Jean-Louis Borloo, Rachida Dati et Jean-Pierre Raffarin sur le plateau de TF1 au soir du premier tour des législatives 2007 © TF1-LCI
Dix millions d'électeurs de moins que pour le premier tour de la présidentielle il y a six semaines. C'est un classique mais à ce niveau-là, il s'agit d'un record sous la Ve République. Les Français se sont très peu déplacés pour ce premier tour des législatives (39,5% d'absention). Leur choix n'en est pas moins net et sans bavure : ils ont voulu donner une très forte majorité à Nicolas Sarkozy et son Premier ministre François Fillon. Ces derniers pourraient s'appuyer sur un groupe de 405 à 445 sièges, selon les projections de TNS-Sofres. D'autres sociétés de sondages tablent quant à elles sur 383 à 501 des 577 sièges pour l'UMP et ses alliés.
Déferlante pour la droite
L'UMP obtient 39,54% des voix, soit près de 10 points de plus qu'aux législatives de 2002, déjà très favorables à l'UMP. La majorité sortante ne subit donc pas de vote-sanction, une première depuis 1978. Jamais le parti du chef de l'Etat n'avait atteint la barre des 40% lors des législatives. Pour mémoire, le PS n'avait obtenu que 36% en juin 1981, après la victoire de François Mitterrand. Preuve de ce raz-de-marée de droite, l'élection de ministres dès le 1er tour : François Fillon, Jean-Louis Borloo, Dominique Bussereau, Eric Woerth, Xavier Bertrand, Hervé Morin. Pour sa part, Alain Juppé est en ballottage favorable avec 43,73% des voix; "il ne vous a pas échappé que ce n'est pas gagné, même si les choses se présentent bien sur un socle solide", a-t-il ajouté, se défendant de tout "triomphalisme".
Les réactions à droite sont satisfaites mais mesurées. Ainsi, Jean-Pierre Raffarin a estimé sur TF1 que "ce soir, l'UMP est face à un devoir d'ouverture, un devoir de diversité". François Fillon a déclaré depuis l'Hôtel Matignon que le résultat du premier tour "confirmait la volonté" des Français "de donner un cap à la France". Pour, Patrick Devedjian, secrétaire général délégué de l'UMP : "c'est une vague mêlée de toutes les forces de notre pays qui veulent profondément le changer et qui se rassemblent sur le projet du président de la République, et ça va bien au-delà de la droite".
La gauche affaiblie
De son côté, la gauche recueillerait 36/37% des suffrages. Avec 24,73% des suffrages, le PS faits moins bien que le score de Ségolène Royal le 23 avril dernier. Cela impliquerait 100 à 140 sièges pour la rue de Solférino. Premier à réagir, François Hollande a appelé depuis le siège du PS à un "sursaut de la gauche pour avoir de l'équilibre et de la mesure" à l'Assemblée. Peu après, de façon assez inattendue, Ségolène Royal a elle-aussi pris la parole et appelé à "une gauche qui surveille et une gauche qui propose". DSK a affirmé qu' "avoir 400-450 députés de droite et un petit nombre de députés de gauche, ça rend impossible le débat démocratique" à l'Assemblée nationale.
Cette défaite de la gauche est symbolisée par des déballottages défavorables pour quelques personnalités clé : Arnaud Montebourg, en Saône-et-Loire, Jean-Louis Bianco dans les Alpes-de-Haute-Provence ou encore Jean-Pierre Chevènement, dans la région de Belfort. Ces trois députés ont été au coeur de la "Royal team" durant la présidentielle et leurs difficultés compliqueraient la tache de la présidente de Poitou-Charantes dans sa conquête du PS. DSK est également en difficulté dans son fief de Sarcelles.
Le PC sauve les meubles
Les communistes se maintiennent avec 4,29% des voix dans une élection locale qui leur est moins défavorable. Marie-George Buffet a annoncé dimanche soir qu'elle lancerait "le 22 juin un appel à un grand débat populaire et citoyen sur l'avenir de la gauche et du Parti communiste".
Le Modem en déroute
Le nouveau parti de François Bayrou, le Modem, n'obtient que 7,61% des voix, soit seulement 2% de plus que l'UDF en 2002. Lui qui avait recueilli plus de 6 millions de voix à la présidentielle subit un grave revers. Depuis le Béarn, François Bayrou a salué "les candidats qui se sont battus vaillamment dans une période très courte. L'UMP a des devoirs particuliers vis-à-vis des autres forces politiques car cette vague crée un déséquilibre dans les instititions", a-t-il souligné. Les candidats du Modem réalisent de faibles scores, à quelques exceptions près dont Marielle de Sarnez à Paris (18,37% des voix).
Le FN assommé
Sans surprise, les résultats indiquent également un effondrement de l'extrême-droite, avec 4,29% des voix. Jean-Marie Le Pen a regretté sur TF1 que son mouvement ne soit pas représenté à l'Assemblée nationale, qualifiant Nicolas Sarkozy d'"illusionniste" qui "va devoir descendre de scène". Seule bonne nouvelle pour le FN, la présence de Marine Le Pen au second tour dans la 14e circonscription du Pas-de-Calais.
Dernier enseignement de ces résultats, les conséquences de cette si faible participation : il fallait pour un candidat environ 20% des voix pour se maintenir au second tour. Résultat : le nombre de triangulaires est très faible, ce qui conduira à une bipolarisation extrême à l'Assemblée nationale. L'ampleur de la victoire de Nicolas Sarkozy en mai rebat toutes les cartes de la vie politique française.
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