite mais ils font 2 fois plus de choses qu' avant ( sortis , activité ect ). A pres le pb de scolarite pour les personnes handicapées n'est qu'un point noir car il manque aussi une vrai prise en charge quand nous voyons des enfants dit normaux aller en orthophonie car ils ne savent pas lire , il faudrait voir où il ya un pb. La prise en charge de ses enfants est mauvaise , l'ouverture des mentalités des institutions est zero en même temps, un certain nombre des ses institutions dependent de l'education nationnal . Alors le grand menage pour nos enfants avec ou sans handicap, c'est une mutation du systeme scolaire et un nettoyage des personnes qui travaillent pour ce ministere qui sont restés dans les années 50 ans . Le probleme de la on avancés ne vient de la société mais plut^t du confort de certaine personne et de nié leur incompetence. L'ecole offre beaucoup plus qu'avant et peut trop. mais une chose n' a pas changé depuis 30 ans c'est l'incompetence de certaine personne . Quad un systeme est engrainé c'est trés difficile de faire du menage car il infecte les nouveaus arrivés et si ils ne suivent pas , ils vont au placard.

  • Catherine.garraud, le 05/05/2007 à 23h26

    Je suis la maman d'un jeune de 25 ans, Jean-christophe, handicapé mental et la mamie d'un petit bonhomme, Benjamin, de 8 ans handicapé mental aussi. Je me rapelle des difficultés pour faire admettre qu'il y avait un truc qui clochait chez mon fils et ensuite pour qu'il soit scolarisé dans un établissement adapté. il a changé d'école pratiquement tous les ans et jusqu'à 14 ans a surtout dormi et dessiné au fond des classes. Pour Benjamin, ça a été totalement différent. le handicap étant plus médiatisé, il a été mieux accepté. la prise en charge a été faite pendant les années de maternelle et à 7 ans, Ben a intégré une CLIS où il est bien entouré, les transports sont assurés par un mini bus municipal avec les copains de sa classe et des 3 autres CLIS de la ville. Ben est heureux alors que Jean-christophe était mal dans sa peau. Ce n'est peut-être pas rose, mais on ne peut pas dire que rien n'a avancé. pour le handicap physique dans la vie courante, je suis atteinte de Slérose en plaques et là aussi, il y a eu des progrès. Que Madame Royal s'informe avant de dire (plutôt "hurler"!)n'importe quoi, ça sera mieux pour tout le monde merci de faire paraitre mon message

  • Adir, le 05/05/2007 à 20h15

    C'est alors qu'elle était Ministre Délégué à l'Enseignement Scolaire que Ségolène Royal a mis en place le plan Handiscol en 1999. Ce plan a relancé très fortement l'intégration scolaire des enfants en situation de handicap grâce à un ensemble de mesures intelligentes (voir la Circulaire n° 99-181 du 10-11-1999 - BO du 25-11-1999), mesures qui ont été prises en concertation avec tous les partenaires. Mais il faut ajouter que c'est elle aussi qui a initié la préparation de la réforme de la "loi d'orientation du 30 juin 1975 en faveur des personnes handicapées" qui devait par la suite aboutir à la nouvelle loi promulguée en 2005. Il est vrai que le parti socialiste a voté contre cette loi mais c'est parce qu'il estimait, à juste titre, qu'elle était bien en retrait par rapport à ce que Ségolène Royale avait commencé à préparer avec les associations représentatives des personnes en situation de handicap (que la droite contre l'avis de tous a tenu à qualifier de personnes handicapées, expression considérée comme stigmatisante et dépassée par les associations et tous ceux qui s'y connaissent un peu dans le domaine).

  • Franck, le 05/05/2007 à 00h40

    Ce n'est pas étonnant, la france aime bien les beaux parleur, ceux qui savent tout et ont tout fait. c'est dommage pour la France que Ségolène ait été handicapée par ses amis elle aussi ne trouve pas et ne peut pas prouver sa classe. C'est au pied du mur que nous jugerons le maçon Sarkosy. Vivement 2012.

  • Jack, le 05/05/2007 à 00h06

    Comme d'habitude, l'analyse est incomplète : de quel handicap parle t-on ? moteur ? ce sont des chiffres, il n'y a rien derrière. Et ces parents qui souffrent d'avoir des enfants handicapés mais qui voudrait que seul l'état assure TOUT, je ne suis pas d'accord, ils doivent aussi participer à la vie de leur enfants. Ce n'est pas de la faute des parents, soit. mais pas non plus de l'état. Ils doivent participer mais accepte mal en fait cet état. Je crois que quoiqu'on fasse, ces parents ne seront jamais content ! Pour en revenir à la politique, Sarko n'est pas responsable de ce changement (si réel car avec la gauche, les mensonges pleuvent). Et s'il a l'intention d'améliorer cela, moi je le crois capable.

