Royal, le coup de fil de trop ?

Par , le 13 juin 2007 à 18h35 , mis à jour le 14 juin 2007 à 11h32

Analyse - La main tendue par l'ex-candidate à François Bayrou a provoqué son désaveu par la direction du PS. Son cavalier seul est bien risqué.

TF1/LCI Ségolène Royal (10 juin 2007)Ségolène Royal (10 juin 2007) © TF1-LCI

Elle ne fait rien comme eux. Elle casse leurs codes et vieux réflexes. Elle veut les prendre de vitesse, par son culot et sa détermination. Comme pendant la primaire, Ségolène Royal est décidée à jouer son va-tout contre les leaders du PS, et contre son actuel patron (et compagnon) François Hollande. "Elle ne voulait pas trop s'impliquer dans cette campagne législative mais s'est vite ravisée. Elle se doit d'être en première ligne, pour la suite", explique le député européen Gilles Savary, "ne pas faire du Jospin en lâchant les militants".

Alors pour l'ex-candidate, c'est rendez-vous médiatiques aux aurores et terrain l'après-midi. Elle multiplie les déplacements et arpente au pas de charge les rues de Paris, Poitiers ou Bordeaux. Tourbillon de caméras, sourires, poignées de mains, le tout avec la "Ségo attitude" : "Ca va les femmes ?", lance-t-elle à un groupe sur le trottoir. Et de faire scander dans une circonscription le prénom d'une candidate : "pour Sandrine hip hip hip hourra !".

"Une bulle de victoire"

Son style baroque déconcerte, son absence de complexe impressionne ou fait rire. Qu'importe, Ségolène Royal démontre une volonté inébranlable que ses rivaux masculins auront du mal à émousser. Ils bataillent sur le terrain de la raison, elle prospère sur celui de l'affection populaire. "Je me ressource au contact de la foule", explique-t-elle à ceux qui lui demandent comment elle tient. Celle qui veut transformer une défaite en victoire future avance, sans remise en cause personnelle. Vivre le plus longtemps possible dans "une bulle de victoire" pour conserver la force indispensable à la prise du PS. Et continuer à changer la donne, avec ses fameuses formules. "Je suis dans des logiques de simplicité des relations humaines dans la politique", explique-t-elle après son message laissé au député béarnais.

Mais cette semaine, Ségolène Royal aura appris que la politique n'est pas aussi simple qu'un coup de fil. Surtout s'il sonne dans le vide... La fin de non-recevoir du patron du Modem à toute discussion avec le PS était prévisible. Après avoir penché trop à gauche durant l'entre-deux-tours présidentiel, il devait se recentrer, au risque de tomber. Mais surtout, en supposant que François Bayrou veuille bien s'y prêter, l'ouverture au centre est une question d'alliance que la rue de Solférino ne s'est pas encore posée. D'où la position de principe rappelée lundi par François Hollande.

"Sa carrière s'est construite contre le PS"

"Qu'ils arrêtent cette mascarade, réagit un proche de Ségolène Royal, ils négocient à la base avec le Modem dans les arrières-chambres et une fois à Paris, ils récusent toute alliance". Mais quel intérêt ce coup de fil médiatisé ? "Ségolène a mis le pression sur Bayrou et montré toute son ambiguïté", tente-t-il de justifier. Comme Mitterrand avec le PC, elle souhaiterait l'étouffer pour mieux récupérer ses électeurs dans le vaste mouvement des républicains de progrès qu'elle souhaite construire. Tout cela bien sûr, avec "respect"... Mais en politique, il faut, comme l'ancien président socialiste, être un peu stratège.

Comment aspirer à diriger un parti en foulant ses règles et la légitimité de son premier secrétaire, même affaibli ? Pourquoi rénover et innover au forceps dans un entre-deux-tours capital, au risque de brouiller les esprits des candidats et des militants sur le terrain ? "Ségolène va devoir régler deux problèmes : sa position politique par rapport à François Hollande et sa capacité à conquérir puis diriger un parti. Toute sa carrière politique s'est construite contre le PS, en prendre la tête relève d'une équation complexe et personnelle", explique un de ses soutiens. Et si ses amis savent bien qu'un phénomène d'opinion n'est en rien gage de succès tactique, ses rivaux sont depuis lundi persuadés de disposer d'une longueur d'avance dans l'âpre bataille à venir.

Un procès "ridicule", pour DSK

Dominique Strauss-Kahn dans Métro : "Je trouve un peu ridicule le procès qui est fait à Ségolène Royal. On n'est pas un pays de sauvages, on a le droit d'avoir un échange téléphonique avec un leader politique d'un autre parti !" DSK écarte toutefois tout "accord d'appareil de parti à parti, comme une combinazzione à l'italienne : ce n'est pas le moment: il faudra débattre au lendemain de l'élection".

Par Renaud Pila le 13 juin 2007 à 18:35
Envoyer cette page à un ami
Les champs marqués par une étoile * sont obligatoires.
Les derniers articles Politique
  

28 Commentaires

Afficher : Les plus récents | Les plus appréciés

  • Jcl, le 14/06/2007 à 07h14

    C'est l'histoire de la grenouille qui se voulait plus grosse que le boeuf

  • Michel, le 14/06/2007 à 04h35

    Ce qu'il y a de profond chez Ségogolene c'est certainement son.... sommeil!!, pourvu que le PS la garde le plus longtemps possible!!!!

  • Julien, le 13/06/2007 à 23h52

    Trop de fierté et d'arrogance nuie, peut etre faudrait il expliquer à ségo que la présidentielle est finie....au revoir

  • Damavasa, le 13/06/2007 à 22h35

    Combien de femmes ont été élues dans le monde au sufrage universel direct? difficile avec ces matchos,mais vas y ségolène.je vous aime daniel

  • Vivi, le 13/06/2007 à 22h16

    Qu'on laisse Ségolène diriger le PS, elle est forte et très capable de bouger les choses !!! 17 millions ont voté pour elle, à s'en souvenir ...ce que beaucoup ont tendance à oublier !

  • David, le 13/06/2007 à 21h36

    Elle s enfonce elle va finir au modem ou creer son propre parti.

  • Royer, le 13/06/2007 à 21h35

    Je pense qu'à terme BAYROU et ROYAL,pourraient creer un nouveau parti ou "gouverner" ensemble ! !Quand ? ? ?

  • NOIRET, le 13/06/2007 à 21h32

    Je suis une femme et j'ai 65 ans et j'aime la politique de Ségolène, lui accordera-t-on enfin qq jours et même plus qq semaines sans que chacune de ses paroles soit critiquée, alors que l'on doit absorber des tonnes d'absurdités autant de la part des média que d'autres représentants politiques, pitié grâce pour les gens de gauche qui supportent Ségolène que l'on nous apporte des critiques constructives FNR

  • Jean-Luc, le 13/06/2007 à 21h23

    Bientot, elle va creer son propre parti, le HautDebit. Elle pourra ainsi faire vie commune avec Bayrou.

  • Christophe, le 13/06/2007 à 20h59

    Le jour où j'ouvrirais un cirque je penserais à elle.

Lire tous les commentaires

       Chargement en cours...
      Alertez-nous
        alertez-nous

        Témoin d'un événement ?

        Alertez la rédaction !

        Envoyez une alerte

        A lire aussi
        logAudience