Fadela Amara et Rama Yade © TF1/LCIRachida Dati, Rama Yade et Fadela Amara au gouvernement, "un symbole extraordinaire pour la communauté nationale". Ces propos n'émanent pas d'un partisan de Nicolas Sarkozy, mais de Malek Boutih, secrétaire national du PS. L'ancien président de SOS Racisme souligne que "la nomination de Fadela Amara comme secrétaire d'Etat chargée de la politique de la ville représente un réel espoir pour les quartiers de banlieue qui pourront compter sur sa force, son indépendance et sa détermination". Il demande à cet égard aux formations politiques de "faire les efforts nécessaires pour suivre cet exemple et rompre avec le conservatisme dans le choix de leurs élus". Des déclarations qui sonnent comme un avertissement à l'intention du Parti socialiste. La semaine dernière déjà, Malek Boutih avait attaqué François Hollande sur ce thème, l'accusant de l'avoir "envoyé au casse-pipe" dans la 4e circonscription de Charente où il n'a pas passé le premier tour.
Si cette entrée de la "diversité" au gouvernement embarrasse la gauche, c'est que ce fait politique est une première. Rama Yade, nommée à 30 ans secrétaire d'Etat aux Affaires étrangères et aux Droits de l'Homme, est née au Sénégal. Une mère professeur, un père diplomate, la famille s'installe en France alors qu'elle est encore enfant. Depuis, tout lui réussit : après Sciences-po, elle devient administratrice au Sénat, puis secrétaire nationale de l'UMP. Discrète, elle ne sort de l'ombre qu'en janvier dernier, lors de l'investiture de Nicolas Sarkozy à la présidentielle, où elle prononce un discours très applaudi. La jeune femme s'en prend alors avec virulence au PS et aux élites de gauche "sans projet, sans idée, sans vision", accusées d'avoir instauré une "République du guichet" en accordant aux enfants de l'immigration "de la pitié plutôt que le respect". Une "star" est née à l'UMP.
Aucun député d'origine maghrébine ou africaine
De son côté, Fadela Amara, nouvellement nommée secrétaire d'Etat à la Ville, acquiert sa notoriété au sein du mouvement Ni putes, ni soumises. Née dans une famille kabyle de onze enfants, elle devient une nouvelle icône du féminisme, en plaidant pour l'égalité, la mixité, et contre le voile islamique qu'elle considère comme une "oppression". Et cette battante n'a aucune intention de rentrer dans le rang maintenant qu'elle est au gouvernement. Elle l'a d'ailleurs expliqué dès mardi, lors d'une conférence de presse en compagnie de Christine Boutin, son ministre de tutelle. "Je n'oublie pas les émeutes urbaines de l'automne 2005. (...) J'ai joué longtemps le rôle de poil à gratter. Je continuerai, mais toujours avec la volonté d'agir pour changer les choses dans les quartiers", a-t-elle insisté.
Le gouvernement prend des couleurs, certes. Mais l'Assemblée, elle, reste encore bien pâle. Lors des dernières législatives, les grands partis ont souvent désigné des candidats issus de l'immigration dans des circonscriptions quasi imprenables, faisant parfois d'une pierre deux coups en choisissant, parmi ces candidats, des femmes pour respecter aussi la parité. Seule George Pau-Langevin, élue dimanche dernier à Paris, représentera la "diversité" dans la nouvelle Assemblée. Cette socialiste née en Guadeloupe, qui s'est facilement imposée au second tour dans le XXe arrondissement, un bastion de gauche, est la seule députée de couleur en métropole. L'hémicycle n'accueillera durant cette législature, aucun élu d'origine africaine ou maghrébine. Un signe de plus, s'il en fallait, de la grande difficulté des partis à s'ouvrir aux minorités "visibles".
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