  • Vastre, le 04/05/2007 à 16h47

    Il n'est pas abusif de dire que le problème des handicapés est sous estimé en France. Les politiques, à quelques exception près, sont condescendants et font mine de faire avancer le problème. Seuls quelques uns sont un peu plus motivés et réalisent des acions efficaces mais symboliques. Tous soutiennent les initiatives des associations. Mais ce n'est pas suffisant. Un spectacle médiatique annuel ne suffit pas à dédouanner les guignols de la politique.

  • Nymus Arnaud, le 04/05/2007 à 14h53

    Plus de 80% des parents sont satisfaits de la prise en charge de leur enfant handicapé (Revuehand / Le 24 avril 2007) "La DREES publie une étude sur « l?appréciation des parents sur la prise en charge de leur enfant handicapé » réalisée d?après l?enquête Trajectoires des enfants passés en commission départementale d?éducation spéciale réalisée en 2004-2005. Globalement, les parents ont une opinion positive des prises en charge médicales, sociales et éducatives de leur enfant en situation de handicap (80 à 90 % de taux de satisfaction)." Source : http://revuehand.canalblog.com Lien : http://revuehand.canalblog.com/archives/2007/04/24/index.html Etude (format pdf) : http://www.sante.gouv.fr/drees/etude-resultat/er565/er565.pdf N° 565 ? mars 2007 L?appréciation des parents sur la prise en charge de leur enfant handicapé D?après l?enquête Trajectoires des enfants passés en commission départementale d?éducation spéciale réalisée en 2004-2005, les parents ont une opinion globalement positive des prises en charge médicales, sociales et éducatives effectives de leur enfant en situation de handicap (80 à 90 % de taux de satisfaction). En matière de scolarisation, les classes ordinaires sont plus appréciées par les parents que les classes en établissement médico-social. Concernant l?accueil médical, les prises en charge en hôpital dans les services psychiatriques sont moins appréciées que les autres. De même, les parents ont été moins satisfaits des prises en charge de leur enfant dans les établissements médico-sociaux traitant de polyhandicap et pour jeunes avec des troubles du caractère. À travers tous les types de structures proposées, les parents se sentent plus satisfaits lorsque les professionnels les impliquent, que ce soit dans le domaine médical ou social. Cette implication doit être effective au moment de la prise en charge de leur enfant et tout au long de l?accompagnement.

  • Kruppa, le 04/05/2007 à 14h02

    Oui , il faut batatailler jour après jour pour que son enfant autiste soit pris en charge dans l'école de la république, meme un maire médecin refuse un enfant dans une crèche de sa ville, merci à l'association autisme....

  • Deb, le 04/05/2007 à 12h09

    Je m'adresse à Val de Lyon. Comment osez-vous dire que les enfants handicapés ne devraient pas être à l'école? Quel racisme!!! Ma fille est handicapée, et elle réussie très bien à l'école grâce à des prises en charges appropriées (elle est même tête de la classe en maths, géo et sciences). Qui est vous et que savez vous des handicaps pour déclarer que les enfants handicapés n'ont pas le droit à l'école? La France est très en retard par rapport aux droits des handicapés (voir les condanmations de la France par le Conseil de l'Europe)... Pourquoi un tel haine et un tel peur de la différence?????

  • Bahbah, le 04/05/2007 à 11h28

    Je revien sur une injustice: sur 160000 enfants scolarisés, sont comptabilisés des enfants en ime et seulement 20000 sont accompagnés en école "normale". La plus part 6h/ semaine !!!!!!!! Elle a raison de s'énerver. Il faut que ca change qu on nous remette les avs ndividuelles formées !!!!!!!!!!! Beaucoup de personnes en recherche d emploi pourrait aider nos enfants a gagner en autonomie et les ime coutent 10 fois plus chers !!!!!!! La droite a supprimé ces postes les evs qui ont remplacé n ont pas du tout le meme role et ne sont pas du tout formés., ont des contrats de 3 mois (super pour un enfant autiste qui doit changer d aide éducateur alors qu il lui en faut 2 pour pouvoir travailler avec la personne). De l humanité s il vous plait...

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