Portrait-robot des députés

Par Matthieu DURAND, le 05 juin 2007 à 17h35 , mis à jour le 06 juin 2007 à 17h49

Qui sont les députés ? Quelles sont leurs origines sociales ? Quelle est leur profession ? Deux chercheurs du CNRS ont mené l'enquête. Voici le profil-type des élus du Palais-Bourbon.

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A quelques jours des élections législatives deux chercheurs du CNRS et de l'Institut d'études politiques de Bordeaux publient un livre intitulé Qui sont les députés français ? (1).

Olivier Costa et Eric Kerrouche ont épluché les CV des 577 membres de l'Assemblée nationale, s'intéressant à leur âge, leur sexe, leur profession, leur origine sociale, leur carrière électorale, leur étiquette politique, etc. Par ailleurs, les chercheurs ont demandé à 85 de ces élus de répondre à une série de questions. A partir de cette masse d'informations, un portrait-robot du député français a ainsi pu être dressé. En voici les principaux traits :

Monsieur le député

Le député français type est un homme. Il est âgé de 57 ans et est issu d'un milieu relativement aisé. Son niveau d'études est élevé (bac +5) et sa profession d'origine hautement qualifiée. Le député français exerce cette fonction depuis 12 ans en moyenne mais il est élu à un autre mandat depuis 20 ans.

Un professionnel de la politique

Pour des raisons matérielles, "l'exercice d'une profession est incompatible avec le mandat de député, souligne Eric Kerrouche à LCI.fr. Nous avons affaire à des professionnels de la politique." Un phénomène général en Europe qui s'explique notamment par la complexité de cette fonction. "Les politiciens professionnels sont d'ailleurs plébiscités par les électeurs ; c'est un gage de confiance", précise le chercheur.

Paradoxalement, nos députés mettent en avant leur profession d'origine parce que "vivre uniquement de ses mandats est considéré comme suspect" par les électeurs :  "Il y a toujours en France la mythologie de l'amateurisme républicain, au sens noble du terme, de la personne qui donne son temps à la collectivité, même si ce n'est plus le cas depuis le début du 20e siècle".

Un "cumulard"

"Politicien
professionnel,
un gage de
confiance"
Eric Kerrouche explique que "les Français ont moins confiance dans les hommes politiques nationaux que dans les hommes politiques locaux alors que ce sont les mêmes !"

"Le cumul des mandats est un phénomène particulier à la France, qui participe à la professionnalisation" de la fonction de député, indique Eric Kerrouche. "C'est aussi un moyen d'assécher [la concurrence] au niveau local". Ce cumul des fonctions, qui s'étale également dans le temps (10% des députés sont élus depuis 1981), contribue à la "clôture du champ politique" en France. Il est ainsi de plus en plus difficile de se faire élire, surtout pour les jeunes politiciens.

Tendance au vieillissement

Depuis 1848, la moyenne d'âge à l'Assemblée nationale est de 50 ans mais en 2006, cette moyenne est passée à 57,7 ans.

Où sont les femmes ?

Avec 46,4% des conseillers municipaux qui sont des femmes, "la France est championne de la parité au niveau local", indique Eric Kerrouche. Mais elles ne représentent que 12,3% des effectifs à l'Assemblée nationale. Et là encore, les députées sont plus âgées et plus diplômées que la moyenne des Françaises. A noter un effet pervers de la loi sur la parité : la "promotion" des femmes s'est effectuée au détriment des jeunes hommes.

Et les minorités ?

"Aucune assemblée
ne reflète
parfaitement
sa population"

"Il y a un décalage [entre le profil des élus et] le pays réel, reconnaît Eric Kerrouche. Quand certains groupes sont privilégiés au niveau de la représentation nationale, c'est au détriment d'autres groupes et donc cela finit par poser un problème social." Le chercheur souligne qu'"aucune assemblée ne reflète parfaitement sa population" et qu'un "député doit être en situation de représenter l'ensemble de sa population locale". Se pose alors la question de "la représentation catégorielle", une question sensible en France où il existe un fort attachement à la Nation. Selon le chercheur, "le mode de scrutin uninominal majoritaire ne favorise pas non plus une meilleure représentation de la population".

"Jugement injuste"

"Le jugement porté sur une partie du personnel politique est injuste", affirme le chercheur. L'intérêt des députés pour leur propre réélection ne se fait pas nécessairement au détriment de l'intérêt pour le bien public. "Il y a des élus qui se dévouent pour l'intérêt général et cela leur bénéficie en terme de carrière".

