Les Asiatiques de France : fâchés avec la politique ?

Par Marianne COTIS, le 06 juin 2007 à 15h48 , mis à jour le 07 juin 2007 à 14h24

Des candidats blacks, blancs, beurs, mais quasiment pas de postulants originaires d'Asie. Pourquoi ? Elements de réponse.

L'Assemblée nationaleL'Assemblée nationale © TF1/LCI

Jamel, Najat, Azouz, autant de prénoms qui commencent à apparaître sur les affiches électorales. Mais pour ce qui est des Li, Chang et Mei, il faudra encore attendre. "Il y a, à Paris et en région parisienne, quelques personnalités d'origine asiatique dans les conseils municipaux. Elles font de la politique à titre local, mais aucune n'a de stature nationale", déplore Chenva Tieu, chef d'entreprise d'origine chinoise et administrateur du club du XXIe siècle (1). Pourtant la diaspora asiatique en France prend de l'ampleur : entre 600 000 et 700 000, selon Pierre Picquart, spécialiste de la Chine et auteur de l'ouvrage L'Empire chinois. Un chiffre qui devrait même dépasser le million d'ici quelques années, à la faveur d'une croissance d'environ 20% par an.

Ils sont généralement arrivés dans l'Hexagone au cours des années 80 et 90. Une immigration récente qui expliquerait la sous représentation de cette communauté au sein des partis. "On sait qu'en matière d'intégration, il faut du temps pour que les migrants s'installent et participent à la vie politique", analyse Pierre Picquart. "Leur objectif premier est d'assurer leur survie. (...) Les Asiatiques de France n'ont pas de revendications au regard du pays d'accueil et pensent surtout à travailler, même s'ils ont leurs idées en politique", poursuit-il.

"J'avais un bon deal"

Autre explication avancée : la diaspora chinoise garde les réflexes du pays. "Elle adopte le même modèle qu'en Chine. Or en dépit de la très grande libéralisation du régime, les Chinois ont eu très peu l'habitude de participer à la vie politique de leur pays", explique Pierre Picquart. En jeu également, des éléments culturels. "La culture chinoise repose sur trois piliers : le taôisme, le confucianisme et le bouddhisme. Or on retrouve dans ces trois philosophies une tradition, non pas du secret, mais de la réserve", décrypte-t-il. Une réserve qui ne favoriserait pas les vocations politiques, selon lui.

Trop timides, les Asiatiques ? Oui, mais pas seulement. Pour Chenva Tieu, c'est aussi de la faute des partis, peu enclins à mettre en avant de nouvelles têtes. L'homme en aurait d'ailleurs fait les frais, lui qui avait déposé à l'UMP une demande d'investiture pour les législatives dans la 9e circonscription de Paris. "J'avais un bon deal : la circonscription est détenue par le socialiste Jean-Marie Le Guen, elle était perdue d'avance. Me la confier, c'était faire un geste symbolique à destination de la communauté asiatique (ndlr : très présente dans le 13e arrondissement de Paris). (...) Alors j'ai fait campagne activement pendant les primaires. (...) Mais évidemment, ma candidature a été retoquée. En fin de compte, les investitures de l'UMP ont été décidées dans une chambre fermée à clé. Il n'y a eu aucun processus démocratique", raconte-t-il, visiblement amer.

"Il faut un temps pour être coopté"

Une version que dément l'UMP. "Il n'a jamais été question de primaires. C'est la commission nationale d'investiture qui décide qui est candidat", estime Alain Marleix, responsable des investitures à l'UMP qui a finalement confié la circonscription à Gérard Trémège. "Chenva Tieu est jeune et on ne peut pas prendre tout le monde. Il y aura bientôt des élections cantonales et des municipales auxquelles il pourra évidemment se présenter", poursuit-il. En tout cas, les origines étrangères de Chenva Tieu ne seraient pas en cause. "Nous avons des candidats d'origine asiatique dans d'autres circonscriptions. Chenva Tieu est un garçon très brillant qui m'a beaucoup impressionné par son talent et sa détermination. Je le reverrai". Interrogé sur le caractère stratégique d'une telle investiture, il avoue pourtant : "c'est très compliqué, il y a plusieurs familles, plusieurs clans. C'est une communauté très divisée".

"Il ne faut pas voir de xénophobie dans l'attitude des partis" à l'égard des Asiatiques, affirme lui aussi Pierre Picquart. "Il faut un temps pour être coopté. Ce n'est pas une chose facile car il y a des luttes légitimes entre les différentes personnes qui veulent accéder au pouvoir". Et d'ajouter : "Nous avons eu des réactions racistes et xénophobes par le passé. Mais les choses vont en faveur de ces minorités. Maintenant il y a une demande de diversité de la part du public". Et les mentalités évoluent des deux côtés. Les nouvelles générations de Français d'origine asiatique montrent un intérêt croissant pour la politique. "Il faut du temps, comme il en fallu aux personnes d'origine maghrébine et africaine. Il y a de plus en plus de jeunes Chinois formés dans les universités américaines, françaises, etc. Le vent de la mondialisation leur donne à voir un nouveau modèle politique", note Pierre Picquart.

