Sandrine Mazetier, dans son QG de campagne du XIIe arrondissement © TF1/LCIEn composant son "cabinet fantôme", Jean-Marc Ayrault, le président du groupe PS à l'Assemblée, s'est inspiré de la tradition britannique du "shadow cabinet". Ce système consiste pour l'opposition parlementaire à former un gouvernement virtuel, qui devient ainsi "l'opposition officielle". Son rôle est avant tout de coordonner le travail de critique et de propositions, chaque ministre "fantôme" étant chargé de surveiller de près l'action d'un authentique ministre. La France en a connu un seul exemple : en 1966 à l'instigation de François Mitterrand, alors chef de la gauche non communiste. Mais l'expérience tourna court et dura moins d'un an.
Interview de Sandrine Mazetier, députée de la 8e circonscription de Paris et chargée des questions d'éducation au sein du "shadow cabinet".
LCI.fr : Comment concevez-vous concrètement votre fonction au sein du "cabinet fantôme" ?
S.M. : En tant que membre de cette équipe, je suis l'une des porte-parole des élus socialistes, PRG (Parti radical de gauche) et divers gauche. En outre, j'ai un rôle de vigie des initiatives du gouvernement et de l'Elysée, puisque nous sommes aujourd'hui confrontés à une "hyper-présidence". Enfin, j'anime la réflexion au sein du PS. C'est un travail qui demande beaucoup de souplesse et de réactivité.
LCI.fr : Le nouveau texte sur l'autonomie des universités semble faire l'unanimité dans la communauté éducative. Dans l'optique d'une "opposition de construction", êtes-vous prêts à voter pour ? Voter oui quand l'occasion se présente, est-ce une manière de réformer la gauche ?
S.M. : Le texte sur l'autonomie des universités n'est pas celui que nous aurions proposé. Nous aurions élaboré une grande loi programmatique et, surtout, nous aurions donné des moyens aux universités. Le texte proposé aujourd'hui s'est petit à petit vidé de son contenu. Certes, il ne heurte personne, mais il ne fait rien bouger. Il y avait pourtant consensus sur la nécessité de réformer. Il s'agit là d'une occasion ratée de faire changer les choses.
J'attends donc de voir le texte à l'Assemblée le 20 juillet pour prendre ma décision. Je n'ai pas l'intention d'être dans l'opposition systématique et bornée. Mais il ne faut pas faire passer des vessies pour des lanternes.
LCI.fr : Commission des Finances au PS, invitation de François Hollande à l'Elysée : le PS doit-il jouer le jeu de Nicolas Sarkozy sur le rôle de l'opposition ?
S.M. : Il ne s'agit pas de jouer le jeu de Nicolas Sarkozy. Le PS avait également proposé de donner la commission des Finances à l'opposition. L'UMP et Nicolas Sarkozy nous ont pillé cette idée. Avec l'élection de Didier Migaud, l'UMP s'est seulement résolue à donner ce qu'elle avait promis durant la campagne. En contrepartie, Nicolas Sarkozy nous a retiré une vice-présidence : c'est donc un jeu à somme nulle.
L'opposition continuera à éclairer la réalité, non pas telle que le président de la République veut qu'on la pense, mais telle que nous la voyons. Nicolas Sarkozy est habile, mais nous ne sommes pas dupes. Coopter des personnalités de gauche au gouvernement et servir leurs ambitions personnelles, ce n'est pas ce que j'appelle faire une place à l'opposition.
Quels députés dans le "shadow cabinet" ? |
- Président : Jean-Marc Ayrault (coordination affaires étrangères et européennes) |
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