Améliorer la démocratie

Bien que cette étude n'ait pas vocation à déboucher sur des recommandations, Eric Kerrouche évoque "des mesures simples à prendre pour améliorer la respiration démocratique" : créer un statut de l'élu, interdire le cumul des mandats et interdire le cumul des mandats dans le temps.

(1) Olivier Costa et Eric Kerrouche : Qui sont les députés français ? Enquête sur des élites inconnues, éditions Presses de Sciences Po.

Valérie Expert-Journaliste LCIPour aller plus loin sur ce sujet
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Par Matthieu DURAND le 05 juin 2007 à 17:35
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9 Commentaires

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  • S.P, le 07/06/2007 à 07h53

    En effet, JL Debré, avant de partir, a fait voter une loi, adoptée à l'unanimité et dans le silence complet, afin qu'un député non réélu touche pendant 60 mois (au lieu de 6) son indemnité mensuelle nette qui est à ce jour, selon info sur le site de l'Assemblée Nationale, d'un montant net mensuel de 5178 euros et de 6 952 euros brut, soit 417 175 euros pour 5 ans, multipliés par le nombre de député non réélus : une bagatelle ! Reponse à la question sur les salaires.

  • Dominique R, le 07/06/2007 à 05h13

    Je suis stupefait,pour des gens qui se disent chercheurs au cnrs,et qui comparent l'age moyen des deputés,en prenant comme references 1848 a 2006 il me semble quand meme qu'en 1848 une personne de 55 ans etait pratiquement un vieillard,si l'on compare l'evolution de la longevité d nos jours nous avons gagnés largement 10 ans a reflechir messieurs au lieu de communiquer n'importe quoi!!!

  • Dumont, le 06/06/2007 à 22h26

    La meilleure façon de rendre le Parlement représentatif de la population serait de tout simplement tirer les parlementaires au sort, mais les médias refusent obstinément d'aborder le sujet !

  • Jean-pierre, le 06/06/2007 à 12h08

    Indépendamment du non cumul des mandats locaux et nationaux et dans le temps (un seul mandat national ou local renouvelable une fois) qui permettrait un brassage du monde politique, il serait souhaitable d'introduire une dose conséquente de scrutin proportionnel dans les élections législatives, le scrutin uninominal majoritaire n'ayant pas démontré depuis 1958 l'efficacité recherchée de l'action politique, si l'on en juge par la situation actuelle du pays.

  • Thierry, le 06/06/2007 à 09h30

    Le CNRS cherche des trucs qui ne font pas avancer la science. Je ne comprends pas comment des recherches sociologiques peuvent être commandées par le Centre National pour la recherche scientifique... Une fois de plus, nous avons la preuve que ces organismes permettent à beaucoup d'avoir des jobs sympas et bien payés mais qui ne nous donnent pas de brevets monnayables par la suite...

  • Vastre, le 06/06/2007 à 03h14

    L'expression consacrée "Représentation nationale" est complètement galvaudée. C'est bien dommage : l'Assemblée Nationale compte beaucoup trop de fonctionnaires. Un moyen d'y remédier serait de ne plus assurer le fonctionnaire-député de retrouver son fromage après une défaite électorale. On ferait alors aisément le tri entre ceux qui sont motivés et ceux qui ne le sont pas.

  • Pierre, le 05/06/2007 à 19h51

    Puisque la loi de parité instaure une politique de quota en faveur d'un sexe, ce qui est contaire à l'idéal égalitaire républicain soit dit en passant pourquoi ne pas continuer dans le même sens avec une politique de quota concernant l'age, la catégorie professionnelle et l'origine suivant la région. Combien de députés auvergnats, basques, normands, etc... par rapport au nombre total?

  • Regis, le 05/06/2007 à 19h12

    On ne devrait jamais parler de pro de la politique , la fonction est avant tout civique et c'est se mettre un temps au service de son pays , a partir du moment ou l'on parle de carriere cela veut dire monarchie n'importe quel français devrait pouvoir se présenter mais on a bienbouclé les choses car si on a pas 5% des suffrages la campagne n'est pas remboursée , ce qui veut dire que monsieur dupont citoyyen de base ne pourra jamais acceder a un mandat de député c'est cela la democratie

  • Az, le 05/06/2007 à 18h49

    On aurait aimé aussi connaître leur salaire et leurs indémnités Assedics par exemple, juste pour rire jaune.

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