© AFP/PSLieu : 7e circonscription de Seine-St-Denis (ville de Montreuil)
Situation : au soir du 1er tour, seuls Jean-Pierre Brard, le sortant communiste, et Mouna Viprey, la représentante socialiste, pouvaient se maintenir. La seconde a retiré sa candidature pour se conformer à la règle édictée des instances du PS.
Lundi soir, le local de la section du PS à Montreuil n'était pas assez grand pour accueillir les militants venus aux nouvelles, dignes d'un Retour vers le futur. L'heure était au choix : Mouna Viprey, arrivée deuxième dimanche et seule qualifiée pour affronter Jean-Pierre Brard, allait-elle ou non retirer sa candidature au profit du sortant communiste au nom de la fameuse "discipline républicaine" ? En 2002, dans le même duel, la jeune pousse du PS était allée jusqu'au bout. Exclue du parti, elle s'était inclinée de justesse face à son adversaire.
Cette année, Mouna Viprey, 39 ans, de nouveau investie par le PS, n'a pas bravé la rue de Solférino. "J'ai connu la dissidence en 2002. Sans l'appui du PS, c'était l'échec assuré. Il fallait me retirer pour préserver les militants et les électeurs. Leur expliquer ma décision lors de l'assemblée de lundi soir était un grand moment d'émotion", explique-t-elle. Dimanche prochain, malgré l'absence de la droite et de l'extrême-droite, Jean-Pierre Brard sera ainsi le seul en lice dans la 7e circonscription de Seine-St-Denis, enjeux nationaux oblige. Le relatif bon score du PC lui a en effet permis de pouvoir théoriquement se maintenir dans plusieurs circonscriptions face au candidat PS et à celui de droite. Les instances des deux partis ont donc appliqué à la lettre la règle du désistement réciproque. Au risque, pour le PS, de mécontenter une partie de sa base montreuilloise.
"Vous êtes des charlots"
"Ce n'est pas un désistement, mais un retrait", tiennent à préciser plusieurs militants socialistes, visiblement déçus. "Je suis écoeuré. On ne peut pas parler de rénovation politique et continuer avec les vieilles pratiques. La première décision des éléphants est de faire tout le contraire de ce qu'ils affirment. Le désistement républicain dans notre situation, ça ne veut rien dire. C'est totalement incompréhensible", lance Daniel Chaize. Adhérent de la section depuis une quinzaine d'années, il indique être bien embêté pour expliquer cette décision aux électeurs. "Mes voisins de palier m'ont demandé : 'alors, sans la droite, elle se maintient ?' Quand je leur ai dit 'non', ils m'ont répondu : "vous n'êtes que des charlots. Vous avez perdu votre courage'", soupire-t-il.
Même constat d'amertume pour Henri Goldszer, militant local depuis 1980. "La campagne n'avait déjà pas été très digne du côté de l'autre candidat de gauche. Avec ce retrait, je crains qu'on perde du monde, notamment les nouveaux venus", souligne-t-il, affirmant que la majorité des personnes présentes lundi soir partagent le même sentiment. "Je n'ai pas les moyens de les en dissuader. Mais la vie militante, c'est aussi résister", rappelle Mouna Viprey. "Malheureusement, il est fort probable que quelques camarades tirent les conséquences de la déception", admet Frédéric Molossi, le président de la section de Montreuil. "Mais je ne doute pas que la dynamique tirée de la présidentielle, qui a montré le dynamisme de notre structure, l'ancrage à gauche et la progression de Mouna conduisent la grande majorité à vouloir transformer l'essai lors des prochaines échéances municipales et cantonales de 2008", ajoute-t-il.
"La tête plutôt que le cœur"
Malgré leur désarroi, certains militants reconnaissent en effet comprendre que l'enjeu national prime sur le local. "Il faut raisonner avec la tête plus qu'avec le cœur", tempère Edgardo Honorès, le responsable local de Désirs d'Avenir, qui avait soutenu Mouna Viprey jusqu'au bout en 2002. De son côté, Bruno Marielle se dit "très fier de ce qu'elle a fait pendant cette campagne. Elle était à l'écoute de la population et des jeunes. Son score est vraiment remarquable puisqu'elle a réduit l'écart sur Brard". Sur le blog de Nicolas Voisin, le président du groupe socialiste à la mairie de Montreuil, d'autres militants saluent la décision de retrait, étant donné que "jusqu'à preuve du contraire, la ligne du PS est l'union de la gauche".
Dimanche, Jean-Pierre Brard est donc assuré de sa réélection. Mais plus que son score, c'est celui de l'abstention et surtout des bulletins blancs ou nuls qui seront intéressants à compter pour décrypter l'attitude adoptée par les électeurs de Mouna Viprey. Celle-ci ne cache pas qu'elle votera blanc.
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