© DR19h30, le sac dans une main, les clés dans l'autre, comme toujours, c'est au moment de partir, que le téléphone sonne. "Allo ?" "... si vous souhaitez écouter le message, tapez 9", "Oh, non, encore une pub pour des double-vitrage". La voix métallique reprend : "si vous souhaitez écouter le message de Jean-François Legaret, tapez 9, cela vous prendra moins d'une minute". Legaret ? Le candidat UMP de la première circonscription de Paris ? Je tape 9 : " Bonjour, je vous remercie de m'écouter quelques instants...."
On connaissait les tracts dans les boîtes aux lettres, les affichages sauvages, parfois même le porte-à-porte des candidats mais le message téléphonique préenregistré, pas encore. "C'est la première fois que je fais ça mais c'est un bon moyen de toucher les électeurs", explique Jean-François Legaret, adversaire de Martine Billard, candidate de la gauche. "Entre 19h et 20h46, 37.102 foyers ont été appelés sur les 63.000 électeurs de la circonscription", explique Benoît Bouanchaud, directeur de cabinet de Jean-François Legaret. Un peu plus de 20.000 électeurs potentiels ont décroché leur téléphone et environ 16% ont ensuite accepté d'écouter le message du candidat soit 3200 électeurs.
Encore balbutiant
Coût de l'opération : 5565 euros. "Ce n'est pas anecdotique puisque mon budget de campagne était de 60.000 euros mais je trouve que la démarche est intéressante pour inciter les gens à aller voter dimanche", estime le candidat UMP.
Il n'est pas le seul à expérimenter le message téléphoné : Nicole Guedj (11e circonscription de Paris) et Claude-Annick Tissot (7e circonscription) l'avaient testé dès le premier tour des législatives. La société Phone contact, une des premières à proposer le service, annonce l'avoir fait pour une trentaine de candidats sur toute la France. Pas encore un raz-de-marée. "Pour ne pas submerger les électeurs, nous nous refusons à le faire pour plus d'un candidat par circonscription", déclare Laurent Delwalle, PDG de Phone Contact. Cette société de l'Oise a acheté les fichiers de France Télécom, à l'exception des listes rouge et orange, et appelé préfectures et mairies pour les faire coïncider avec les découpages des circonscriptions.
Pas comparable à une vente forcée
Pour l'instant, des candidats PS, UMP et Modem l'ont testé. Et si entre 50 et 75% des personnes décrochent leur téléphone, le pourcentage d'entre elles qui acceptent d'écouter le message varie beaucoup en fonction de la notoriété du candidat : de 10% pour les moins connus à 30% pour les plus célèbres. D'où l'intérêt de demander à un copain ministre de prêter sa voix pour le message d'accueil : Gilles de Robien et Jean-Louis Borloo se sont prêtés au jeu et, en effet, le taux d'écoute a été meilleur.
Y a-t-il un risque d'irriter les électeurs déjà submergés d'appels commerciaux ? "J'ai eu deux messages furibards sur mon blog ce matin d'électeurs qui trouvaient la démarche scandaleuse mais sinon les retours sont assez positifs", confie Jean-François Legaret. "Il ne s'agit pas non plus de vente forcée car ils ont la possibilité de refuser d'écouter le message", renchérit son directeur de cabinet.
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