Meeting du PS au Zénith de Paris, le 29 mai 2007 © TF1/LCIAu PS, c'est comme ça, il faut un échec pour accorder les agendas. On aura dû attendre la défaite pour que les militants voient la photo de famille tant attendue durant la campagne présidentielle : leurs dirigeants rassemblés sur une même estrade au Zénith. Et la première image du meeting ne s'invente pas : un François Hollande qui saisit une rose dans le public, l'offre à Ségolène Royal qui la passe à Dominique Strauss-Kahn, qui la refile machinalement à Laurent Fabius, pour atterrir dans les mains de Bertrand Delanoë.
Personne ne sait alors quoi faire de la rose (et de ses épines) même si chacun veut s'emparer de l'emblème, plus tard. "Ce soir, ce n'est pas le sujet", répète-t-on dans l'entourage des leaders socialistes. Effectivement, le rassemblement est sur toutes les lèvres, et peu importe que les lèvres pincées lorsque les regards se croisent révèlent les haines ancestrales...
Dans les travées, les militants préfèrent parler fond plutôt qu'ambitions. "Il y a du boulot à revendre et on aura besoin de tous les talents du PS", affirme Marc, jeune adhérent qui a soutenu Fabius aux primaires. Si on commence par choisir un leader, les oppositions vont se cristalliser autour d'une personne. Rien de pire pour laisser des séquelles, on a déjà donné". Sylvie, huit ans de militantisme, abonde : "notre exemple doit rester Mitterrand. Il a commencé par définir une orientation politique sur laquelle se sont retrouvés les autres. Il est plus facile de faire des compromis dans un débat d'idées que dans des luttes de personnes, toujours irrationnelles". Strauss-Kahnien de cœur, Bertrand, trentenaire, sait bien que la blietzkrieg de Sarkozy en cinq ans fait des envieux à gauche mais prévient : "il faut que l'on résiste à la tentation du chef, ce n'est pas notre culture. Avant le prochain congrès, on a un an et demi pour rénover les idées et trancher ce qui doit l'être. Profitons-en".
"Ségolène doit jouer collectif"
Tentation du chef ? Pas le genre du PS, c'est vrai, mais une possible dérive fan-club. En effet, s'il n'y a pas aujourd'hui de dirigeant à gauche, il y a une star. Photographiée, admirée, et accueillie avec des "Ségolène, merci", l'ex-candidate tient une place à part dans le cœur de nombreux militants, notamment chez les nouveaux adhérents. Mais ils savent que sa popularité ne suffira pas. "Elle a fait plus en 6 mois que les autres en cinq ans. Mais Ségolène doit vraiment apprendre à jouer collectif, confie un de ses partisans. Pendant la campagne, elle faisait bosser ses experts en secret pour éviter qu'on lui pique ses idées..."
Même attente chez Sylvain, 21 ans, et ségoliste : "Elle, comme les autres, doit cravacher dur, avancer ses idées clairement et après les militants choisiront. La gauche n'a pas su parler aux Français". Taclés ici ou là dans la conversation, "les journalistes, qui ne font plus que de la pipolisation. Alors ne nous demandez pas d'ouvrir un débat d'idées", remarque un étudiant qui fait de la formation militante.
"S'ils continuent, qu'ils se démerdent"
S'ils ont en tête le débat d'idées, certains adhérents ne peuvent s'empêcher le tacle. Depuis le 6 mai 20h05, Charlotte ne décolère pas contre DSK et ses critiques contre la direction du PS. "Moi, je l'ai sifflé ce soir, j'assume. Déclarer la guerre contre son camp avant la bataille législative, c'était nul. Et qu'a-t-il fait lui en cinq ans ?" Ces attaques de l'ancien ministre de l'Economie auraient déplu à de nombreux sympathisants, entend-on. Celui qui voulait en finir avec la langue de bois les soirs de défaite a sous-estimé une réalité : le fossé désormais abyssal entre les combats de chefs et les attentes de la base. "Quand je dis qu'il faut une nouvelle synthèse programmatique, je ne parle pas des anciennes synthèses qui donnaient raison à tout le monde pour étouffer les rivalités, résume un prof en économie. Soit ils s'entendent, soit ils sont morts".
Ce ras-le-bol des combines, des traîtrises et du billard à trois bandes, les militants en haut de la hiérarchie l'expriment aussi. Un proche de François Hollande ne cache pas son amertume en revisitant les dernières années. "Y en a marre des retournements de veste, du manque de loyauté lors du référendum européen, y en a marre des places préemptées sur les plateaux télé lors des soirées électorales par des inamovibles, y en marre de leurs pratiques. On aurait dû faire pleuve de plus d'autorité". Et quand on l'interroge : faut-il avancer ou non le congrès à l'automne prochain, quel calendrier pour mener la refondation ? La réponse fuse avec des haussements d'épaule : "On leur fera des propositions et si les ténors continuent leur zizanie, qu'ils se démerdent".
Retour MYTF1
Chargement en cours...