"Ce que j'aime chez Bayrou, c'est sa sobriété"

Apichit Sivsay fait peut-être figure de précurseur. Etudiant d'origine laotienne et militant MoDem dans les Yvelines, il fait partie de cette nouvelle génération : à peine 20 ans, mais déjà mordu de politique. "J'ai commencé à m'intéresser à la politique au collège", se souvient le jeune homme, arrivé en France à l'âge de quatre mois. "Quand j'ai commencé à militer, ma mère m'a dit : ‘fais attention, ça peut être dangereux'. Ça l'effraie que je fasse de la politique. La génération de mes parents est traumatisée par l'expérience du communisme. Au Laos, à l'époque, quand on militait, on était catalogué par la police, alors forcément ...".

Mais lui, cette peur, il n'en a pas hérité. Bien au contraire. Il se voit bien - "pourquoi pas ?" - député. S'il reconnaît qu'il est "forcément très marqué par la culture laotienne et ses valeurs de sobriété", il ne veut pas, pour autant, être prisonnier de la tradition familiale. "On peut faire de la politique sans faire de l'éclat. Ce que j'aime bien chez François Bayrou, c'est justement sa sobriété. Ça tranche avec le côté jet-set de Nicolas Sarkozy qui embrasse sa femme devant les caméras", explique-t-il. "Les cultures asiatiques et françaises ne sont pas en contradiction". Un équilibre très confucéen.

(1) Cercle de réflexion destiné à promouvoir la diversité en politique

Par Marianne COTIS le 06 juin 2007 à 15:48
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7 Commentaires

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  • Vimal, le 07/06/2007 à 14h45

    Il y a que les Asiatiques ont depuis longtemps adopté un certain Libéralisme et ont surtout compris qu'il valait mieux faire des affaires que de perdre du temps à faire de la politique....les deux n'étant pas compatibles du tout.

  • Djack, le 07/06/2007 à 14h30

    Etant moi-même asiatique d'origine Cambodgienne, je suis intéressé par la vie politique et je suis moi-même sympatisant de l'UMP. Je souhaitais compléter votre article en ajoutant que je fais partie de la 1ère génération et donc il faut essayer tout d'abord de construire une vie, un patrimoine par le travail. (car mes parents ont out laissé derrière eux) De plus, ayant quitté notre pays pour des raison politiques, comme de nombreux asiatques, c'est ce qui peut également expliquer la raison pour laquelle nous sommes "frileux" pour nous lancer. Je pense que la nouvelle génération sera plu présente dans la vie politique.

  • Betty, le 07/06/2007 à 14h15

    Je suis chinoise d'origine et j'ai toujours voté pour la Droite depuis 1989. Aujourd'hui, plus que jamais, je vote pour l'UMP pour que les réformes de notre Président, notre Premier Ministre et son gouvernement soient exécutés.

  • Ratgemini, le 07/06/2007 à 12h27

    Le Parlement et les diverses institutions locales doivent, nous dit-on, refléter la société française dans sa variété ethnique.Pourtant, les Asiatiques paraissent bien absents des préoccupations, à droite comme à gauche. Peut-être parce qu'il s'agit d'une communauté sans problème ? Le 13e arrondissement de Paris sans candidat asiatique, cela laisse effectivement perplexe... (nota : je ne suis pourtant pas asiatique)

  • RND, le 07/06/2007 à 11h07

    Pouquoi utiliser le mot "blacks"? noir n'est pas un mot pejoratif ou insultant. le seul probleme que peuvent avoir certaines personnes n'est pas le vocabulaire mais le concept lui meme quand ils ne sentent pas l'aise en parlant des minorites ethniques. arretons de remplacer les mots par de nouveaux qui semblent attenuer les definitions, mais plutot, changeons nos mentalites et attitudes.

  • PHU Thanh Danh, le 07/06/2007 à 10h47

    Non. Les Asiatiques de France sont plutôt axés sur les commerces.Ils sont plus observateurs que politiciens.Cela ne veut dire qu'ils ne s'intéressent pas à la politique.Moi-même, je suis sympathisant UMP ...J'ai voté pour Monsieur Sarkozy. Je voterai encore le 10 juin,pour Madame la Députée, UMP ,de la 3ème circonscription de La Sarthe.

  • Djay, le 07/06/2007 à 08h18

    Il n'y a pas que les asiatiques de France qui sont fâchés avec la politique...

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