François Hollande, sur le plateau de TF1, écoute le discours de Ségolène Royal, dimanche 6 mai 2007, peu après 20 heures. © TF1-LCIEric Dupin est notamment l'auteur de l'ouvrage A droite toute aux éditions Fayard
LCI.fr : L'élection lundi soir de Jean-Marc Ayrault, un soutien de Ségolène Royal durant la présidentielle, à la tête du groupe PS à l'Assemblée marque-t-elle le renforcement du courant "royaliste" au sein du parti ?
E.D. : Non, au contraire. Le courant "ségoleniste", s'il existe, a été affaibli au Conseil national du PS samedi puisqu'il n'a pas réussi à faire triompher ses vues. Mais Ségolène Royal a néanmoins une grande force : ses adversaires sont divisés sur le fond. Le succès de Jean-Marc Ayrault est la marque de cette division. Il faut également noter que ce dernier avait récemment pris ses distances vis-à-vis de l'ex-candidate.
LCI.fr : Ségolène Royal était absente du conseil national du PS le week-end dernier. Quelle est sa stratégie ?
E.D. : Elle a d'abord essayé de s'emparer du PS. Mais elle s'est rendu compte qu'elle avait peu de chances de réussir après que des personnalités qui l'avaient soutenue, comme Pierre Mauroy, se sont montrées plus tièdes à son égard. Elle a alors renoué alors avec son ancienne stratégie : jouer avec l'opinion et les médias contre le parti. Mais ce n'est pas aussi efficace que pendant la pré-campagne présidentielle puisque, contrairement à ce qu'elle s'imagine parfois, elle a bel et bien été battue le 6 mai. Et aujourd'hui, il n'y a pas d'élection nationale avant cinq ans. Il n'est donc pas possible de faire miroiter aux électeurs des succès électoraux dans l'immédiat. Cette situation la place en position de faiblesse.
LCI.fr : A contrario, le conseil national du PS est-il un succès pour François Hollande ?
E.D. : Oui, incontestablement. Il bénéficie de la conjonction des oppositions à Ségolène Royal. C'est lui, paradoxalement, le champion de ceux qui veulent lui résister.
"Les déclarations de Royal sur le SMIC vont lui coûter cher"
LCI.fr : Pour rebondir, Ségolène Royal peut-elle, par exemple, s'appuyer sur une éventuelle nouvelle vague d'adhérents à vingt euros ?
E.D. : Il n'y aura pas de nouvelle vague. Les soldes, par définition, ce n'est pas tous les jours. Par ailleurs, les adhérents de la vague lancée avant les primaires du PS en 2006 étaient venus dans une optique consumériste et vont donc être démotivés par l'échec du PS aux dernières élections. Le PS n'est pas encore un parti de supporters.
LCI.fr : Le désaveu de Ségolène Royal à l'égard de mesures qu'elle avait défendues durant sa campagne peut-il lui nuire ?
E.D. : Oui. Ses déclarations vont en effet lui coûter cher sur le plan politique. Sa qualité, c'était la sincérité que lui prêtaient les électeurs. Or le fait d'avouer qu'elle ne croyait pas dans la généralisation des 35 heures ou le SMIC à 1 500 euros, qu'elle avait pourtant défendus, va certainement lui coûter cette image de sincérité. En outre, elle ajoute la dangerosité à l'insincérité en avouant qu'elle aurait appliqué ces mesures si elle avait été élue.
LCI.fr : Jean-Luc Mélenchon se dit gagné par la "lassitude". De leur côté, Eric Besson, Jean-Marie Bockel et d'autres socialistes rejoignent les rangs du gouvernement. Le PS peut-il imploser ?
E.D. : C'est vrai, beaucoup des forces du PS risquent d'être annihilées par la situation actuelle. En même temps, il faut relativiser. Aujourd'hui, le PS continue de regrouper l'essentiel des forces politiques opposées à Nicolas Sarkozy et au gouvernement.
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