Djamel Bouras en campagne, sur le marché de St-Denis © F.A.Lieu : 2e circonscription de Seine-St-Denis, englobant 3 cantons : Saint-Denis Nord-Est, Saint-Denis Nord-Ouest, Pierrefitte-sur-Seine (y compris la ville de Villetaneuse)
Enjeu : Djamel Bouras, nouveau venu en politique, peut-il menacer le sortant communiste dans un fief du PC ?
Après le judo, Djamel Bouras, 35 ans, découvre depuis fin mai les us et coutumes d'un nouveau sport : la bataille politique. Ce nouvel engagement est parti d'une rencontre : celle avec François Bayrou, à sa demande, pendant la campagne présidentielle. "J'avais été sollicité par de nombreux candidats. Lors de notre entretien, l'homme et son discours m'ont plu". Au point donc de convaincre le champion olympique d'Atlanta de se lancer en politique. Investi par le MoDem dans la 2e circonscription de Seine-St-Denis (qui couvre la majeure partie de Saint-Denis ainsi que Pierrefitte-sur-Seine et Villetaneuse) en raison de ses "amitiés et affinités" dans le secteur, le sportif reconverti en chef de PME -il gère un salon de thé à Paris et intervient dans les séminaires d'entreprises- est néanmoins loin d'être en terrain conquis.
Dans ce fief historique du PC et de la gauche-Patrick Braouezec, le sortant, avait obtenu 63% des suffrages en 2002 et Ségolène Royal 66,8% au second tour de la présidentielle-, le nouveau compagnon de route de François Bayrou doit tout d'abord convaincre les électeurs qu'il n'est pas seulement un "people parachuté" pour la cause médiatique, comme l'assènent ses concurrents. "Tous les jours, je suis sur le terrain. Je vais sur les marchés, dans les associations, dans les quartiers", explique-t-il. Son principal argument : "moi, la banlieue, je la connais car j'y ai vécu. Je connais les problèmes de gens, ce qu'ils ressentent, leurs envies, leurs besoins", lance-t-il, en rappelant son enfance passée à Givors, près de Lyon.
"Je l'ai vu à la télé"
En le suivant dans les rues et les allées du marché de Saint-Denis, le plus grand d'Ile-de-France, il semble que François Bayrou, malgré l'opposition de certains dirigeants du MoDem, ait visé juste en dégainant l'ancien médaillé d'or. Photo par-ci, autographe par-là, "Votez Djamel", voire "Djamel président" : le candidat, bien encadré par une petite équipe de militants locaux et d'amis, bénéficie d'une cote de popularité certaine... même si beaucoup des admirateurs ne savent plus précisément pourquoi, parlent de "Debbouze" ou n'ont tout simplement pas l'intention de voter pour lui. "Je l'ai vu à la télé. Je crois que c'était un karatéka. Ou un judoka ?", s'interroge ainsi un passant. "Si vous ne vous rappelez plus de moi comme judoka, tant mieux", réplique le prétendant à l'Assemblée nationale.
D'ici au 10 juin, reste le plus difficile : transformer cette sympathie en bulletins à son nom dans une circonscription où François Bayrou a seulement obtenu 14,91% des voix au premier tour le 22 avril -juste au niveau de la barre fatidique de 12,5% des inscrits nécessaires pour être présent au second tour des législatives. Pour y arriver, Djamel Bouras met à profit son allant, sa "tchatche" naturelle et son franc-parler. "Il faut que ça change à St-Denis. Il faut sortir du clientélisme. Avec moi, les choses bougeront", affirme-t-il aux commerçants du marché, obtenant parfois leur approbation. Pour la circonscription, il propose de "s'attaquer au logement, au chômage, à l'insécurité ou encore faire appliquer la loi sur l'insertion des handicapés", refusant néanmoins de promettre quoi que ce soit à titre personnel à un handicapé. "Nous voterons pour lui pour sa personnalité et pour sa grande gueule, pas pour son parti", indiquent Amine et Leïla. "Braouzec connaît mieux la population. Il saura mieux faire pour les gens. Bouras est un sportif, pas un politique. Il aurait dû s'occuper d'une fédération", contredit Djamel, un vendeur de vêtement.
"Le machiavélisme politique est fatigant"
Ce matin-là, à peine revenu à sa permanence, Djamel Bouras apprend qu'un groupe de pompiers l'a loupé sur le marché. Retour donc à la case de départ avant de poursuivre le programme-marathon de la journée. "Avec cinq ou six heures d'entrainement par jour, une préparation olympique, c'était physiquement usant. Là, c'est le machiavélisme politique qui est fatigant", compare-t-il. Ses fortes prises de position antérieures, notamment sur la laïcité et le voile à l'école, lui reviennent ainsi comme un boomerang, parfois à l'intérieur même du MoDem. Impossible d'y échapper.
La réponse est sèche. "Je me suis déjà expliqué à plusieurs reprises sur le sujet. Je devrais faire un communiqué pour qu'on arrête de m'en parler", lance-t-il. "Je ne suis pas contre la laïcité, mais contre la loi actuelle car elle est de fait source d'exclusion de l'école. Et parfois, quand on est un personnage public, on peut se faire piéger et se rendre compte après-coup qu'on a été sollicité par des mouvements fermés, voire obscurantistes", précise-t-il. "Et puis, regardez-bien : j'ai dû croiser 100 personnes ce matin, aucune ne m'a parlé de ça. Mais plutôt de leurs problèmes et de ce qu'elles attendent de leur futur député. C'est ça qui m'intéresse".
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