François Fillon en meeting le 4 juin 2007 © TF1-LCIMais quelle mouche a piqué François Fillon ? On le connaissait ondoyant et tempéré, profil idéal pour former le bon attelage avec l'impétueux Nicolas Sarkozy. On le découvre tranchant et guerrier, aux côtés d'un président tout en ouverture. "Une campagne, ça nous change tous mais c'est vrai que son ton m'a surpris, confie un de se amis députés. Ça peut être contre-productif". Prononcés en meetings, dont la fièvre n'autorise pas tous les excès, certains de ses propos sont de ceux qui provoquent généralement le chahut sur les bancs de l'Assemblée. Accuser la gauche de "ne pas aimer la France" ou encore de "ne pas en être fière" étonne dans la bouche d'un Premier ministre qui veut incarner, à l'instar du chef de l'Etat, une pratique politique nouvelle. Pourquoi humilier ses adversaires, et à travers eux des millions d'électeurs, alors qu'ils vacillent ?
Certes, face au tollé suscité au sein du PS par ses charges répétées, François Fillon s'efforce de tempérer ses attaques sans rien retirer sur le fond. "Nous avons besoin, pour réformer notre pays, d'une gauche moderne, qui soit à l'image des autres gauches européennes (...) Ce que je reproche à la gauche, c'est qu'elle vient de perdre une présidentielle, de manière très sévère, et qu'elle ne commence pas le début d'une autocritique". Pas de recul mais une explication de texte pour un chef de gouvernement bien décidé à exister. "Son ton est justifié, il est le chef de cette bataille et c'est la première fois qu'il est en première ligne, décrypte le député UMP de Paris Claude Goasguen. Cette autorité, il en aura bien besoin pour la suite de la législature".
Car si les attaques de François Fillon semblent trancher avec son image d'homme sobre et policé qu'il a longtemps cultivé, elles ne constituent en rien un dérapage, tant elles sont répétées. Elles répondent plutôt à une volonté d'asseoir son autorité sur sa future majorité pléthorique à l'Assemblée, face à un Nicolas Sarkozy omniprésent.
Deux blessures
Au risque de ne pas grandir la dignité du combat politique, le Premier ministre se comporte en guerrier pour être bientôt le chef de ses troupes. "Attention, c'est un méchant", aurait dit de lui, en 1999, Nicolas Sarkozy, dans un quasi-compliment. Ce "fauve rentré" est longtemps resté dans l'ombre de Philippe Séguin, relégué au rang de caution sociale des gaullistes. Mais deux crises sont venues secouer l'homme : la perte de sa région en 2004 et son éviction du gouvernement par Villepin l'année suivante. Deux blessures qui l'ont endurci, et sans doute porté jusqu'au bureau de Matignon.
Les Français vont devoir apprendre à connaître le nouveau François Fillon. Un réformateur qui met du liant certes, mais qui peut également cogner, avec force caricature. A l'inverse, dans son fief de la Sarthe, où il espère d'ailleurs être élu dès le premier tour dimanche, comme en 2002, il tient à son image d'homme pondéré, n'hésitant pas à affirmer que son département est étranger à l'esprit partisan. "Parfois, ici, avec les maires, on ne sait même pas qui est de gauche ou de droite", déclarait-il récemment à Sablé en rendant hommage à son ancien mentor, le gaulliste Joël Le Theule, qui lui a "légué le goût du consensus et une manière de faire de la politique qui cherche à éviter les conflits les plus brutaux".
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